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Lettre à Monsieur Serge Boret, pourfendeur de « rats » et d’ »ordures »

17 06 2011

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C’EST AVEC BEAUCOUP de colère que j’ai failli répondre à ce Monsieur dont j’ignorais l’existence jusqu’à hier. Mais comme on dit en lingala, na meli mayi ya piyo mpo na kitisa motema*. Il m’en a fallu pour me calmer hier face à ce tombereau d’injures faite par un homme venu d’Afrique, qui a bénéficié du travail de ses aînés (et peut-être du sien aussi, je n’en sais rien) pour accéder au rang de diplomate en Occident. Dans un pays où je suppose il ne connaît pas de problèmes de transport, d’électricité, d’eau etc. et encore moins de survie, se permettre d’insulter des gens qui triment, tel qu’il l’a fait, en les traitant d’ordures, cela me révulse au plus haut point et d’ailleurs je ne suis pas surpris que les autorités congolaises n’aient pas réagi en le rappelant au pays. Il faut vraiment croire que quand certains Nègres se mettent à porter des cravates, des costumes etc., et posent leurs séants à côté de ceux de leurs maîtres-bwana, le sang n’irrigue plus bien leurs cerveaux.

 images2.jpgLe pays où sévissent les « rats » de Monsieur Boret

MONSIEUR SERGE BORET (je me permets de ne pas ajouter « Bokwango » car je crois que « Serge Boret » vous sied mieux, car je ne voudrais vraiment pas faire injure à cet ancêtre qui risquerait de mal se porter en ce moment en lisant mon billet). J’ai découvert votre existence grâce à un Frère de lutte. Un Frère qui pense que la conscientisation des nôtres est un instrument important si on veut réellement viser ce mieux-être que nous appelons tant et tant de nos vœux. En lisant au premier abord, j’ai cru que c’était une blague, tant la Websphère en fourmille. On peut y faire raconter ce que l’on veut, même aux personnes les moins indiquées. Mais en lisant attentivement et même en relisant, je me suis rendu compte que je n’avais pas la berlue, que je n’avais pas mal à la tête et que vous aviez réellement tenu ces propos nauséeux et nauséabonds à l’encontre des « rats », « ordures » et « déchets ». J’ai même du mal en écrivant ces mots car j’ai encore l’impression de vivre en plein cauchemar. Des mots dignes de l’ethnologie coloniale quand les « civilisateurs » venus d’Occident disaient vouloir faire de nous des Hommes, nous « sortir de la bestialité ». Et quand vous mettez « rats », en effet, vous avez le droit de figurer dignement au musée de ces gens. J’espère que vous avez déjà pensé à cet aspect des choses car, croyez-moi, insulter ainsi ceux et celles qui auraient pu être vos Frères, vos Soeurs et peut-être même vos enfants (je ne connais pas votre âge) ne vous honore en rien. Alors là, en rien du tout.

MONSIEUR SERGE BORET, je ne suis pas grammairien, ni linguiste. Je vous avoue très humblement que mon niveau de maîtrise de la langue française est loin d’atteindre le vôtre, mais en lisant et en relisant votre texte, je me suis posé une question: le mot diplomate a-t-il changé de sens depuis votre sortie très dangereuse de l’autoroute? J’ai toujours pensé qu’un diplomate, lorsqu’il s’exprimait publiquement avait un devoir de réserve et qu’il ne pouvait dire tout ce qu’il pensait. J’ai toujours pensé que le travail d’un diplomate était entre autres de défendre les intérêts de son pays et des ressortissants de ce dernier. J’ose espérer que parmi vos « rats » du Sud de l’Italie, il n’y a pas de citoyens congolais, le pays qui vous paie pour défendre ses intérêts à l’ONUG. J’ai toujours aussi très naïvement – je le concède – pensé qu’un diplomate n’insultait jamais. Surtout pas ça! En tout cas pas en public, ni devant micros ni devant caméras. Je ne suis pas un fanatique de la diplomite aiguë, mais j’aurais bien aimé rencontrer les maîtres qui vous ont enseigné cet art si délicat que l’on ne devrait confier qu’à des personnes empreints d’une certaine correction, politesse et qui abhorrent l’injure. Car l’injure est utilisée par celles et ceux qui n’ont plus (pas) de mots pour parler entre personnes censées. L’injure est utilisée quand on est arrivé à la case terminus des arguments et que l’on ne sait plus quoi dire. Là aussi j’ai toujours – naïvement sans doute – que lorsque l’on ne sait plus quoi dire, on se tait. N’est-ce pas que lorsque ce que l’on veut dire n’est pas plus beau que le silence, il vaut mieux se taire? Vous auriez eu tout à y gagner en évitant des propos aussi injurieux car je me demande encore ce que vous y avez gagné.

MONSIEUR SERGE BORET, peu importe le pays où vous avez fait vos études (en Afrique ou ailleurs, peu importe), vous êtes bien la preuve vivante - s’il en fallait – que depuis la nuit des temps, les Hommes n’ont cessé de bouger, de se déplacer. Pour toutes les raisons du monde, on part de son village natal, de sa ville où on a grandi, du pays où l’on a passé ses 8 ans d’études post-baccalauréat etc. Pour un mieux-être. Pour chercher ce que l’on ne trouve pas chez soi. Pour apporter à autrui (quand il nous le demande) ce que nous avons et qu’autrui n’a pas. Je fais court, cher Monsieur, mais pour toutes ces raisons, les Hommes ne cessent de se déplacer. Comme vous. Ces gens que vous appelez des « rats », des « ordures » sont comme vous et moi. Ils ont eu un minimum d’instruction dans leurs pays d’origine. Peu importe qu’ils soient bac+100 ou bac-100, ils ont estimé à un moment donné de leur vie que le mot bonheur et les mots « vivre chez soi » n’étaient plus en harmonie. Ils sont donc partis. Par avions. Par mers. Par les océans. Via le désert. Ils ont bravé ce que la nature offrait de plus hostile pour arriver là où ils sont. Depuis la nuit des temps, disais-je, les Hommes ne cessent de partir de chez eux. Demandez à l’OIM**. Ce n’est pas loin. Le siège est à Genève. Genève qui est aussi le siège de l’ONUG. Cela ne coûtera pas grand chose au contribuable du Congo qui vous paie (je pense) chaque mois. Allez les voir et, à mon avis, vous serez surpris de voir combien il y a de « rats » et d’ »ordures » quittent leur pays chaque année. Entre 1846 et 1848, la famine sévit en Irlande. La conséquence est immédiate: des millions d’Irlandais s’enfuient pour le monde dit nouveau, les USA. Je ne crois pas que tous aient eu des comportements vertueux en arrivant là-bas. J’en doute même très fort. L’Italie qui reçoit ces « rats » et « ordures » aujourd’hui en a connu aussi, des vagues d’immigration: vers la France, au point de composer en 1900, 36% de la population immigrée; entre 1870 et 1920, 1.250.000 d’Italiens s’en vont au Brésil, fuyant la misère etc. Aujourd’hui, 25 millions de Brésiliens sont d’extraction italienne; dans les années 1890, les Italiens composaient 90% des employés municipaux de la New-York City. S’il y avait forcément d’honnêtes Hommes parmi eux, je doute qu’ils aient tous été des parangons de vertu. Est-ce une raison pour les qualifier de « rats » et d’ »ordures »? Je ne crois pas. C’étaient des êtres humains. Simplement. Ces Africains qui vivent dans le Sud de l’Italie sont peut-être comme vous: ils nourrissent des familles entières dans leurs pays d’origine. Certains se comportent mal envers les autorités locales. Si cela n’est pas acceptable, encore une fois je me pose la question de savoir en quoi cela fait d’eux des rongeurs? Dans nos pays, nous avons aussi des étrangers et ils sont comme ces Africains du Sud de l’Italie: certains respectent nos lois et d’autres pas. Nous ne nous amusons pas cependant à les mettre tous dans un zoo en les traitant de rats. Par cette sortie, vous avez tendu un excellent bâton à une certaine frange de la population européenne qui pense comme vous et qui pourra dire Mais regardez Monsieur Boret, écoutez Monsieur Boret, il dit exactement ce que nous pensons. Mais si c’était Monsieur un des nôtres qui l’avait dit, on aurait vite fait de le taxer de raciste. En, règle générale, je ne prête pas attention à ce genre de propos, mais là, avec vos mots très grossièrement ciselés, vous vous êtes faits de nouveaux amis et j’espère que votre nouveau compagnonnage servira équitablement les deux parties. Ce dont je doute tout de même!

MONSIEUR SERGE BORET, s’il faut rendre au peuple ce qui est à lui et aux animaux ce qui est leur, je dois à la vérité de relever que vous avez néanmoins pointé du doigt les gouvernements africains qui, dites-vous (…) favorisent le départ en masse de leurs déchets vers l’Italie, l’Europe et l’Arabie. Si le mot déchet (j’insiste) est très mal venu pour parler d’êtres humains, je vous inviterai le plus rapidement possible à rendre votre tablier de diplomate au service du Congo et à mener le combat pour la dignité des africains par d’autres voies. Les Turcs disent qu’on ne peut être un peu enceinte. Ou on l’est, ou on ne l’est pas. Je pense que l’on ne peut être diplomate de son pays et tenir publiquement ce genre de propos. Prenez votre courage à deux mains. Soyez un homme! Démissionnez et si vous tenez au bonheur de ces « rats » pour en (re)faire des Hommes, si vous tenez à recycler ces « déchets », mettez la main dans le cambouis et l’on vous verra à l’œuvre et je pourrais (seulement à cette condition) dire haut et fort que vous avez lu Cheikh Anta Diop et que vous êtes un diopien digne de ce nom. Ce qui est loin d’être le cas car quand on a lu cet homme, éveilleur des consciences, l’homme qui nous a permis de nous réapproprier notre histoire depuis l’Egypte antique, cet homme même quand il était attaqué par ses propres Frères kamit n’a jamais cédé à la tentation facile de l’insulte, on ne peut traiter ses congénères de « déchets », de « rats » ni d’ »ordures ».

POUR FINIR, Monsieur Serge Boret, je souhaite pour vous que vous soyez toujours membre de la haute fonction publique de votre pays car si par malheur il vous arrivait de vous retrouver sur la touche, les « rats », « ordures » et autres « déchets » risquent de se rappeler à votre bon souvenir…

Pour en savoir plus: http://balawou.blogspot.com/2011/06/le-representant-congolais-lonug-les.html; http://www.julienews.it/notizia/dal-mondo/il-rappresentante-congolese-dellonug-duro-contro-alcuni-africani-residenti-in-italia/79183_dal-mondo_1_1.html; http://fnbellegarde.over-blog.com/article-un-homme-honnete-serge-boret-bokwango-76119001.html; http://www.fdesouche.com/219410-bokwango-onug-%C2%AB-les-immigres-africains-en-italie-sont-les-ordures-de-l%E2%80%99afrique-%C2%BB.

Obambé GAKOSSO, June 2011©

————-

*: Traduction libre: J’ai bu de l’eau fraîche pour calmer ma colère.

**: Office internationale des migrations.


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10 réponses à “Lettre à Monsieur Serge Boret, pourfendeur de « rats » et d’ »ordures »”

  1. 17 06 2011
    Christian (20:50:56) :

    Bambi,

    Non seulement je n’avais pas connaissance de la sortie de cette sortie, mais en plus, je suis bluffé par ton mot. Ton billet est tout simplement violent, puissant.
    On attend sa réaction avec impatience…

    Christian

  2. 18 06 2011
    Jamani (11:31:15) :

    Ce qui est malheureux c’est que ce soient ces gens là qui ont du pouvoir en Afrique et qui décident d’une façon ou d’une autre pour l’ensemble du continent.

    Son texte a déjà été repris sur certains sites d’extrême droite.

  3. 18 06 2011
    GAKOSSO GIGUEL (22:22:56) :

    « ll faut vraiment croire que quand certains Nègres se mettent à porter des cravates, des costumes etc., et posent leurs séants à côté de ceux de leurs maîtres-bwana, le sang n’irrigue plus bien leurs cerveaux. » Si je comprends bien cet homme serait donc sous l’emprise des blancs, ce qui le conduirait à tenir des propos infamants.
    Bambi, considéres-tu que tout blanc est éminemment suspect ? Il porterait comme dans ses gènes les fautes commises par ses aïeux. L’Europe et l’Occident étant réduits au mal, leur histoire ne comporte nulle grandeur, nulle générosité. Schoelcher, Marx, les anti-esclavagistes européens, les anticolonialistes français, Jean Moulin et les résistants, la littérature et la philosophie européennes, tous suspects car participant du même mal.
    Doit on réduire tout être humain à une identité substantialisée, ce que Sartre nommait la « chosification » de l’autre lorsqu’il pensait à la question juive. Si tous les Blancs sont suspects, je comprends la douleur d’exister si l’on est noir.
    Catherine Gakosso Giguel

  4. 19 06 2011
    St-Ralph (00:12:20) :

    Ta colère est grande. Mais au regard des mots relevés dans les propos du diplomate, je me dis que l’on n’a pas besoin de les replacer dans leur contexte pour les condamner. Le premier rôle d’un ambassadeur c’est de toujours présenter à l’étranger son pays et ses ressortissants sous un beau jour ou tout du moins se garder de décerner le blâme contre les siens.

    Dans tous les cas, tu n’as pas tort d’affirmer que certains Noirs se sentent des ailes quand ils se trouvent en compagnie des blancs.

  5. 19 06 2011
    Idem (11:18:20) :

    Bambi, tu as tout dit sur ce genre d’énergumène arriviste.
    Il est évident, via le contenu fort à propos de ta réaction vis-à-vis de ce monsieur qui porte des noms bien français, qu’ « on n’est sali que par la boue ». Ce diplomate, qui vit sur le dos de ses frères et soeurs d’Afrique, devrait avoir honte de ses propos.
    Tu as bien fait de lui rappeler que si les gens fuient et voyagent depuis la nuit des temps, tout comme lui l’a fait, c’est pour un mieux vivre. Cela ne qualifie en rien ses semblables de rats, d’ordures et de déchets.
    J’espère qu’il saura se remettre en question, admettre qu’il fait fausse route en qualifiant ainsi les personnes qui souffrent plus que lui, et remettre en cause sa fonction pour laquelle il n’est, visiblement, pas apte.

  6. 19 06 2011
    Molekinzela (12:07:18) :

    Chers amis,
    Ce type de propos, même aussi choquants, ne me surprennent guère.
    Sans en faire une règle générale, faites un tour au service de l’immigration de la préfecture de Bobigny. Vous constaterez que les agents les plus zélés ou comme on dit encore en France, « les plus coupeurs des cheveux en quatre » sont d’abord eux-mêmes, à des degrés divers, issus de l’immigration ou tout au moins, des blacks, arabes ou asiatiques d’origine.
    Chacun de nous a des petites anecdotes à raconter sur des déboires rencontrés un jour, avec un policier antillais, lors d’un banale contrôle d’identité…
    Chacun peut rapporter l’attitude condescendante et arrogante affichée par une greffière black dans un palais de justice pour un banale problème de paperasse… Que dire des contrôleurs de trains… de bus… Je vous fais grasse de tout le reste…
    J’ai vu une fois dans un documentaire télé consacré au travail clandestin, un inspecteur du travail très zélé, d’origine asiatique, qui traitait complètement dans une relation d’altérité à la limite du mépris, les travailleurs clandestins de la même origine que lui… Il vilipendait leurs coutumes barbares…. De fait, ces ouvriers « chinois » sans papiers constituaient désormais un groupe de non appartenance pour lui, Français bon teint, même avec des yeux bridés…
    Il a sans doute oublié qu’il n’y a pas si longtemps, ses parents ont fait partie des « Boat peaples » Mong accueillis par la France ou des immigrés sans papiers régularisés par la Mère Patrie.
    En France, la rencontre d’un black avec un autre Black est souvent connotée de beaucoup d’ambiguïtés même si on doit se garder de faire des généralisations…
    Bien souvent c’est même un « exagonal » qui vient jouer les modérateurs en contribuant à dénouer le problème.
    « Le parvenu nie souvent ses origines » est un proverbe toujours d’actualité.

  7. 19 06 2011
    Molekinzela (12:18:43) :

    L’on se rappellera aussi des propos tenus il n’y a pas si longtemps par notre honorable ambassadeur en France sur les congolais qui aimaient vivre dans la crasse, justifiant ainsi l’état de délabrement dans lequel se trouvait le CHU de Brazzaville…
    Inutile de vous rafraîchir la mémoire avec les propos tenus par l’ancien footballeur Basile Boli sur les immigrés délinquants en France….

    Tout çà participe du même raisonnement…

  8. 19 06 2011
    Letsaa La Kosso (20:44:28) :

    Bambi,
    Il a fallu à l’incrédule que je suis, parcourir ton texte jusqu’à la fin pour comprendre l’objet de ton courroux. Une petite introduction pour me placer dans le contexte m’aurait évité de consommer quelques précieux kilowatts en allant chercher les propos de ce Mr.
    Bien le salut.

  9. 22 06 2011
    DMortys (17:53:44) :

    Oh my Godness!!!
    Comment un Kamit traite – t-il d’autres frères Kamit de « rats » et j’en passe…
    Eloba G. Ebanda, « ta mbola na mokili, o mona makambo »
    Ceci dit: le racisme, xénophobie, tribalisme et tous les autres ‘ismes’ ne se limitent pas seulement au rapport de l’homme ‘Blanc’ à l’homme de couleur. Voilà, la preuve vivante d’un b**tar** qui traite ses frangin de sale r****.
    Chers amis lecteurs et autres permettez moi de vous dire ceci: nous avons du chemins à parcourir…
    Pour rappel, Bambi… Je sais que t’es quelqu’un d’intelligent et intellectuel, néanmoins évites de généraliser tes propos dans tes posts.
    Dans l’espoir que tu conviendras avec moi
    Be blessed.
    @+ MAD

  10. 25 06 2011

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