Le Taser, l’argent et la justice congolaise

19 02 2011

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QUAND IL S’AGIT D’IMPORTER les bonnes choses, les autorités congolaises ne sont jamais en première ligne. Qu’elle n’a pas été ma consternation d’apprendre ce matin au journal de 07h30′ (06h30′ GMT) d’Africa1 que dans la ville de Ndjindji, au bord de l’océan atlantique, une jeune fille prénommée Nathalie a été victime d’une arme électrique appelée Taser. La chose se serait passée au mois de décembre dernier, soit il y a environ 2 mois. Mais en parcourant le Net, sauf inattention de ma part, je n’ai pas trouvé trace de cela. Bizarre, devrait-on se dire. Mais quand on suit avec attention l’info relayée par la radio africaine et qu’on apprend qu’un commerçant libanais de 62 ans est impliqué là-dedans, on comprend mieux le pourquoi du quasi silence des sites officiels congolais à ce sujet (là aussi sous réserve que je trouve quelque chose entre temps).

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LE COMMERÇANT AURAIT 62 ANS et aurait fait une cour assidue à la jeune Nathalie, coiffeuse de son état. L’occasion m’est donnée ici pour rappeler que toutes les filles et femmes ne sont pas prêtes à… comment dire, se mettre en ménage, tenter une aventure d’une heure, d’une semaine ou d’une année avec n’importe qui, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Nathalie a refusé jusqu’à ce jour macabre de décembre où cette fameuse arme aurait été utilisée contre elle, la paralysant (à ce jour encore elle est malade) de ses membres inférieures. L’affaire a été portée devant la Justice, ce qui aurait fait rire ledit commerçant libanais qui dira lui-même la sentence: Au Congo, la justice se règle à coups de millions. Comme Nathalie et sa famille n’ont pas (je suppose) de millions, ils ne peuvent avoir gain de cause. CQFD. On a beau considérer les Congolais comme résignés, j’ai toujours battu en brèche cette idée, même si je pense que les dégâts des guerres de 93 à 2000 sont encore trop immenses, une étincelle peut suffire à faire basculer les choses. Vers le pire comme vers le meilleur. A Ndjindji, des gens se sont mobilisés face à l’arrogance du commerçant, soutenant la jeune Nathalie et sa famille. La justice congolaise, il y a belle lurette qu’elle a perdu toute sa crédibilité. Dire ici qu’elle est aux ordres serait une lapalissade de la pire espèce, mais le répéter ne fait pas de mal. Elle est aux ordres et les augmentations de traitements consenties par les autorités au début des années 2000 n’ont servi à rien du tout: plus vous avez des sous, plus vous achetez des juges et plus pouvez commettre crimes, infractions et autres délits. On a encore en mémoire la mort du vieux jardinier, après tortures, dans la résidence d’un dignitaire du pouvoir local de Mfoa. A ce jour, la famille du ce pauvre Monsieur et les Congolais épris de paix et de justice attendent toujours que le droit parle. L’on nous a raconté que le dossier aurait disparu du bureau du procureur de la République. Comme par enchantement… La pression de ces gens mobilisés a fini malgré tout par payer et la justice a fini par s’emparer du dossier, on attend de savoir comme les choses vont se passer. Du côté de la communauté libanaise de Ndjindji (toujours d’après la radio Africa1), conscients que l’accusé est allé trop loin, ils ont décidé de s’occuper des frais de santé de Nathalie. Je ne sais pas si la pauvre pourra recouvrer l’usage de jambes et pieds.

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EN FRANCE, DEPUIS L’ARRIVÉE DU TASER, les débats n’ont pas manqué sur la dangerosité de cette arme supposée juste immobiliser sa cible. Le facteur et homme politique Olivier Besancenot est un des premiers à avoir porté publiquement l’estocade contre cette arme. Et il a gagné le procès qui lui était intenté (lire ici). Je me pose donc la question de savoir dans quelles conditions cette arme s’est retrouvée au Congo? Par le biais des autorités? Par le biais de personnes privées? Le ministère de la Justice, je suppose, informé depuis le mois de décembre, attendait quoi pour monter au créneau? C’est un étrange pays où l’on se mobilise très vite, on envoie des ministres à la TV pour attaquer la Cour de cassation française, mais quand des Congolais sont victimes d’injustice, on ne les voit nulle part, on ne les entend pas, ils deviennent d’un seul coup aphones, sourds, muets, aveugles, malvoyants, malentendants. Je repose cette question: pourquoi devrons-nous toujours prendre toutes les merdes et bêtises des autres? On ne peut considérer cette arme comme une forme de progrès, contrairement à ce qui nous a été vendu dès le départ. C’est une arme de mort, les faits, les noms et chiffres sont là (lire ici). Combien faudra-t-il de morts ou de paralysés pour que l’Etat congolais prenne ses responsabilités. Les devoirs d’un Etat ne consistent pas seulement à exploiter et à surexploiter les ressources naturelles dont le pays dispose, la sécurité et le bien-être des concitoyens font aussi partie de ses missions régaliennes. Le rappeler de temps en temps à nos dirigeants n’est pas du luxe. Simplement du bon sens.

Obambé GAKOSSO, February 2011©


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8 réponses à “Le Taser, l’argent et la justice congolaise”

  1. 19 02 2011
    Khad (13:54:44) :

    J’ai aimé ce dossier et je milite pour ce raisonnement car ces des gens comme vous que les Congolais ont besoin.
    Hier, j’étais avec un Frère résident en Belgique sur yahoo messenger, je lui ai prodigué des conseils (disant qu’il se souvienne de nous ses frères et soeurs qui sommes restés au pays, créant une Entreprise au lieu qu’il nous donne toujours à manger, comme l’adage le dit »montrer à quelqu’un comment pêcher, et non continuer à lui donner du poisson); il a dit qu’il ne peut pas investir au Pays parce que Sassou ne permet pas aux gens de créer des Entreprises.
    C’est pitoyable pour les Congolais, qui et qu’attondons-nous pour relever ce pays; alors que Sassou est un homme, il comprend aussi, commençons d’abord et il faut toujours présenter un plan aux autorités, toujours est-il ils accepterons, comme dans la bible, cette dame qui voulait justice auprès du Juge, elle a fini par trouver justice; allez-y voir les autorités, discutez avec eux, faites des conférences sur le tribalisme et tant d’autres termes qui font parti de la racine principale de la pure pauvrété d’un Congo riche.
    mais moi j’ai toujours traiter nos frères de la Diaspora de « Bêtes » vu qu’ils ont trop passé beaucoup d’années à l’Etranger sans mettre la main dans la pâte.
    Tous ces intellos (les boursiers qui sont rentrés, ceux qui sont restés dans les pays occidentaux, tant d’autres cadres résidents au pays, les cerveaux en fuite) n’ont quasiment rien fait fait surtout les avocats, les magistrats congolais sont les premiers cadres qui ne maîtrisent pas la déontologie de leur métier, car s’ils avaient bien compris ce que c’est le Droit le pays ne devrait pas prendre des tangentes machiavéliques.
    La population congolaise dort toujours dans le tribalisme, et pourtant nous devons agir comme des membres d’une même famille en sein de laquelle quand celui-ci ou celle-la ne respecte pas les lois et les decrets, nous devons le remettre à l’ordre. Donc parler c’est important pour un peuple qui se veut progresser.

  2. 19 02 2011
    St-Ralph (20:52:35) :

    Ce qui est révoltant dans cette histoire, c’est le fait que c’est un particulier qui détient cette arme ! Comment un pays peut tolérer une arme qui normalement devrait faire l’objet d’une réglémentation. Peut-être la considère-t-elle comme une arme d’autodéfense. Ce n’est même pas la police qui en est équipée ! C’est tout simplement révoltant. Voilà effectivement un cas où la justice devrait être implacable.

  3. 20 02 2011
    Alain (16:51:20) :

    St-Ralph,

    Oui, ce que tu dis est le bon sens même, mais au Congo, cela fait belle lurette que l’Etat est mort. Moi, ce qui me révolte le plus, c’est d’abord de savoir qu’on use de la force physique pour un plaisir sexuel. Je veux bien que nous soyons libres de batifoler avec qui l’on veut (moi le premier), mais utiliser une telle violence, ça, c’est trop. Et c’est devenu ainsi au Congo, depuis que Sassou et ses amis ont transformé ce pays en Far West, depuis 1979.

    Alain

  4. 21 02 2011
    Ya Sanza (10:14:00) :

    Il est important de dire que la communauté libanaise dans son ensemble s’est très rapidement désolidarisée de l’auteur du méfait.
    Elle s’est cotisée pour organiser l’évacuation sanitaire de la jeune femme vers le Maroc avec une de ses sœurs. Elle y est soignée aux frais de cette communauté qui ne comporte pas que des voyous.
    L’auteur des faits est incarcéré à la maison d’arrêt de Pointe-Noire.

  5. 22 02 2011
    PNN (16:24:07) :

    Leurs missions régaliennes? S’occuper du trésor public, de rendre l’injustice et harceler les congolais que l’État est censé protéger. Il est étrange dans ce pays qu’il est plus facile de s’y débrouiller lorsqu’on est étranger que lorsque l’on est autochtone. Nous avons affaire à des dirigeants dont le bien-être des congolais n’est pas la préoccupation principale. Des histoires de cette sorte il y en a beaucoup. Combien n’entend-t-on pas dire X commerçant étranger dire à des congolais « tu sais qui je suis, je peux te faire chicotter…Allo général, pouvez vous m’envoyer un véhicule d’intervention, j’ai des ennuis avec un maniangou »

  6. 23 02 2011
    Letsaa la Kosso (02:19:35) :

    Vrai! La préoccupation première de nos dirigeants ce n’est pas le bien-être des populations. On le sait depuis longtemps. Comme on sait depuis que les Libanais sont Rois au royaume de Kongo. Il fut un temps où il construisait des bouts de routes d’une rue principale jusqu’à devant la parcelle d’un haut cadre de la mairie qui ne souffrait pas les pieds de poule de nos rues-pistes urbaines. Il fut un temps où il importait 200 containers de sardines, déclaraient avariés les contenus de 1999 containers et payaient à la douane congolaise les taxes pour un seul container. Les crimes sociaux et économiques des Libanais sont connus. Mais…ne dit-on pas que si tu connais la couleur de mon lingwanda (caleçon) c’est que je t’ai permis de le regarder?
    Bien le salut.

  7. 23 02 2011
    St-Ralph (14:56:27) :

    L’info que nous donne ici Ya Sanza pouve bien que le crime est impardonnable, que la communauté libanaise est consciente que le crime ne peut être qualifié de passionnel. C’est un abus de pouvoir, une volonté de puissance certainement impunément exprimée dans bien des domaines déjà.

  8. 26 02 2011
    Obambé GAKOSSO (11:15:18) :

    En effet, Ya Sanza, comme dit plus haut, une prise en charge a été mise en place par la Communauté libanaise. Merci pour la précision du timinig car le reportage d’Africa n°1 n’a pas été précis à ce sujet.

    En effet mon cher St-Ralph, la justice congolais e comme hélas ! sous bien des cieux en ce bas monde, baigne dans une corruption extraordinaire. Chaque fois que je regarde les classements annuels de TI (Transparency International), et que je ne vois pas le Congo dans les 5 premiers, je me dis que c’est vraiment une perception car si les Congolais n’ont pas pour habitude de porter plainte, ce n’est pas toujours car il leur manque des moyens financiers, mais il n’y a même 5% des Congolais qui croient en la justice de leur pays. Cette justice marche au pas de course de l’argent. Et quand je dis argent, je parle de millions, de dizaines de millions ou de centaines de millions de francs cfa. Il suffit de voir le train d evie de certains magistrats pour le comprendre. Il suffit de voir comment les gens prétendument fortunés abusent des Congolais qui tirent le Diable par la queue.

    @+, O.G.

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