Le M22, 39 ans après, une interview de Bernard Boissay

22 02 2011

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JE SUIS PRÊT A PARIER QUE le nom de Bernard Boissay ne vous dira quelque chose que si vous avez lu le livre d’entretiens de Pierre Eboundit et de Diogène Senny*, à condition bien entendu que vous ayez jeté un œil sur la préface de cet ouvrage. A l’occasion donc du trente neuvième anniversaire du Mouvement du 22 février, dit M22, j’ai donc eu le plaisir de donner la parole à Bernard Boissay, ancien compagnon de route de Pierre Eboundit et les autres. Né en 1944 dans la Meuse (dans l’Est de la France), il fait des études assez variées où l’on retrouve les lettres, les sciences humaines, la philosophie (licence), et aussi la sociologie (certificat). Il travaille dans les Vosges (Est de la France toujours, en Lorraine, sa région d’origine) pendant 3 ans comme surveillant et professeur. Il quitte le Congo en 1973 pour 15 années d’enseignement (philosophie ou français) en France. Il finit sa carrière à Verdun, sa terre natale, en 2002. Son expérience africaine compte aussi le Zaïre (1988-1991) et le Cameroun (1993-1997). Le retraité n’est pas inactif pour autant car il s’occupe d’une association locale appelée l »Amatrami » qui enseigne la langue française comme langue étrangère à des immigrés ou à des personnes issues de l’immigration. Mais intéressons-nous à son séjour congolais… 

Obambé Gakosso: Comment vous êtes-vous retrouvé au Congo?

Bernard Boissay: Je suis arrivé au Congo exactement en novembre 1968, j’avais 24 ans, dans le cadre de ce qu’on appelait la Coopération. En effet, suite aux indépendances la France eu égard à ses anciennes colonies n’avait pas voulu rompre avec elles et, suite aux liens multiples dont se targuait l’ancienne métropole d’avoir eu avec l’outre mer (économie, enseignement, langue, culture etc…) le régime gaulliste à la fois voulait continuer à « aider  » le Congo tout en espérant maintenir une certaine tutelle sur « ses » anciens pays dominés et la raison essentielle semble avoir été (derrière ces rapports néo-coloniaux) la nécessité pour la France d’une audience à l’O.N.U. où de nombreux pays qui dans son sillage voteraient comme elle dans cette instance, ainsi que vraisemblablement pour faire pendant à la puissance anglo-saxonne et américaine était en vue la constitution d’un grand espace francophone -et il l’était de fait- où la culture française  pourrait rivaliser avec la vieille Angleterre et la nouvelle Amérique, disons plutôt  avec les Etats-Unis.
Donc il y a eu des accords de coopération  avec les ex pays colonisés devenus indépendants dans tous les domaines : politique, militaire, culturel dont l’éducation. D’un point de vue plus personnel, sans être un militant ni communiste, ni d’extrême gauche je m’étais opposé à la guerre d’Algérie et j’étais favorable aux indépendances sans y voir à l’époque tous les dessous néo-coloniaux. Plus prosaïquement après mes études et après le début dans ma carrière d’enseignant, je devais faire mon service militaire après avoir bénéficié d’un sursis à incorporation- ce qui m’avait permis de ne pas aller en Algérie – et l’État français proposait (au lieu d’aller à la caserne) à ses jeunes diplômés dans différents domaines un service civil en coopération. C’est ainsi qu’étant déjà prof’ en France j’ai postulé pour 6 pays outre mer et j’ai obtenu un poste de professeur à Brazzavillle où… coïncidence !  j’avais une tante paternelle qui était religieuse aux F.M.M.** depuis une quinzaine d’années et que personne de la famille n’avait revu depuis son départ. Mon état d’esprit à cette époque était plutôt paternaliste bon enfant ; au lieu de m’embêter dans une caserne à jouer au petit soldat, je pensais pouvoir faire oeuvre utile culturellement dans un pays que je considérais « démuni » eu égard aux progrès scientifiques et techniques et à la connaissance philosophique.(ce que j’ai appelé plus haut paternalisme!)

Pourriez-vous nous décrire l’environnement que vous avez trouvé au Congo à votre arrivée? Social, politique etc.

Quand j’arrive à Brazza en novembre 1968 en retard par rapport à la rentrée scolaire à cause des événements politiques – chute de Massambat, « coup d’État de Ngouabi soutenu par des éléments de la gauche congolaise – tout de suite je suis dans le bain de la coopération et j’enseigne la philo au Lycée central appelé encore Savorgnan de Brazza. Gros lycée (3000 élèves) beaucoup de travail plus de 7 classes, élèves intéressés et motivés par la philo et la culture françaises et en général et assez politisés notamment par l’UGEEC. Au lycée il y a une centaine de profs dont un ou deux Congolais seulement, une dizaine de coopérants russes (essentiellement dans les matières scientifiques et à qui on reproche de ne pas savoir parler bien français) 3 ou 4 Cubains – option socialiste oblige pour le grand frère soviétique et son accolyte ; Guevara serait venu à Brazza et aurait rencontré Diawarra et la JMNR et surtout des opposants à Mobutu dont Mulele. Le reste des Profs est français dont une importante colonie antillaise heureuse d’être là et soit assez favorable à la politique paternaliste de la France soit partisans de l’indépendance des Antilles voire militants communistes haïtiens exilés réfugiés du régime de Papa Doc’.Le proviseur est un Franco-congolais vili, M.Poaty, assez favorable voire très, à la coopération française et nous aurons des démêlés avec lui quand il s’agira d’africaniser davantage les programmes en littérature, en philo, voire lorsqu’il sera question d’essayer de mettre en pratique quelque peu les directives issues du Colloque de l’enseignement de 1969 à Brazza qu’on appellera par après L’École du peuple. Donc un environnement melting pot et un bouillonnement quelque peu tiers-mondiste effervescent à la recherche de quelque chose de nouveau et dégagé de l’influence trop néo-coloniale! Même si on n’ose plus dire que « nos ancêtres les Gaulois », le contenu des programmes notamment en philosophie sont calqués sur ceux de France rigoureusement, le découpage des séries et des options est celui de l’enseignement français, d’ailleurs je crois que dans les accords de coopération culturelle était mentionné que les ressortissants français auraient droit dans l’éducation nationale nationalisée congolaise aux cursus, programmes, examens français.Nous sommes dans une période de transition, la nationalisation ne date que de 1967! il me semble.
D’un point de vue économique tout est dominé par la France : production sauf bien sûr les cultures vivrières mais bois, cacao, pétrole, sucre, tabac; banques apparemment nationalisées mais en fait banques françaises dont le nom a changé; distribution et commerce automobile aux mains des grandes vieilles concesssions SCKN CFAO etc. et le CFCO est sous dépendance technique de la France – un tronçon sera cependant rénové par les Chinois; j’oubliais plus haut un prof  Chinois au Lycée Savorgnan lequel si mes souvenirs sont exacts enseignait les maths ou la physique et parlait bien le français et sans accent ou peu. Dans tous les domaines ainsi que dans l’administration il y a un peu partout des coopérants ou cadres français plus ou moins jeunes et assez compétents par exemple à la Direction Genérale de la Culture ou au Plan ou au Ministère des finances et de l’Economie. Les jeunes coopérants sympathisent avec des cadres congolais mêmes ceux qui sont partisans d’une coupure plus radicale avec l’ex-métropole. Dans les années 70 surviendra l’exploitation pétrolière (700 000 à 1 million de tonnes) qui bouleversera complètement la donne économique… et les « appétits » de la bourgeoisie bureaucratique prédatrice vont commencer ici.
La vie à Brazza est agréable pour nous coopérants, la population nous est favorable, nous pouvons circuler aller à Poto-poto sans risque, il y a bien quelques demandes de matabiche par les flics ou quelques petits fonctionnaires mais encore une fois la vie est agréable et nous sommes même sollicités par des cadres politiques à participer plus étroitement à la vie politique congolaise ou internationale par la rencontre de militants ou réfugiés du MPLA et de L’UPC.
Je me dois de préciser qu’en arrivant au Congo, je n’étais pas exactement politisé ni encarté;  en 68 je travaillais déjà et les manifs ou assemblées à la fac je n’y allais que des fois le soir , j’avais une idéologie humaniste chrétienne familiale d’origine. Mais mes études de philosophie m’avaient fait plus qu’apprécier les analyses marxistes et le contact avec les communistes dans les années de fac 60 à 65 puis après des connaissances et des échanges avec soit des Trostkistes ou des gens dans la mouvance des Mao, plus la documentation sur le « soviétisme » m’avait fait prendre des distances avec les Communismes incarnés dont le Communisme français.

De quand peut-on dater vos premiers contacts avec ce qu’on peut appeler la Gauche congolaise? Et comment ont-ils eu lieu?

Comme je vous l’ai déjà précisé je n’étais pas un militant encarté, j’étais prof de philo, humaniste, d’idéologie socialo-marxiste en théorie, sur fond de culture à base de charité chrétienne.
De par mon boulot de prof je touchais à la morale à la science à la religion à la politique et vu mon éducation je me devais d’être en accord dans ma pratique de vie avec mes idées affichées ou professées.
Je ne sais pas si on peut parler de contact avec la gauche, mais disons que c’est tout naturellement que sollicité par les élèves de l’UGEEC, les cadres de l’UJSC voire même par mon inspecteur d’académie français ou aussi par le directeur de l’enseignement congolais soit Mlle Gnali soit M.Lopes, j’ai participé à des réunions des réflexions sur l’éducation, sur l’enseignement de la philo, sur la culture en général, sur les rapports /élèves, profs/administration etc…
Tout cela s’opérait au vu et au su de tous et même si nous (car beaucoup de profs coopérants français faisaient de même) n’étions pas bien vus par les services de l’Ambassade et que nous étions en situation illégale par rapport à notre contrat de coopération, nous avions l’impression d’être dans une certaine légitimité vu la situation néo-coloniale du Congo, la misère globale du pays, le besoin de soutien aux mouvements de masse, l’enthousiasme de nos jeunes élèves interlocuteurs.Sans nous sentir investis d’une mission, nous ressentions une certaine obligation morale d’être et d’agir ainsi, surtout que notre situation d’origine en France rentrait dans le cadre normal d’une pratique pédagogique ou syndicale. Il est sûr également que nous dérangions également  les vieux colons français encore aux manettes économiques du pays ainsi que certains profs réacs et d’une droite bien à droite pour ne pas dire plus, car ce concept à l’époque était erroné (mais les barbouzes gaullistes et Foccart et toute la vieille Françafrique étaient déjà bien en place).
Du plus loin que je me souvienne j’ai participé à la préparation du « Colloque sur l’enseignement » qui a dû avoir lieu en octobre 1969 sollicité par l’UJSC dont le président était M. Foungui Prosper de son prénom je crois, son frère aussi a travaillé avec nous et bien d’autres comme un prof exilé haïtien vieux cadre communiste réfugié et accueilli par le Congo « socialiste », M. Gilbert bien connu des Congolais. Nous avons préparé ce qui a été appelé par après « L’Ecole du Peuple » et d’ailleurs jamais vraiment mise en application par le pouvoir sauf dans certaines de ses mesures sorties de leur contexte et devenues ainsi complètement démagogiques (comme le passage automatique d’une classe à la classe supérieure). Nous avons travaillé plus de deux mois pour préparer cette grande réforme sur la structure de l’enseignement au Congo, j’étais secrétaire de séance et je dois dire que j’ai beaucoup travaillé et appris sur l’écoute d’autrui, le travail collectif et de l’expérience de militants plus chevronnés. L’idée principale était de déconnecter l’enseignement congolais du modèle français et de structurer toute formation autour de l’apprentissage d’un métier, passage obligatoire pour tout jeune Congolais avec un exercice effectif de ce métier avant de postuler pour des études supérieures au mérite et aux résultats. On avait même prévu la création par négociation avec l’État français de Lycées français gardant pour les enfants de cadres ou coopérants ou chefs d’entreprise français, les spécificités de l’éducation et de l’instruction de l’ex-métropole. D’autres noms me reviennent en mémoire, comme M. Moukouéké qui deviendra ministre par après et côté français M. Lhénoret et sa femme Maïté, instits à Mouyoundzi.
Par après j’ai participé sous la houlette de M. Lopes à une réforme de l’enseignement de la philo avec tous les profs de la République populaire introduisant l’enseignement de cette discipline dès la seconde et modifiant le programme ; je me souviens notamment qu’on avait introduit un chapitre sur la pensée magique dans le sillage des découvertes de Lévi-Srauss et de Marcel Mauss comme pratique culturelle religieuse devançant et à la base de la science et des techniques et se distinguant particulièrement des religions monothéistes, nous avions élaboré aussi une critique de l’idéologie positiviste et  idéaliste des manuels de philo en usage et proposé le manuel marxiste de Politzer « Principes élémentaires de philo » à notre avis plus en adéquation avec l’option socialiste du Congo, choisie sous Massamba-Débat et reprise ou continuée par Ngouabi.
Tout cela était compatible avec ma mission de prof mais pas tout à fait conforme à l’enseignement de la philosophie en France… mais j’étais au Congo et chemin faisant j’ai donc rencontré des cadres des militants congolais de base mais je n’étais pas entré pour moi en politique. Je précise d’ailleurs que bien qu’ayant participé au M22 je n’ai jamais connu personnellement ni Diawara ni Ikoko lequel j’ai rencontré au Colloque sur l’enseignement mais je les connaissais par personnes interposées qui étaient soit plus engagées que moi ou travaillaient au Ministère de l’agriculture. J’ai cependant connu Maxime Ndébéka en tant qu’il était directeur de la DGAC et par un camarade travaillait avec lui (M. Michaux), nos contacts permanents étaient plutôt nos élèves militants de l’UGEEC et pour moi plus personnellement des cadres de l’UJSC. Par après, j’ai été en contact avec mes collègues profs de philo, je parle des Congolais comme Messieurs Bathéas, Kouka et Obenga de retour des des États-unis d’Amérique, j’étais camarade avec M. Ngakeni prof à l’EN et aussi avec M.Gombé (pas Congolais mais Antillais) à Pointe Noire… mais peu étaient socialistes ou marxistes mais ils respectaient apparemment la voie politique choisie par le pays de Marien.
Ma véritable entrée… en contact avec la gauche congolaise mais je dirais plutôt de mon point de vue, de « mon entrée en politique » à la fois plus sérieuse, encartée, et plus dangereuse, date d’après le coup d’état manqué de Diawara en 1972, même si dès la grève des élèves en 1971, j’avais pris position, marquée de défiance, vis à vis de la tête droitière du PCT, et je côtoyais des jeunes coopérants français qui, plus engagés que moi et issus des mouvements gauchistes me donnaient une vision plus marxiste de la vie politique congolaise taxant PCT et Directions des mouvements de masse de « verbiage marxisant » et leur pratique de tout à fait bureaucratique et néo-coloniale. J’ai donc commencé à travailler dans la clandestinité et je me suis engagé d’abord dans le soutien aux prisonniers du pustch de février 72 et ensuite je suis devenu responsable mundélé envoyé à Pointe-Noire pour participer au M22 nouveau. Mon engagement politique effectif et réel (après une petite mise à l’épreuve par les camarades congolais) a été acquis suite à la lecture de l’Autocritique de Diawara, d’Ikoko, d’Oluka et de Bakékolo et j’ai donc fait partie du réseau REMO avec P. Fioux et consoeurs et d’autres que je ne connaissais pas. Je savais les risques et j’avais un peu peur car la pratique de la clandestinité m’était totalement inconnue mais le seul mouvement valable qui me semblait pouvoir sortir le Congo du néocolonialisme et rompre avec la trahison des élites faussement révolutionnaires et/ou franchement profiteuses sur le dos du peuple fut donc après la tentative par Diawara de la mise sur pied d’un maquis et l’organisation d’un mouvement urbain  après qu’il eut fait son Autocritique de l’entrisme et reconnu ses erreurs. S’est mêlée, je crois, au souci d’être utile à la révolution congolaise, la nécessité morale et intellectuelle d’être en accord avec une idéologie marxisante qui à l’époque satisfaisait et ma vision du monde et mon besoin d’action. Excusez quelque peu cette petite emphase et grandiloquence ! 

default13.jpegAnge Diawara (1942-1973)

Comment se passait ce soutien aux prisonniers du putsch du M22?

Au moment de la grande vague d’arrestations, plaintes et pétitions à l’ambassade de France pour les mauvais traitements subis par les détenus pour que les autorités françaises agissent auprès des autorités congolaises, motion syndicale de certains profs coopérants et expatriés allant dans le même sens, et après le procès par un tribunal militaire et les 51 ou 52 condamnations à mort mêmes démarches et pétitions, mais ici, il faut reconnaître le vrai coup politique de Ngouabi qui au nom de la camaraderie socialiste malgré l’égarement des auteurs du putsch selon ses dires (approximatifs de ma part) transforme, par son droit constitutionnel de grâce, les condamnations à mort en peine de 30 ans ou plus, au grand dam des Yhombi ou Mouassiposso et autres partisans de la répression à outrance.
                                    – collecte d’argent récolté en milieu mundélé et donné par des gens de l’UGEEC que nous connaissions surtout pour ceux qui étaient emprisonnés à Fort Rousset;
                                   – propagande « radio trottoir » auprès de Européens pour montrer les incohérences des accusations du pouvoir au procès de 72 dans lequel on voit bien que les accusés ont parlé et avoué sous la torture;
                                  – de retour en France pendant les vacances scolaires : contact avec les organisations politiques, comme le Parti Communiste français qui m’envoie balader en taxant les prisonniers congolais de gauchistes dans l’erreur; un peu plus de compassion de Michel  Rocard (à l’époque président de P.S.U.) interrogé par moi, suite à une soirée  électorale à Nancy sur un soutien éventuel de son Parti aux Congolais emprisonnés…même ligne critique à l’encontre de ces camarades « dévoyés », c’est-à-dire soutien de fait au PCT officiel, nos explications (je dis « nos » car d’autres camarades coopérants ont fait de même dans leur région ou suivant leurs affinités) ne feront rien changer de la vision de ces 2 partis établis et qui considèrent le PCT comme un parti encore honorable. Deux contacts plus proches dont un ami de la Ligue communiste révolutionnaire et un autre de la Gauche prolétarienne feront qu’il y ait sur foi de mon témoignage des articles et dans le journal « Rouge » et dans la « Cause du Peuple » proposant des analyses marxistes moins orthodoxes staliniennes !
Tout cela était peu de choses et peu structuré car je le rappelle, même si j’étais proche des militants de l’UGEEC au moment du pustch je ne faisais pas partie encore du M22 mais je savais à peu près quels Européens soutenaient plus réellement et clandestinement les gens du maquis  et quels rôles ils ont pu jouer.

Comment s’est passé cette prise de position, après la grève de 1971, concrètement?

Rien de bien nouveau si ce n’est le travail de professeur, acquis à une conception progressiste dont le soutien aux élèves qui réclamaient l’application concrète de « l’ Ecole du Peuple » et surtout une prise de conscience de plus en plus convaincue de la fausseté voire de la trahison de cadres et hommes politiques congolais et le sentiment partagé avec les élèves que le Congo socialiste ne viendrait pas par ces gens-là. A noter cependant au moment de la grande grève des élèves une très grande clémence des militaires au moins au Lycée Savorgnan pour les laisser se réunir et manifester ; beaucoup de ces militaires appartenaient au bataillon d’infanterie je crois auquel appartenait Diawara.                                          

En quoi a consisté ladite mise à l’épreuve que vous évoquez?

La mise à l’épreuve a consisté vers la rentrée scolaire de 1972 à participer à un vol d’armes pour approvisionner le maquis qui en manquait terriblement et je devais conduire un véhicule pour acheminer ces armes dérobées à la caserne juste à côté de la maison d’arrêt dans un endroit que m’indiquerait un camarade qui m’accompagnerait. Mon contact pour cette opération clandestine avait été Malonga ( Jean je crois ) dit petit piment et qui a été l’année d’après froidement abattu par les militaires de l’APN au maquis alors qu’il se rendait avec 10 jeunes recrues de ce maquis. Le soir même où devait se dérouler l’opération, mon contact est venu me dire que les circonstances n’étaient pas favorables, vu que la garde du Capitaine Mouassiposso avait été doublée et que comme c’était juste à côté de la caserne ou sur le trajet du transport des armes l’opération avait été décommandée. Je n’ai su que longtemps après que c’était un test pour évaluer mon engagement et ma fiabilité, parce que comme l’opération eut lieu quelques temps après avec mon amie Paule (ce que relate P.Eboundit dans son livre ),  je ne me suis pas interrogé davantage, vu que j’étais envoyé à Pointe-Noire. Ce dont je me souviens c’est que j’avais peur mais je ne voulais pas reculer même si par après j’ai été plus critique sur l’acquisition d’armes. 

A suivre…

default8.jpegFrançois Boukaka, dit Franklin Boukaka (1941-1972)

Obambé GAKOSSO, February 2011©

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*: Lire http://obambegakosso.unblog.fr/2010/03/25/presentation-du-livre-sur-le-m22-a-reims/

Sigles utilisés:  FMM: Franciscaines missionnaires de Marie. Cette congrégation avait des soeurs à Boundji (Nord du Congo), Mfoa et Pointe-Noire / EN : Ecole normale /DGAC : Direction générale des affaires culturelles / UJSC: Union de la jeunesse socialiste congolaise / UPC: Union des populations du Cameroun / MPLA: Movimento Popular de Libertação de Angola /  REMO : Réseau MOundélé, réseau constitué d’Occidents travaillant au Congo à cette époque et qui participèrent au Mouvement du 22 février / PCT: Parti congolais du travail / UGEEC: Union générale des élèves et étudiants du Congo / PSU : Parti socialiste unifié / APN : Armée populaire nationale / SCKN: Société congolaise du Kouilou Niari / CFCO : Chemin de fer Congo-Océan /

 


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5 réponses à “Le M22, 39 ans après, une interview de Bernard Boissay”

  1. 23 02 2011
    Letsaa la Kosso (01:28:10) :

    Salut,
    Trop long et un peu hors sujet pour un texte de commémoration d’un événement si important oublié dans les mémoires de la majorité des congolais.

    Bon l’ami Bernard est bien gentil mais là Bambi tu exagères! On s’attendait à un scoup sur le M22, à la rigueur à un vibrant hommage pour Diawara, Ikoko, Olouka et Bakékola et on se retrouve avec une interview qui fait à peine allusion à nos trois héros nationaux.

    Pour me consoler je m’en vais danser le kompa avec le futur dictateur haïtien, Sweet Micky pendant qu’il est encore temps c-a-d qu’il se bat encore pour atteindre le But. Puis j’irai voir du côté du frangin Pierrot, histoire d’établir la différence entre deux panafricanistes umojistes.
    Bien le salut

  2. 23 02 2011
    B.C. (08:37:15) :

    Tu es allé encore le chercher où, toi-là? Tu as le goût de fouiller et de farfouiller sans cesse. Bon, moi, je n’ai pas encore lu le livre, vu que j’ai lu l’interview que t’avait accordée Pierre Eboundit, j’avais suivi aussi la sortie du livre à Reims et là j’apprends encore autre chose au sujet par exemple du Réseau Moundélé.

    Tu devrais changer de métier et devenir prof d’histoire mon cher, ce blog vaut mille cours d’histoire dispensés au pays.

    B.C.

  3. 23 02 2011
    Alain (08:54:36) :

    Bambi,

    Je ris car dans le Congo socialiste de ton parent Ngouabi, il y avait des bonnes soeurs et une économie dirigée par les impérialistes.
    Ngouabi, comme ses successeurs, étaient bizarres. Je ne comprendrai jamais rien à la politique, surtout au Congo.

    Alain

  4. 23 02 2011
    Babou (11:59:37) :

    MON FRERE!

    Avec tes souvenirs, tu réveilles de vieux démons dans les familles congolaises! Oublie ça s’il te plaît, et dis-nous plutôt quand et comment tes amis et toi allez rentrer pour sauver ce pays car nous ici on n’en peut plus.

    Je vais faire vite car mon mari va encore penser que…
    Ah! vous les hommes, comment Dieu vous a-t-il fait?

    Babou

  5. 25 02 2011
    Molekinzela (00:15:01) :

    Chers amis,
    Bien que faisant déjà partie de l’histoire ancienne encore très peu élucidée de notre pays, l’apport du témoignage d’un expatrié, prof coopérant de l’époque comme celui-ci me paraît capital.
    En effet, beaucoup de personnes ont oublié ou ignorent que des jeunes coopérants français étaient impliqués dans ce mouvement du M22.
    Un grand procès avait été organisé, présidé par notre illustre « cama-hade » henri Lopes que les méchantes langues avaient surnommé: « la Girouette ».
    l’Etat français avait dépêché expressement la célèbre avocate « révolutionnaire » et « féministe », maître Gisèle Halimi pour défendre collectivement ces quelques jeunes « révolutionnaires », considérés par la droite française comme des « illuminés » qui prétendaient apporter la « révolutions » partout chez les « opprimés ».
    N’oublions pas que nous sommes dans l’ambiance post soixante huitarde qui avait fortement influencé, non seulement la jeunesse française, mais aussi, une bonne partie de l’élite congolais ayant récemment étudié en France (Lopès… Tchystère… N’dalla dit « Graille »… Noumazalaye…. et notre diabolique Professeur de sinistre mémoire… étc….).
    L’on ne peut comprendre l’histoire politique du Congo Brazzaville si on ne scrute pas cette toile de fond…
    On se rappellera du jeu subtil entre Lopès et Gisèle Halimi qui avait abouti à la relaxe de tous les coopérants français qu’on avait juste expulsés vers leur pays d’origine: les dés étaient pipés d’avance… Il est clair que Gisèle halimi avait pour mission première de récupérer sains et saufs, des ressortissants français…
    Malheureusement, les autres « cama-hades » révolutionnaires congolais n’avaient pas réussi à bénéficier d’une telle mansuétude de la part du Tribunal présidé par le « cama-hade » henri Lopès.
    Certains l’ont payé très cher….
    Je fus très scandalisé quelques années plus tard d’entendre le même cama-hade henri Lopès ironiser au cours d’une émission chez Pollack sur les « Tribunaux révolutionnaires » alors qu’il en avait lui-même été acteur…
    Personne sur le plateau de télé n’avait pu lui rappeler son passé…..
    Malheureusement, le temps avait fait un travail de « raturage » comme l’aurait dit Glissant.
    Le témoignage de B. Boissay, constitue, à mon sens, une sorte de monographie; une image du M22.
    L’initiative prise par Eboundit était bonne mais très incomplête…. Il est important qu’on passe à une seconde phase où seront présentées des « images différentes » du M22 à travers les témoignages des acteurs encore existants.

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