Parlons nos langues, enseignons-les: hommage à Chekh Anta Diop

7 02 2012

 

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Carte de répartition de groupes de langues en Afrique

PARMI LES REMARQUES et suggestions que l’on me fait au sujet de ce blog, il y a la création dédiée à l’apprentissage de nos langues ou au moins de l’une d’entre elles. Si je conviens que cela est une excellente idée, je dois aussi reconnaître que les langues bantu que je parle, je les ai apprises dans la rue et dans un cadre familiale et pas du tout à l’école. Les écrire est pour moi un exercice très délicat car cela n’obéira pas forcément aux normes grammaticales, orthographiques, lexicographiques etc. que bien évidemment j’ignore.

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Le président Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga

AU CONTRAIRE DE NOS FRÈRES de l’autre côté du fleuve Congo, le système scolaire congolais n’a pas crée, du CP1 (Cours primaire première année) jusqu’à la terminale, des cours de nos langues ou encore tout simplement dans nos langues. Il y a eu après le départ officiel du colon une sorte de mélange de facilité, de paresse, de manque d’ambitions et surtout d’absence de vision de la part des présidents congolais successifs (de Youlou à Sassou Nguesso IV, sans exceptions), de nos Premiers ministres et de nos ministres de l’Éducation (le Congo se paie même souvent le luxe d’en compter jusqu’à quatre pour des résultats complètement bidons). Ces hommes, tous nés au village, qui ont eu pour première langue, celle de la maman, ont appris le kikongo, soit le lingala, soit les deux en cours de route, puis le français, mais arrivés aux affaires, ont estimé qu’il était normal que l’on continuât à enseigner à des enfants 6 ans qui n’avaient jamais parlé un traître mot de français, l’histoire, la géographie, le dessin, le calcul mental etc. dans la langue de Molière. Une aberration totale. Cette pierre jetée dans le jardin des dirigeants du petit Congo se retrouve aussi dans ceux du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun etc. Le président Mobutu, souvent voué aux gémonies pour un bon paquet de raisons, lui qui fuit journaliste en lingala, bien avant d’être président, avait compris l’importance de l’apprentissage en langues locales. Lui qui était un excellent tribun (aussi bien en lingala qu’en français) était un visionnaire sur ce plan. C’est ainsi que dans les années 80, jusqu’à l’équivalent de la classe de cinquième, les enfants du Zaïre suivaient tous leurs cours en lingala (en tout cas, à ma connaissance, pour ceux de la partie Ouest du pays, dont fait partie Kinsasha). L’Afrique est ainsi le seul continent au monde où l’enfant commence ses études dans une langue qui n’a rien à voire avec celle parlée dans son foyer, dans la majorité des cas.

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Boubacar Boris Diop & Louise Maes Diop

EN JUIN 2008, suite au fameux Discours de Dakar du président français, une rencontre avait eu lieu à Saint-Denis (France), en juin 2008, à la librairie Folies d’encre. Les intervenants furent l’enseignant et auteur sénégalais Boubacar Boris Diop* et Louise Maes-Diop*. De par ma petite culture, je savais que la Suède avait colonisé la Norvège et la Finlande. Mais ce jour-là, j’appris qu’après le départ des Suédois, le gouvernement finlandais mit en place le bilinguisme de sorte que finnois soit aussi enseigné à l’école et que des matières soient aussi progressivement enseignées dans cette langue. C’est ce qu’expliquera Mme Maes-Diop. Les études le montrent tous les jours de par le monde : un enfant qui apprend dans sa langue maternelle apprend mieux, comprends mieux et les résultats scolaires n’en sont que meilleures. Des travaux du linguiste Cheikh Anta Diop l’ont prouvé*** ; le physicien Abdou Moumouni Dioffo, auteur d’un excellent ouvrage sur l’Éducation en Afrique, présenté sur cet espace, en a parlé et est arrivé à la même conclusion. Nos pays connaissent des taux d’échecs trop élevés aux examens d’État, tellement bas que parfois, on est obligé d’abaisser la moyenne de réussite pour « donner » le bac. Ce qui n’honore personne. Je me souviens qu’en classe de terminale scientifique, des redoublants et des triplants**** que l’on présentait souvent comme des malchanceux car Ils sont très bons mais ils ratent chaque fois le bac (nous disait-on, à nous les petits nouveaux). Or, dès les premiers exercices de biologie, je me rendais compte que certains aînés n’arrivaient pas à faire la différence entre analyser et interpréter une courbe. Comment obtenir son bac quand la biologie est la première des matières avec un coefficient de 5 dans de telles conditions ? Même chose pour nos amis de la série A4 : si l’on n’est pas à même de faire la différence entre analyser et résumer un texte, on pourra avaler des heures de cours, lire les plus beaux romans de la littérature française, rien n’y fera : on repassera le bac 3 fois, 5 fois et on laissera tomber pour aller grossir le rang des chômeurs africains. De la sixième à la terminale, au Congo, tout le monde apprend en français et il y a l’anglais à côté. Pour la série littéraire, on peut choisir en plus l’espagnol, le russe ou l’allemand. Mais point de kikongo ni de lingala : nos dirigeants doivent sans doute penser que cela n’est bon que pour les meetings ou causer en famille.

images-3-150x103DANS AU MOINS TROIS PAYS  africains (Burkina Faso, Éthiopie et Malawi) des évaluations ont été faites dans un passé récent, concluant que l’apprentissage multilingues est bien plus efficace que ce qui se fait dans le reste des pays africains où l’anglais et le français sont la langue et de l’administration et de l’école. Au pays de Thomas Sankara, en janvier 2010, il existait 118 écoles où 8 langues nationales étaient enseignées. Et les autorités ont eu l’intelligence de réunir les habitants concernés afin que les gens s’entendent sur les langues à enseigner à leurs enfants. Si cela n’est pas un signe d’intelligence, j’aimerais bien que l’on m’explique. Je ne sais pas ce que les autres attendent : que ce soit encore le FMI, la Banque mondiale, Paris et Brussels qui donnent le feu vert ? En 1992, quand un journaliste demanda au juriste Alexis Gabou de parler en kikongo de la Constitution, comme il venait de le faire en français, ce fut une catastrophe d’une ampleur rare. Avec ça, on se plaint que les populations dans leur ensemble ne comprennent rien de ce que disent les politiques. Mais entre nous, les politiques eux-mêmes, savent-ils réellement de quoi ils parlent ? Quand un ministre monte en Occident pour signer une Lettre d’intention avec le FMI, sait-il réellement ce qu’il fait ?

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L'Wsir, Cheikh Anta Diop, paix sur lui

 

Obambé GAKOSSO, February 2012©

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*: Il est notamment l’auteur d’un roman en Ouolof intitulé, Doomi Golo (2003), chez Papyrus

**: Mme Louise Maes-Diop est géographe

***: Suivre ces deux vidéos du Pr. Chekh Anta Diop, très instructives: ici et .

****: Au Congo, un triplant est un élève ou un étudiant qui après un redoublement subit un nouvel échec dans la même classe.


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3 réponses à “Parlons nos langues, enseignons-les: hommage à Chekh Anta Diop”

  1. 7 02 2012
    Mère Evé (12:26:23) :

    C’était la Librairie Folies d’Encre, à Saint-Denis, Bambi, et JE voulais préciser que Mme Diop est spécialiste en démographie et géographie humaine. merci pour ce billet !

  2. 7 02 2012
    Obambé GAKOSSO (12:30:04) :

    @ ME,

    Merci pour la correction concernant le nom de la librairie. J’ai corrigé dans le billet.

    De rien.

    @+, O.G.

  3. 8 09 2015
    Joe (04:07:37) :

    On ne peut pas maîtriser toutes les langues de son pays d’origine. De plus, tout le monde ne comprend pas le kikongo au Congo… Au niveau national il convient de communiquer au moyen des langues officielles, celles comprises par la majorité .

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