Kwame Nkrumah, par lui-même (1)

29 04 2012

Kwame Nkrumah, par lui-même (1) dans Lectures Autobiographie1-90x150IL Y A DEUX JOURS, je faisais un billet au sujet du quarantième anniversaire de la mort de l’Osagyefo Kwame Nkrumah, premier Premier africain du Ghana (06 mars 1957-01 juillet 1960) puis premier président du Ghana (01 juillet 1960-24 février 1966). Les éditions Présence Africaine ont eu la bonne idée de rééditer des livres écrits par l’homme politique ghanéen dont les propos, 40 ans après la mort, 46 ans après sa perte du pouvoir, sont plus que jamais d’actualité.

 

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Touré, Tubman et Nkrumah

SUR LES QUATRE OUVRAGES réédités*, j’ai choisi de vous parler de son autobiographie. Une autobiographie riche d’enseignements. On voit vraiment la distance qui existe entre des hommes de cet acabit et certains de ses contemporains ou encore de ses successeurs sur les trônes présidentiels africains. Oui, comme d’autres, vers la fin de son régime, Nkrumah a cédé au culte de la personnalité. Oui, comme d’autres, il a oublié la démocratie par laquelle il est arrivé au pouvoir, pour priver ses compatriotes de certaines libertés fondamentales. Nkrumah, comme quasiment tout le monde à cette époque où régnait le fameux Équilibre de la terreur avait choisi un camp. Mais ce camp, il l’avait choisi par conviction. Il se sentait socialiste depuis fort longtemps et il n’eût pas besoin de séjourner dans sa jeunesse dans les pays du Pacte de Varsovie. Bien au contraire, il étudia aux USA puis en Angleterre. Il faut dire au passage que lorsque Nkrumah va pour la première fois aux USA, en 1935, il est déjà mature et a déjà exercé. En effet, en 1930, La pierre dans la gorge, comme il dit si bien, il interrompt ses études et est nommé instituteur dans une école primaire de l’église catholique. Non seulement il enseigne, mais il encadre aussi d’autres instituteurs. Un an après, il est nommé directeur d’une école pour les jeunes, encore gérée par l’église catholique. D’ailleurs, encore pour souligner l’honnêteté de cet homme, il n’hésite pas à parler de ses échecs car même en enseignant et en dirigeant cette école, il suit d’autres cours, pas toujours avec le succès escompté. Cela rappelle l’autobiographie d’un autre très grand de ce monde**, Madiba Mandela. Ce dernier aussi y parle de ses échecs lors de ses études de droit.

lINCOLN-150x120C’EST DONC UN NKRUMAH mature qui arrive aux USA en 1935 pour aller étudier la philosophie entre autres. À la lecture de ces passages, c’est un sentiment de tristesse qui m’a saisi. Voir comment certains Hommes politiques affairistes africaines gaspillent nos deniers publics, alors que des enfants en auraient grandement besoin pour étudier, il y a de quoi devenir fou. P 45 : Je subis avec succès en 1939 à Lincoln l’examen en vue du titre de « Bachelor of Arts », ayant présenté comme matière les sciences économiques et la sociologie, mais on ne m’accorda immédiatement ce titre car je devais de l’argent à l’Université. À ma sortie de Lincoln, j’avais tout d’abord l’intention d’entrer dans l’École de journalisme de l’Université de Columbia, mais j’étais tellement à court d’argent que pour l’instant tout au moins, il ne fallait pas y penser. De nouveau je tombai dans un grand abattement, mais juste au moment où la perspective semblait la moins souriante, je reçus une lettre de la part du professeur de théologie et de philosophie de Lincoln, le Dr. Johnson qui m’invitait à y retourner en qualité de maître adjoint de conférences en philosophie. Ce n’est qu’un exemple où l’on voit combien l’homme fut digne, n’hésitant pas à montrer ce qu’il est vraiment. En lisant cet ouvrage, on peut se demander en quoi Nkrumah aurait pu chercher à mystifier les choses et à mythifier sa vie.

 

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Le temps qui passe...

EN 1943, NKRUMAH obtint le titre de Maître ès Lettres en Philosophie de l’Université de Pennsylvanie et il commence alors à préparer ses examens pour faire sa thèse de philosophie. Le système d’études décrit par Nkrumah ici paraîtra trop complexe pour l’Africain qui n’a jamais quitté Kinshasa, Abidjan ou Ndjamena. Trois fois par semaine il lui fallait faire le voyage de 80 Km séparant les universités de Pennsylvanie et celle de Lincoln. Ces examens seront une réussite. Mais il faut travailler pour vivre et en pages 46-47, Nkrumah nous narre une partie de ses affres : Pour avoir tout juste de quoi vivre, j’obtins un emploi comme contrôleur dans le chantier de construction de navires du nom de « Sun » (…) où je travaillais par tous les temps, depuis minuit jusqu’à huit heures du matin. Il gelait à pierre fendre (…) si bien que mes mains collaient à peu près à l’acier, et j’avais beau mettre tous les vêtements que je possédais, j’étais transi de froid. À huit heures du matin je retournais chez moi, prenais un petit déjeuner, me reposais pendant quelques heures et puis commençais à faire les recherches nécessaires, en vue de la rédaction de ma thèse.

Penn-150x148NKRUMAH DIT AVOIR passé 10 années heureuses aux USA. Mais des années aussi où il avait constamment besoin d’argent. Lors des grandes vacances à Lincoln, le natif de Nkroful était embêté car selon le règlement, en cette période, tous les étudiants devaient quitter les lieux. Voilà qu’il se retrouve à Harlem où un ami de la Sierra-Leone l’héberge qui lui-même tirait le Diable par la queue. Le premier job qu’ils trouvèrent fut d’acheter du poisson en gros, sur un marché, et allaient le vendre en détail au coin d’une rue. Hélas ! pour le pauvre Nkrumah, non seulement il perdait de l’argent, mais en plus, il était allergique au poisson qui lui provoquait des éruptions cutanées. Il décide de jeter l’éponge, ce qui provoque une dispute avec son hôte et voilà notre ami qui se retrouve sans gîte ! Dieu merci pour lui, en déambulant dans Harlem, il retrouve un collègue de Lincoln, originaire de la Guyane Britannique à qui il déballe son lot de malheurs. Ce dernier l’emmène alors dans une famille antillaise dont les femmes, après avoir écouté les malheurs de Nkrumah, fondirent en larmes. La providence par là et Nkrumah eut droit à une chambre et il lui fut demandé de ne pas payer de loyer tant qu’il serait sans emploi.

 

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Debout, le premier en partant de la droite, avec d'autres étudiants de la Lincoln University

LE RACISME EN AMÉRIQUE, Nkrumah le rencontrera aussi. Laissons-le raconter (page 55) : Complètement assoiffé, j’entrai dans la pièce où l’on servait les rafraîchissements, et je demandai au garçon au garçon américain, blanc, s’il voulait bien me donner un verre d’eau. Il fronça des sourcils et me regarda de haut en bas : on aurait dit qu’il contemplait des immondices. « Va dans le crachoir dehors, voilà ta place », déclara-t-il, en me congédiant. J’étais tellement choqué que je ne pus pas bouger. Je ne fis que le regarder dans le blanc des yeux, car il m’était inconcevable qu’un être humain pût refuser un verre d’eau à un autre pour la simple raison qu’il est de couleur différente. J’avais déjà été victime de ségrégation raciale dans les autobus, dans les restaurants et dans d’autres endroits publics, mais c’était trop fort, cette dernière expérience. Cependant je ne dis rien, je baissai tout simplement la tête et je m’en allai de la manière la plus digne.

Obambé GAKOSSO, April 2012 ©

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* : Autobiographie ; L’Afrique doit s’unir ; Le consciencisme ; Le Néocolonialisme. Ils sont tous vendus au prix de 9,10€ (5969,21 francs CFA)

 


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5 réponses à “Kwame Nkrumah, par lui-même (1)”

  1. 29 04 2012
    St-Ralph (20:42:06) :

    Je me ferai le devoir d’acheter cet ouvrage ! Certains gouvernants, trop affairistes, oublient qu’il est important d’écrire afin d’être mieux jugé. Ils ont certainement peur d’être jugés par les autres ; certains qu’ils sont de montrer une âme totalement à l’opposé de ce qu’ils accomplissent en ce monde. Pour ma part, je pense qu’écrire permet de mieux penser ses actes.

  2. 30 04 2012
    Letsaa La Kosso (17:04:44) :

    Bonjour A tous
    En tous les cas au Congo nous avons eu des presidents – ecrivains occasionnels. Helas entre Les Fruits de la Passion consommee et le Manguier,le Fleuve et la Souris, on se retrouve facilement dans un sommeil commateux.

    J aimerais vous inviter a la triste realite de l Hispagnola, cette ile divisee en deux occupee par deux pouvoirs coloniaux differents. Les 3/4 de l ile ont donne la Republique Dominicaine qui n a plus rien a envier a des pays comme la Pologne, ou comme les pays en STAN [ Turkmenistan, Ouzbekistan, Tadjikistan, etc etc] . La capitale Santo Domingo ou je me trouve actuellement en vacances a deja dexu lignes de metros, et les centres commerciaux ultra modernes s ouvrent comme fleurs de tournesol. La semaine prochaine, les dominicains devront elire un autre president de la Republique. Mieux que les deux Congo reunism ces gens ci savent faire la fete. Imaginez une campagne electorale qui se fait tous les soirs sur le boulevard qui longe la mer, des supporters des candidats rivaux dans des camionsm des voituresm des chars de carnaval et tout le monde y compris des gens comme moi qui ont profitentm tout le monde donc danse toute la nuit au son des chansons chantant tel ou tel candidat! C’ est bien la DEMOCRATIE en chantant et en dansant. Si quelqu’un me l’avait dit sans que je le vois, je l’aurais traite de fantaisiste. La j’ai vu.

    Et j ai mal en mon Haiti qui dort sur le 1/4 de l ile, entre kidnappings et assassinats revenus a l ordre du jour. Depuis le debut de l annee il y a eu environ 150 personnes tuees, abattues. On ne compte pas les kidnappings.

    Mezanmis, je vais profiter des deux jours qui me restent a passer ici
    Bien a vous

  3. 30 04 2012
    Obambé GAKOSSO (22:41:27) :

    @ St-Ralph,

    Achète cet ouvrage et tu je suis prêt à parier mes cheveux que tu ne seras pas déçu.
    Cela te poussera même à acheter et à lire ses autres ouvrages. Cet homme avait un réel talent de conteur, sans oublier les grandes réflexions qui accompagnaient sa plume.

    @+, O.G.

  4. 30 04 2012
    Obambé GAKOSSO (22:45:25) :

    @ LLK,

    Ton clavier anglophone t’en a joué des tours, lol !
    Ta description d’Hispagnola vaut bien des cartes postales. Les évolutions divergentes de ces deux parties de l’île ont quelque chose de terrible. Vraiment !
    Visiblement, la violence refuse de quitter Ayiti, malgré le temps et les présidents qui passent.

    @+, O.G.

  5. 2 05 2012
    MEK (15:46:33) :

    Je vais dépenser un peu de sous, ce n’est pas cher, pour acheter cet ouvrage écrit de sa propre main.

    LLK a raison: la lecture des ouvrages de nos présidents est mortelle: trop dangereux!

    MEK

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