Interview Eugène Ebodé, Prix Yambo Ouologuem 2012

27 03 2012

 

Interview Eugène Ebodé, Prix Yambo Ouologuem 2012 dans Interviews de blogueurs Photo-1-150x99

Le lauréat, Eugène Ebodé (photo, Alain Deroudilhe)

QUI CONNAÎT YAMBO OUOLOGUEM? Je peux ouvrir les paris, je ne sais pas combien je miserai, mais le nom n’est pas très connu, sauf si on est féru de littérature. Et encore, ça ne suffit pas. Il faut en plus connaître le Prix Renaudot. Et cerise sur le gâteau, il faut surtout avoir entendu parler de la polémique qui avait suivi et même poursuivi cet auteur, avec son roman à succès, Le devoir de violence. Bon, ce n’est pas de Yambo Ouologuem, le natif de la mythique cité de Bandiagara, mais d’Eugène Ebodé. Ou plutôt, c’est lui que j’ai essayé de faire parler par le biais d’une interview qu’il a bien voulu m’accorder.

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J'adore les photos en noir et blanc

LE 10/02/2012 DERNIER, l’écrivain a reçu le Prix Yambo Ouologuem 2012 à Bamako, des mains du ministre malien, chargé des Relations avec le Parlement, Abdoulaye Sall*. Bonne lecture!

Obambé GAKOSSO, March 2012©

 

 

 

 

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La remise du Prix

Eugène Ebodé, vous venez d’être distingué à Bamako en obtenant le Prix Yambo Ouologuem. Pouvez-vous nous parler de ce prix et de ce qu’il représente pour vous comparé par exemple au Prix Ève Delacroix ?

Le premier vient du continent africain et il a une résonance particulière. Le Prix Ève Delacroix récompense un texte littéraire et un l’engagement de l’écrivain dans la cité. Il y a donc à la fois un souci esthétique et un autre éthique. Je ne connaissais rien des attendus de ce prix, mais son ambition ravit forcément quiconque croit que l’engagement n’est pas incompatible avec l’art.

Yambo Ouologuem, après son Prix Renaudot en 1968, a subi de très vives critiques et pas mal de polémiques ont vu le jour.  Rêvez-vous ou craignez-vous un jour, pareille suite à ton sujet ? 

Vous plaisantez ? J’adorerais une polémique semblable, car ceci voudrait dire que j’aurais obtenu le prix Renaudot ! Rassurez-vous, je n’ai aucun plan de carrière littéraire. Voyons, on n’écrit pas pour les prix, même s’ils font plaisir quand on les reçoit. Votre question souligne surtout , me semble-t-il, le poids de la notoriété, ses chausse-trappes  et les aspects inattendus qui tendraient à réduire, à fragiliser ou à conforter une réputation. Tout homme peut être déstabilisé par une accusation. Rien n’est, de toute manière, facile dès l’instant où on entend « plonger la plume dans la plaie », c’est-à-dire au cœur de nos insuffisances, là où elles sont béantes, là où nos réflexions sont courtes et où des injustices ou des erreurs de jugement sont criantes.

 

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Avec Tierno Monenembo (au centre)

Quand on est auteur comme vous et que « l’ailleurs » nous distingue et pas son pays d’origine ou encore son continent d’origine, est-ce que ça change un homme ?

Non, contrairement à ce que vous pensez, c’est bien l’Afrique tout entière qui m’a accordé ce prix. C’est ainsi que je le conçois. C’est un jury présidé par l’immense écrivain Tierno Monénembo qui a choisi Madame l’Afrique, c’est une organisation africaine lancée par Ibrahima Aya qui a initié cette manifestation culturelle et c’est un ministre Malien qui m’a remis cette distinction qui porte le nom d’un homme qui est entré dans l’histoire du continent et dont le destin vaut méditation, gratitude et respect. Et puis, s’agissant du Cameroun, je ne lui demande rien que d’espérer que les hommes et femmes qui y vivent aient à cœur de donner le meilleur d’eux-mêmes pour la génération qui est là et qui a des besoins insatisfaits et pour celles qui viendront afin qu’elles bénéficient d’un patrimoine renforcé, bonifié. Franchement, le Cameroun m’a déjà accordé le plus important : la vie !

 

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Yambo Ouologuem, il y a bien longtemps

Le premier livre lu par Eugène Ebodé ?

Autant que je me souvienne, il s’agit du roman « Les Six compagnons et le bonhomme de neige », je crois. Il y avait là de jeunes adolescents, un chien et des aventures dans des paysages cotonneux que je ne connaissais pas. J’ai lu ça sous le soleil de plomb de ma bonne et chère ville de Douala.

Le tout dernier ? Et pourquoi ce choix ?

Le tout dernier est un récit poignant, étourdissant de Jean-Noël Pancrazi. C’est curieux, je venais d’achever la lecture du premier roman de Scholastique Mukasonga, lui aussi bouleversant. Le premier revient sur les souvenirs d’un adolescent qui fut le rescapé d’un groupe de jeunes écoliers assassinés dans une montagne en Algérie pendant la révolution algérienne. Le second, celui de la Rwandaise Mukasonga, revient sur les prémices de la catastrophe que fut le génocide des Tutsi au Rwanda.

 

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"Madame l'Afrique", l'objet du Prix reçu à Bamako

Entre romans et essais, votre préférence va vers…

Je lis actuellement Totem et tabou de Freud, un livre qui aborde la vie sociale de ceux qui sont bizarrement appelés « Les primitifs ». Les essais sont une eau limpide pour étancher nos soifs et les romans, des friandises de l’esprit sans lesquelles nos yeux seraient ternes et pauvres nos appétits de la vie.

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*: Au moment de taper ces lignes, je ne sais pas si le titulaire du poste a changé ou pas

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 réponses à “Interview Eugène Ebodé, Prix Yambo Ouologuem 2012”

  1. 30 03 2012
    Alain (10:27:19) :

    Bambi,

    Tu finiras par perdre la vue à force de lectures… Ou tu finiras fou comme Lissouba.

    Alain

  2. 30 03 2012
    B.C. (19:58:01) :

    Bambi,

    Intéressant cet échange avec Ebodé. Tu fréquentes du beau linge à ce que je vois.
    Bravo et félicitations. Cela me donne envie de lire Yambo Ouologuem avant de m’acheter un jour « Madame l’Afrique » et de le lire à mon tour aussi.

    B.C.

  3. 30 03 2012
    Liss (21:52:22) :

    Y a plus qu’à noter les titres de ceux des livres cités qu’on n’a pas lus. Décidément, faut que je la lise la Mukasonga ! Justement je la guette sur Public Sénat, je vais pouvoir l’entendre… dans quelques instants !

  4. 30 03 2012
    Obambé GAKOSSO (22:05:13) :

    Hello Liss,

    Je m’apprêtai à t’envoyer un message justement: tu as vraiment une très longue vie!
    Bon, nous n’avons plus qu’à attendre ton billet sur mama Mukasonga. J’avais lu ses Inyenzi ou les cafards, (Gallimard/Continents Noirs, Paris, 2006) et La femme aux pieds nus, (Gallimard/Continents Noirs, Paris, 2008). Passionnants!

    @ B.C.,

    Il faut que tu le lises. Tu seras secoué !

    @ Alain,

    Bien content de te relire.

    @+, O.G.

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