Il y a 40 ans, s’en allait l’Osagyefo

27 04 2012

Il y a 40 ans, s’en allait l’Osagyefo dans Anniversaire Osagyefo1-145x150KWAME NKRUMAH A SON NOM au Congo-Mfoa. Une école en effet porte son nom, dans la capitale économique, Ndjindji. Mis à part cela, je ne me souviens pas avoir rencontré le nom de cet homme dans mes balades dans mon pays natal. Pourtant, en 1972, à l’occasion de ses obsèques officielles en Guinée, le Congo enverra une délégation de très haut rang, avec à sa tête Aloïse Moudileno Massengo, alors vice-président du Conseil d’État, ministre de la Justice, garde des Sceaux de la République. Ainsi sont la plupart de nos États : on construit des mausolées à qui l’on donne les noms des colons (De Brazza par exemple à Mfoa) ; on donne les noms des présidents des pays colonisateurs à nos boulevards (Giscard d’Estaing à Abidjan). Mais pour nos grands hommes, pas grand-chose.

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La tombe de Nkrumah

TOUT CE QU’IL Y A DE CERTAIN, paraît-il, au sujet de ma naissance, c’est que je suis né dan le village de Nkroful à Nzima vers midi un samedi, à la mi-septembre.(…) La fête nationale de Nzima s’appelle Kuntum ». D’après les calculs de ma mère il s’est passé quarante-cinq kuntums de puis ma naissance, ce qui fait que je né en 1912. (…) D’autre part, le révérend père qui m’a baptisé plus tard dans la foi catholique a inscrit le 21 septembre 1909 comme date de ma naissance. C’est par ces mots que débute le chapitre premier de l’autobiographie de Kwame Nkrumah, parue en 1960. J’avais souri en lisant cela car l’écriture que certains de nos ancêtres maîtrisaient n’avait pas atteint tous les Hommes, mais les méthodes pour situer les événements ne manquaient pas. Et l’explication de Nkrumah concernant son année de naissance est imparable. Il est encore courant de lire qu’il est né en 1909. Triste. Cette autobiographie est à mettre entre toutes les mains. Aussi bien de celles qui voudraient connaître l’histoire de cet homme que de ceux qui voudraient la découvrir. Nkrumah a pris le soin de l’écrire de ses propres mains, sans faire appel à qui que ce soit d’autre. À la différence de nombreux chefs d’États, passés comme présents, qui paient des fortunes pour y avoir droit, et parfois même au prix d’entorses faites à la réalité. Quand certains de nos dirigeants s’inventent des diplômes, Nkrumah dit que la pauvreté l’avait empêché, en Occident, à soutenir sa thèse de philosophie. C’est après son accession au pouvoir qu’il sera fait docteur honoris causa de la Lincoln University (où il fit de la philosophie) et d’autres établissements.

Nkrumah-117x15040 ANS. CELA FAIT 40 ans que le fils de Nyaniba (sa mère) a quitté notre monde. C’était le 27 février 1972, à Bucarest en Roumanie. Les obsèques officielles sont organisées à Conakry chez Ahmed Sékou Touré, qui l’avait reçu à bras ouverts après que les militaires du Ghana aient profité d’un voyage à l’étranger pour le déposer. Si Nkrumah était encore de ce monde, il risquerait d’être foudroyé une seconde fois en voyant l’état dans lequel il se trouve. Mais à bien y réfléchir, je suis convaincu qu’au fond de lui, il devait se dire qu’après le putsch du 24 février 1966, l’Afrique entrait dans un terrible cycle qui compliquerait encore plus la tâche des Panafricains en vue de l’établissement d’un État supranational, alors qu’il n’avait eu de cesse, de son côté, de se battre, d’œuvrer pour que cet État voit le jour. Il était prêt à céder des pans de la souveraineté du Ghana, son pays, afin que mises en commun, les forces du continent soient plus fortes et face à leurs adversaires, défendent d’une seule voix, les intérêts des centaines de millions des masses du continent. Hélas ! il n’a pas été entendu ou que très peu. Les fondateurs de l’OUA, le 25 mai 1963 à Addis Abeba avaient gagné. Félix Houphouët-Boigny, Fulbert Youlou, pour ne citer que ces deux-là, téléguidés depuis Paris, avaient réussi leur coup. La nation africaine était mort-née. La division pouvait continuer encore plus fortement.

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Avec Martin Luther King Jr.

MÊME APRÈS QUE SON pays eût accédé en 1957 à la souveraineté internationale, Nkrumah n’a eu de cesse de rappeler à tout le continent que cette indépendance n’aurait de sens que lorsque tout le continent serait libéré. Aujourd’hui encore, il y a des dirigeants africains que cela ne dérange pas de voir des pays voisins vivre sous le joug colonial. Pire encore, comme au temps es négriers, certains encouragent des troubles, des guerres, des coups d’États chez leurs voisins, selon le bon vouloir de l’Occident. Durant sa présidence, Nkrumah s’est battu contre cela. Il n’a pas hésité à priver les Ghanéens de leurs deniers publics pour aider d’autres territoires africains à se battre contre l’oppresseur. C’est cela aussi être Africain, au sens où nos ancêtres l’entendaient.

Autobiographie-150x150CERTAINS SE RÉCLAMENT AUJOURD’HUI de Nkrumah, mais passent leur temps à diviser la famille panafricaine. Parfois, des querelles de clochers prennent la place des vrais débats dont sont privées les nouvelles générations et les enjeux les plus importants s’empilent comme les dossiers sur les desks. La poussière arrive et quand un ose dépoussiérer, ce sont des quintes de toux garanties. Et les pharmaciens de s’enrichir de nouveau… Je ne sais pas ce qu’aurait dit Nkrumah de la guerre opposant le Soudan au Soudan du Sud ; je ne sais pas comment il aurait cherché à peser après la tentative de coup d’État du 19/09/2002 en Côte d’Ivoire ; je ne sais pas comment il aurait vécu toutes les guerres et autres conflits qui ont ensanglanté l’Ouest africain des années 90 (Liberia, Sierra Leone, Guinée Bissau etc.), mais je suis sûr qu’il n’aurait pas perdu son temps à appeler à l’aide cette escroquerie appelée Communauté internationale dont personne ne connaît l’adresse. Je suis sûr qu’il nous aurait redit ses mots, qu’il avait criés devant la foule de Ghanéens le … 1957. Ses mots qu’il avait prononcés lors de la création de l’OUA. Ces mots, on les retrouve dans tous ses livres écrits de sa propre main et qui ont été réédités – géniale idée – par la maison Présence Africaine. Relire ce livre pour les 40 ans de sa mort a été un plaisir. Un vrai plaisir.

 

Obambé GAKOSSO, April 2012 ©

 

 


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4 réponses à “Il y a 40 ans, s’en allait l’Osagyefo”

  1. 28 04 2012
    lpcumoja (11:34:47) :

    Merci d’avoir rendu hommage à notre prophète.
    Nous gagnerons à connaître ce grand leader pour qui le panafricanisme fut chevillé au corps.

    Panaf.

    Diogène

    Dernière publication sur LIGUE PANAFRICAINE DU CONGO - UMOJA : Congo : Ligue Panafricaine - Umoja : enfin, une voix panafricaniste

  2. 28 04 2012
    Obambé GAKOSSO (16:30:36) :

    Salut Diogène,

    C’est vraiment la moindre des choses que l’on puisse faire pour lui. Et ce n’est pas fini.

    Panaf!

    O.G.

  3. 28 04 2012
    Alain (16:37:53) :

    Bambi,

    On ne connaît pas les femmes de Nkrumah, en avait-il?

    Alain

  4. 28 04 2012
    B.C. (17:12:59) :

    Alain,

    On te parle d’un grand homme et tout ce que tu trouves à faire c’est de poser des questions sur sa vie sentimentale…

    Merci Bambi pour cet hommage.

    B.C.

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