Kwame Nkrumah par lui-même (2)

30 04 2012

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KWAME NKRUMAH TRÈS TÔT avait compris que les relations de vassalité entre une très grande partie de notre continent et l’Europe étaient totalement néfastes. Comme il le dit (page 59), Que le territoire dépendant soit administré comme colonie, protectoral ou pays sous mandat, c’est toujours la même tactique impérialiste qui cherche à le vouer à tout jamais à une servitude économique. Les colonies n’ont absolument rien à gagner de leur état de dépendance. C’est de la fin son séjour américain que datent ces réflexions. Comparé à un Léon Mba par exemple qui demandait que le Gabon devienne un département français, on voit le décalage qui pouvait exister entre les fameux pères des indépendances.

Tee-shirt2-150x150 dans LecturesNKRUMAH NE FAIT PAS QU’ÉTUDIER et travailler durant son séjour US. Son cerveau réfléchit beaucoup à la condition des Nègres en général et de l’Afrique en particulier. Lors de son stage à la Pennsylvania University, il contribue à la création d’une section d’études africaine et il organise dans la foulée l’Association des étudiants africains d’Amérique et du Canada. C’est le début de ses activités  politiques aux États-Unis. Cette structure, que Nkrumah trouve mal organisée, ne compte alors que quelques étudiants africains se réunissant de temps à autre. Nkrumah insère dans ce groupe des Africains se consacrant à d’autres métiers afin de la rendre plus puissante et de la déterminer effectivement. Jusqu’à son départ pour l’Angleterre, il assure la présidence de la structure.  Il faut noter que les problèmes rencontrés par Nkrumah et ses camarades de l’époque, au niveau organisationnel, nous les rencontrons encore de nos jours. Il l’explique très bien (page 56) : Ce n’était pas du tout chose facile, car nous nous heurtions sans cesse à des conflits internes entre des éléments du Nigeria et des éléments de la Côte de l’Or. Les Nigérians prétendaient que la question de l’unité africaine ne se posait pas au stade où en était l’état de dépendance coloniale, et insistaient pour qu’on laissât aux colonies le soin de se débrouiller, chacun faisant de son mieux pour se sauver, sans forger aucun lien de collaboration avec les autres territoires. Les étudiants de la Côte de l’Or et moi, au contraire, préconisions le principe de solidarité territoriale c’est-à-dire la libération de chaque territoire ne pouvait pas se résoudre à moins d’être liée aux autres mouvements de l’Afrique Occidentale. Nous étions convaincus que, si en fin de compte la liberté territoriale n’était pas liée au Mouvement Panafricain pour la libération de tout le Continent Africain, il n’y aurait plus aucun espoir que l’Africain et les peuples de souche africaine, où qu’ils soient, accèdent à la liberté et à l’égalité.

 

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George Padmore

ON VOIT BIEN COMMENT le jeune étudiant est déjà imprégné des idées panafricaines. Il arrive à en Angleterre en mai 1945. Depuis les USA, il avait écrit à George Padmore dont il avait déjà entendu parler. Ce dernier, très humblement ira l’attendre à la gare d’Euston. Le courant passe très vite entre ces deux Africains, un natif des Antilles, l’autre, natif de l’Ouest du Continent africain. Le jeune homme arrive en Angleterre pour faire son droit comme disait si bien à l’époque, et terminer sa thèse de philosophie (inscription à la University College). Il assiste à des conférences à l’École des sciences économiques de Londres où il prend plaisir à suivre les cours de sciences politiques du Pr. Laski. Son sujet de thèse est l’ethnophilosophie qu’il abandonne pour en embrasser un autre, le positivisme logique, sous la direction du Pr. Ayer. Le virus de la politique dans le sang et dans les os et on voit Nkrumah qui, outre ses études, s’associe à tous les mouvements politique. Il intègre l’Union des étudiants de l’Afrique Occidentale, dont il deviendra le président, une Union qui apportera tous types d’aides à ses membres. La solidarité, loin de sa famille biologique, il n’y a rien de tel.

 

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Image du Congrès panafricain de 1945

UN MOIS À PEINE après son arrivée, il travaille avec Padmore, T.R. Makonen (qu’il qualifie « d’orateur doué ») et Peter Abrahams*à la préparation du Cinquième Congrès panafricain, en toute vitesse. Les travaux ont lieu dans l’appartement de Padmore et les deux hommes en seront les secrétaires conjoints du Comité organisateur. Lire cet extrait (page 65) est savoureux : Nous restions assis dans sa cuisinette, la table en bois complètement couverte de feuilles, un pot de thé dont nous ne nous rendions compte que deux ou trois heures après sa préparation, et George qui tapait si vite sur sa petite machine que les feuilles en sortaient comme si elles découlaient d’un rouleau de presse. Nous expédiâmes des centaines et des centaines de lettres aux différentes organisations à travers l’Afrique et les Antilles, expliquant les buts du Congrès et la tactique politique qui devrait être adoptée en vue de promouvoir la libération des colonies.

KN-Tee-shirt-150x150LA JEUNESSE AFRICAINE d’Angleterre est très politisée et, à l’occasion des élections de 1945, l’Union des étudiants d’Afrique Occidentale soutiendra le Parti travailliste car dans l’imaginaire, ce parti avait plus de compréhension et de sympathie pour le problème colonial. Nkrumah tombe des nues et le dit sans ambages (page 70) : Mais je regrette d’avoir à le dire : les espoirs que nous avions fondés sur le Parti travailliste furent complètement déçus. À vrai dire, nous constatâmes peu de différences entre la politique coloniale des Travaillistes et des Conservateurs.

TOUT À SES ACTIVITÉS militantes et estudiantines en Angleterre, Nkrumah reçoit une lettre d’Ako Adjei**, un docteur de la University of Cambridge, militant politiqué déjà rentré en Côte de l’Or. Ce dernier, qui suit avec attention tout ce que fait son compatriote, lui demande s’il veut bien à son tour rentrer pour assurer le secrétariat général de la Convention de la Côte de l’Or réunie car cette dernière avait un souci de taille : il fallait concilier la direction, composée d’une élite « intellectuelle »*** avec les masses. Et pour bien faire les choses, le Comité exécutif de la structure lui propose une voiture avec chauffeur ainsi qu’une rémunération de 100 £ sterlings. Le côté matériel de l’offre ne motive guère Nkrumah, comme il le dit (page 73) : J’entrevoyais l’occasion que j’attendais, la chance de rentrer de rentrer dans mon pays aider mes congénères par l’expérience que j’avais gagnée à l’étranger, dans l’art d’organiser un parti.

KN1-117x150TEL ÉTAIT Nkrumah, avec toujours dans le cœur cette envie de servir le Ghana, de servir l’Afrique, car comme il nous l’a enseigné, L’indépendance du Ghana n’aura pas de sens sans la libération totale du continent. L’ouvrage fait 292 pages et balaiera en plus les belles heures de la lutte pour l’indépendance du Ghana, le temps d’emprisonnement de Nkrumah, la fondation de son premier gouvernement etc.

 

Obambé GAKOSSO, April 2012 ©

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* : Écrivain sud-africain à succès et prolifique, né en 1919.

** : Ebenezer Ako Adjei fera partie des six historiques qui joueront crucial lors de l’accession du Ghana à l’indépendance en 1957, avec Edward Akuffo-Addo, Joseph Boakye Danquah, Emmanuel Obetsebi-Lamptey, William Ofori-Atta et Kwame Nkrumah

*** : C’est moi qui met les «  »


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Une réponse à “Kwame Nkrumah par lui-même (2)”

  1. 2 05 2012
    MEK (15:45:33) :

    Tu étais vraiment décidé, l’Iguane, à nous parler de Nkrumah. D’aussi loin que je m’en souvienne, nous n’avons jamais eu de cours d’histoire où l’on nous a parlé du parcours exceptionnel de cet homme. C’est dommage.

    MEK

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