Les rapports entre les Noirs du Liberia, il y a peu, par Galebahi

16 02 2012

 

Les rapports entre les Noirs du Liberia, il y a peu, par Galebahi dans Lengunga la pemba donne la parole DOE-109x150

L'ex-président Samuel Kanyon Doe

DEPUIS LE MOIS DE décembre 2012 (précisément le 04), un nouvel intervenant nous livre ses avis sur nos billets dans notre village que nous essayons tant bien que mal de tenir. Il s’agit de Galebahi. J’ai particulièrement apprécié son commentaire en date du 27/01/2012 dernier, suite au billet Hosni Moubarak Condamné, aux autres de prendre les devants. Galebahi y dit des choses fortes. Il nous rappelle en effet que pendant que les pauvres enfants d’Afrique étaient mobilisés pour que leurs frères d’Afrique du Sud et de Namibie sortent du joug colonial, certains de nos dirigeants ne se gênaient pas pour réduire leurs semblables à un état de moins que rien.

liberia-150x78 dans Lengunga la pemba donne la paroleMÊME SI ON RAPPELLE qu’à cette époque la démocratie n’avait que très rarement cours sur notre Continent, la situation du Liberai de l’époque aurait mérité sans doute meilleure attention de la part de tous. Ceux qui connaissent l’histoire de ce pays n’apprendront rien du texte de Galebahi, mais je voudrais surtout m’adresser aux plus jeunes d’entre nous à qui les cours d’histoires ont bien trop de vides que chacun (papa, sœur aînée etc.) devrait combler chaque fois que le temps nous le permet. Cra non seulement c’est notre devoir, mais en plus il en va de notre mémoire collective!

Obambé GAKOSSO, February 2012©

 

Je n’ai vu que quelques secondes du supplice de Samuel DOE, et jusqu’aujourd’hui, ces quelques secondes me hantent. On n’imagine pas tout le mal que l’être humain est capable de faire à son prochain. Beaucoup ont évoqué la violence du pouvoir de DOE pour justifier ces tortures inhumaines. Aucun Homme ne mérite de mourir comme ça, et William Tolbert aussi n’a pas mérité de mourir comme ça. Cette mort atroce devant les caméras, au final, n’a fait que desservir les Africains, confortant dans les esprits formatés des caucasiens le stéréotype du noir sauvage et déshumanisé.
Revenons à Samuel DOE… Il n’a pas été le Président le plus violent du Liberia. On a tous été choqués par l’extrême violence de la guerre civile libérienne. Eh bien cette violence était déjà présente dans la société libérienne. Combien savent qu’au Liberia prévalait un système au moins aussi injuste que l’apartheid sud-africain? Combien savent que les Congos (descendants des anciens esclaves américains) détenaient plus de 90% des richesses d’un pays ou ils étaient ultra minoritaires? Combien savent que pendant longtemps les Natives (autochtones africains) ont été pratiquement réduits en esclavage par les Congos? Voici ce qu’en dit Amara ESSY ministre des affaires étrangères de Félix Houphouet BOIGNY:
« Cela mérite d’être un sujet de thèse. On connaît l’histoire de l’Apartheid en Afrique du sud, Mais il n’y a pas peu d’études sur la situation au Liberia. La réalité historique a été pénible. Aujourd’hui, personne ne se soucie du passé du Liberia qui n’a pas été aussi simple.
J’étais jeune diplomate à New York en 1973. Nous avions eu une réunion au sommet sur l’Apartheid. Les débats étaient houleux et tous les ambassadeurs africains s’en étaient violemment pris à leur homologue sud-africain qu’était l’ambassadeur Pik Botha devenu par la suite ministre des Affaires étrangères.

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Roelof Frederik Botha, dit Pik Botha

Celui-ci avait pris la parole pour répondre aux accusations en disant qu’il pouvait tolérer toutes les insinuations et insultes des pays africains sauf celles de l’ambassadeur du Liberia. Car, disait-il, ce qui se passait au Liberia entre les autochtones (Natives) et les descendants Noirs Américains (Congos) était pire que ce qui avait lieu en Afrique du Sud en matière d’Apartheid. La seule différence, c’est qu’au Liberia, l’Apartheid se passait entre les Noirs. »
C’est dans ce contexte que Samuel DOE à la Faveur d’un coup d’état en 1980 fut le premier président native du Liberia. Il n’avait pas la grandeur et la hauteur d’esprit qui lui aurait permis d’engager la réconciliation du peuple. Il s’est plutôt engagé dans un processus de vengeance et de violence qu’il paiera finalement au prix fort…

 

Galebahi, ©

 


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7 réponses à “Les rapports entre les Noirs du Liberia, il y a peu, par Galebahi”

  1. 18 02 2012
    Galebahi (15:15:46) :

    Grand honneur O.G,

    Il y a beaucoup de choses à tirer de l’Histoire du Liberia. Il n’y a pas longtemps alors que la tension post-élection en Côte d’Ivoire était à son paroxysme, l’Union Africaine avait invité le président Laurent Gbagbo à Addis-Abeba en vue d’une discussion avec Alassane Ouattara. Des personnes avisées lui avait déconseillé le déplacement en arguant que c’était un piège qui se voyait comme le nez au milieu du visage. Un journaliste du quotidien du FPI avait même affirmé « c’est un piège comme pour Samuel DOE ». Prince Johnson, l’homme qui sirotait tranquillement une bière alors qu’on tranchait l’oreille à DOE était le lieutenant de Charles Taylor. Estimant qu’il avait acquis assez d’expérience, il avait faux bond à son mentor pour monter son propre « business » alors qu’ils occupaient déjà une partie de Monrovia. S’étant aperçu que les forces de DOE tenaient bien leurs positions et le palais, Johnson opte pour la ruse. Il propose à DOE une entrevue pour poser les bases d’une collaboration afin de combattre ensemble Taylor. Pour briser la méfiance de son ennemi. Il s’assure le concours de l’ECOMOG (force d’interposition) par le biais de puissances étrangères. Le Général Arnold Quainoo qui commandait l’ECOMOG assure à DOE que les discussions auraient lieu en terrain neutre et sur au port, alors siège de l’ECOMOG à Monrovia. Rassuré et mis en confiance, DOE et sa garde rapprochée vont au RDV. Sur place, le Général Quainoo exige que les Soldats soient désarmés pour cause de « terrain neutre ». Ce qui fut fait… Erreur fatale!!! Sur ce arrive Prince Johnson et ses miliciens qui mitraillent sans pitié les Hommes désarmés et s’empare de DOE à qui, par précaution, ils avaient pris le soin d’immobiliser en lui tirant plusieurs balles dans les jambes. La suite tout le monde la connaît. Tout cela avec la complicité de l’ECOMOG et de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest notamment la Côte d’Ivoire d’Houphouet Boigny et le Nigeria.

  2. 24 02 2012
    Obambé GAKOSSO (22:31:01) :

    Cher Galebahi,

    Tu ne l’a spas volé, cet honneur. Des réactions de cette qualité, sur nos blogs, on en veut et on en redemande.
    Je suis né au Congo où j’ai aussi passé le plus clair de mon temps. J’ai vu comment des années durant, les Zaïrois étaient honnis. Bien que j’ai quitté le pays depuis un moment, je ne pense pas que la tendance se soit inversée pour autant.
    Les Équato-guinéens ont subi la même chose au Gabon, des années durant, jusqu’à ce que le boom pétrolier les fasse rentrer dans leur pays, en faisant d’eux de « nouveaux riches » (sic !)
    Je pourrai, on pourrait tous citer comme cela des exemples dans pas mal de pays où des Africains, du fait d’une très relative prospérité économique par rapport à certains pays frères se prennent pour des nantis alors que, à peu de choses près, nous sommes logés à la même enseigne.
    Du temps de l’Apartheid, comme tu le rappelles très bien, nous n’étions pas les plus vertueux en matière de respect de nos propres Sœurs et Frères, quand bien même nous exigions cela des dirigeants sud-africains. Tout le monde sait en plus que certains de nos dirigeants (Mobutu et son aîné Houphouët-Boigny par exemple) traitaient et avec des dirigeants sud-africains et avec des hommes d’affaires de ce pays dont il est bien entendu inutile de rappeler qu’aucun n’était mélanoderme. Le président du Malawi, Kamuzu Bandaavait pas eu froid aux yeux avant de dire ; Sil faut monter sur le dos du Diable pour aller au paradis, je le ferai, comme pour répondre à ses pairs qui l’accusaient d’avoir signé des accords avec le régime raciste de Pretoria. D’ailleurs, pendant que nous condamnions chaque fois lors des sommets de l’OUA les racistes de Pretoria, aucun groupe de pays n’avait levé ne serait-ce qu’une armée pour aller se battre sur le terrain. Cuba de Fidel Castro avait dépêché des centaines de milliers d’hommes en Angola pour combattre aux côtés du MPLA. D’ailleurs, si ma mémoire ne me trompe pas, le premier à avoir porté cette affaire sud-africaine à la tribune des Nations unies fut Andrew Young, citoyen africain-américain, ambassadeur des USA à l’ONU, sous Jimmy Carter.

    @ suivre, O.G.

  3. 24 02 2012
    Obambé GAKOSSO (22:31:31) :

    Pour le voyage du président Koudou Gbagbo à Addis Abeba, je m’en souviens très bien. Le piège était bien ficelé. Le nombre de chefs qui ont perdu le pouvoir à l’occasion d’un voyage à l’étranger, on ne les compte plus. Kwamé Nkrumah doit encore s’en souvenir…
    Au sujet de la chute de Doe, tu m’apprends une chose capitale : je n’avais pas le film que tu nous présentes. Je savais que l’ECOMOG avait été complice, mais ces détails, mon cher Galebahi, chapeau et surtout merci.

    @+, O.G.

  4. 2 03 2012
    Galebahi (10:54:10) :

    Je te remercie d’évoquer la grandiose action de Fidel Castro O.G. . Je ne sais pas si tu as vu le documentaire de Jihan El Tahri « cuba, une odyssée africaine ». Il retrace admirablement le parcours des combattants cubains en Afrique, notamment en Guinée Bissau (aux côtés de Amilcar cabral), au Congo (aux cotés de Laurent D. Kabila) et en Angola au secours du MPLA pris en tenaille entre les occidentaux et le régime raciste Sud-Africain. 500.000 cubains ont pris part aux guerres de libérations en Afrique. La plus grande bataille qui sur le continent Africain depuis la seconde guerre mondiale a eu lieu pendant la guerre civile angolaise. C’est la bataille de Cuito Cuanavale en 1987. En soutien à l’Unita, l’armée Sud-africaine y a engagé 7000 de ses meilleurs soldats, des hélicoptères, des chars, des avions de guerre. Castro leur opposera, pour soutenir le gouvernement angolais,5000 soldats d’élites cubains et des centaines de chars et de blindés. L’Afrique du sud soutenait l’UNITA car l’Angola accueillait sur son territoire les combattants namibiens de la SWAPO de Sam Nujoma, qui bénéficiaient également de l’appui logistique et des instructeurs militaires cubains.
    A Cuito Cuanavale, devant la bravoure des soldats cubains et angolais, des négociations seront engagées au Caire. C’est en ce moment, qu’en échange du départ des troupes cubaines d’Afrique, Fidel Castro mettra sur la table l’indépendance de la namibie et la libération de Nelson Mandela. Pour mémoire, le 1er voyage de Mandela hors d’Afrique, il l’a réservé à Fidel Castro!!!
    J’ai été un peu long cher Obambé, mais c’est pour revenir à la question que tu as posé: « Pendant ce temps que faisaient les chefs d’Etats Africains? ». Pour ses actions, pour tous ses cubains qui sont morts pour la libération de l’Afrique, je ne dirai jamais assez merci au Commandante Fidel Castro.

  5. 2 03 2012
    Obambé GAKOSSO (11:34:50) :

    Bonjour Galebahi,

    Je reviendrai plus en détails plus tard suite à ton intervention.

    Rassure-toi, tu n’as pas du tout été long: ce sujet est passionnant et mériterait une thèse. Je pense que les Africains n’ont pas eu la reconnaissance qu’il fallait vis-à-vis de Cuba et de Fidel Castro. Quand les Occidentaux intervenaient, interviennent en Afrique, ce n’est jamais gratuit: ils investissent en fait. C’est comme cela, ce sont des capitalistes et ils vont même plus loin en devenant impérialistes. Mais Cuba n’a jamais rien demandé en retour, rien.

    J’ai vu cet excellent reportage et je suis infiniment reconnaissant envers cette dame (de nationalité égyptienne je crois) de s’être intéressée à un sujet qui paraît loin de sa sphère géographique.

    J’ai évoqué le cas cubain dans un court entretien avec Sanou Mbaye. Triste.

    @ suivre, O.G.

  6. 2 03 2012
    Galebahi (12:43:12) :

    Ah ouiii les cubains ont fait cela sans rien, sans rien demander… Jorge Risquet Chef de la délégation cubaine en Angola eu cette phrase profonde: »Quand nous partirons d’Angola, nous nous en irons sans or, sans diamant, sans cuivre, sans pétrole…Nous partirons uniquement avec les corps de nos amis tombés au front ». Nous les Africains n’avons témoigné aucune gratitude à ce petit pays au grand peuple. C’est triste!!!

  7. 2 03 2012
    Molekinzela (15:42:31) :

    En évoquons les présidents africains ayant perdu leur poste pendant qu’ils étaient à l’étranger, on se rappellera aussi du cas du Général Gowon (Nigéria), débarqué pendant qu’il se trouvait avec ses collègues à une session de l’OUA.
    Il était devenu un « ticket ebunga » (celui qui a perdu son billet retour)…
    Pour ceux qui ne le savent pas, le général Gowon est celui qui livra une guerre fratricide contre le colonel Odjoukwou au cours de la guerre dite: « guerre du Biafra » à la fin des années 60.
    L’objectif de cette guerre était de contrarier le projet indépendantiste du Biafra (partie du pays riche de son pétrole).
    On parla alors de « guerre de religion » (chrétiens contre musulmans)… guerre ethniques etc…
    Pendant que ses collègues chefs d’Etats rentraient chez eux, Gowon se réfugia en Angleterre où il fit contre mauvaise fortune, bon coeur en reprenant des études universitaires qui le conduisirent jusqu’à la soutenance d’une thèse.
    de doctorat.

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