Joyeux Noël avec les fantômes du roi Léopold II

24 12 2010

51h9o7qu0ilaa115.jpgimages5.jpgNos ancêtres et leurs bienfaiteurs

JE NE SAIS PAS CE QUE VOUS allez faire ce soir. Si vous êtes de culture ou de tradition chrétienne, peut-être irez-vous dans une église catholique ou protestante. Ou dans une église. Mais peu importe ! J’aimerais vous souhaiter un joyeux Noël avec un bouquin que je m’étais offert il y a quelques années et que, comme parfois, je n’avais pris le temps de lire que des mois plus tard (engagements littéraires trop énormes ! hélas !!!) Pour 2010, je voulais vous offrir plus de bouquins que l’an passé, mais je crains en faisant ma compta que je sois loin du compte : actualité oblige et autres raisons ! Qu’à cela ne tienne, je vous invite dans le Congo, le grand, l’immense, qui fut naguère la propriété privée du roi des Belges, Léopold II, que certains Africains, même instruits, qualifient de « roi bienfaiteur » !

 imagesii.jpgLe roi Léopold II 

ADAM HOCSCHILD A ECRIT CE LIVRE* comme un roman. Malgré la cruauté qu’on y trouve, il est passionnant à lire et même à relire avec en filigrane plusieurs questions qui me traversent encore l’esprit : quels intérêts ont les pays dont la majorité de la population est Kamit ont à continuer à parler de coopération avec leurs anciens colonisateurs ? Quand est-ce que nous nous assiérons pour faire le bilan de toutes ces rencontres violentes qui ont pavé le chemin de notre compagnonnage avec l’Occident colonial ? Bon, il y a d’autres questions, mais je les garde dans ma poche et m’en vais vous parler donc de ce bouquin en format poche (je ne suis pas milliardaire, juste millionnaire, donc je privilégie les livres de poche). La couverture donne le ton : on y voit 2 Africains. Un jeune homme assis sur une chaise et à ses côtés, une enfant debout. Les deux ont leurs mains droites coupées. La main gauche de la petite semble en bon état, mais celle du jeune homme hum ! Vous verrez vous-mêmes. Cette image est révélatrice de la fureur des colons et de la terreur avec laquelle ils se sont occupés de nos grands-parents et des parents de ces derniers. Quand j’entends encore aujourd’hui des Africains évoquer « les aspects positifs de la colonisation », ça me rend fou, mais je me tais car je crois que le combat contre certaines formes d’aliénation dépasse largement le cadre de mes compétences. Ma mère m’avait averti : « Tu ne peux changer les gens ! » 

imagesmorton.jpgH. M. Stanleycaepx2rica1y9haacajvem8wcah90r8ycak62ibscak86b0tca3tin0nca1ye7agcaeaav7tcalqr9gicaiodrbvcahg50deca1nu84gcae982dica22ci9kca2nvptecac3elcvcai9b06dcatqgzwy.jpgD. LivingstoneDE L’INTRODUCTION A L’INDEX, le bouquin est divisé en 9 grandes parties, avec 2 parties essentielles : Marcher dans le feu et Un roi aux abois. On parle de ce roi car il faut le dire, ce gars était un vrai malade mental. Je conçois très bien qu’en tout être humain sommeille parfois une envie, un désir irréfléchi de domination. Domination envers ses semblables. Désirs de conquêtes, soif de gloire et de renommée. Léopold II était un vrai mégalomane. Entre la fin du vingtième siècle et le début du vingt et unième, je ne crois pas qu’il eut farfelu de l’interner et de l’aider à rejoindre la normalité. Son comportement avec sa famille biologique ainsi qu’avec son épouse sont des éléments importants à prendre en compte dans l’étude psychologique de cet homme (si toutefois il mérite ce qualificatif parfois noble « d’homme »), même si en général, la vie privée des politiques ne me passionnent pas plus qu’un pet de souris. « Tous les pays ont été colonisés Bambi, arrête ton char ! » me dit-on souvent. Si ce n’est pas vrai pour tous les pays, il faut dire que la Belgique qui a subi avant 1830 (année de son indépendance des Pays-Bas) les dominations autrichienne, espagnole puis française, a fini par se révolter pour se dire libre. C’est ainsi que, selon la mode l’époque en Europe, un roi sera choisi pour présider aux destinées des Belges, en la personne de Léopold I, de nationalité allemande, apparenté à la couronne britannique. Il faut rappeler que selon une très vieille tradition, les familles royales et princières d’Europe sont toutes apparentées, avec un taux de consanguinité très élevé : je passe… C’est dans cette cour que naît et grandit le futur Léopold II qui parle le français, l’allemand puis l’anglais par la suite. Par contre, même si de temps en temps il mettra du néerlandais dans ses discours, il n’aimait pas parler cette langue. Le monde est ainsi fait : les langues sont souvent identifiées selon la classe sociale. Si aujourd’hui des Flamands et autres néerlandophones de Belgique se considèrent comme les élites et les principaux pourvoyeurs de richesse en Belgique, à l’époque, c’est tout l’inverse : ils sont les gueux, le tiers-État, les manants etc. Assoiffé d’argent comme nombre de monarques, il demande au Parlement belge de faire passer les frais d’obsèques de son fils (9 ans, mort noyé) à la charge de l’Etat : ça promet ! Léopold II qui trouve que ce petit* pays est décidément trop petit pour un homme aussi grand que lui (il faut dire qu’il a une carrure impressionnante, digne d’un catcheur américain) bâtit des rêves de grandeur et veut convaincre ses compatriotes que les conquêtes coloniales seraient une bonne chose pour eux tous. Avis pas du tout partagé même dans son entourage le plus immédiat. Il fera des investissements dans de grandes sociétés capitalistes occidentales qui ont déjà un pied voire deux dans les pays dits tropicaux (cas de
la Compagnie du Canal de Suez). Et ainsi de suite, jusqu’au jour où il rencontrera Henry Morton Stanley, de très sinistre mémoire que l’on nous a longtemps vendu comme « explorateur ». Ce dernier, d’origine britannique, mais ayant vécu longtemps aux Amériques avait séjourné un bon moment dans la future colonie du Congo, que les Belges appelleront « Etat indépendant du Congo ». Malgré les belles promesses de trésors et de riches qu’il vendit à ses compatriotes britanniques, il ne fut que très peu écouté à son retour sur sa terre en 1878. Le prince de Galles se contenta de lui dire que les médailles… placées sur sa poitrine étaient mal placées ! Les territoires qu’il leur propose ? Que nenni : le monde est plein déjà de possessions britanniques, que fera donc l’Union Jack de quelques centaines de milliers de kilomètres carrés en plus ? C’est cette belle occasion que saisira Léopold II pour amadouer et appâter comme il se doit « l’explorateur ». Bon, cela fait 3 pages, j’écoute Tabu Ley qui chante Bel Abidjan, du temps où il y avait un semblant de paix plus intéressant que depuis septembre 2002. Je vous laisse en vous promettant au moins 5 parties, dans les commentaires de ce livre passionnant ! Joyeux Noël à celles et ceux qui le fêtent ! Bon Kwanza à tous les afrocentristes ! 

Obambé GAKOSSO, December 2010© 

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*: 11€40, 617 pages, Editions Tallandier, Collection Texto, avril 2007

** : Oui, on vous l’a dit 1 million de fois, mais avec ses 30.528 km2, ce pays fait 1/80e de
la Belgique
. 


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8 réponses à “Joyeux Noël avec les fantômes du roi Léopold II”

  1. 24 12 2010
    kinzy (21:19:32) :

    Bonjou’ fwè mwen !
    Un an déjà que je sillonne et que je lis ton blog, j’interviens pas souvent mais je n’ai raté aucun article, et j’aime toujours autant.
    Je te souhaite un bô Kwanza , et de good vibration pour l’année qui s’annonce.
    Merci pour l’amuse gueule avec léopard

    Umoja JAH Live !

  2. 25 12 2010
    Obambé GAKOSSO (17:50:43) :

    Comme promis, la suite de ce passionnant bouquin. On est au début de l’aventure, Léopold II n’est pas encore dans le jeu, mais il ne saurait tarder. Ni Stanley non plus d’ailleurs…

    Premier extrait: Prologue: Les marchands enlèvent nos sujets

    Dans l’esprit des premiers européens qui imaginèrent l’Afrique au-delà du Sahara, ce continent était un pays de songes, un lieu où pouvait s’inscrire des fantasmes appartenant au domaine de l’épouvante et du surnaturel. Pour Ranulf Higden, un moine bénédictin qui traça une carte du monde aux alentours de 1350, l’Afrique abritait des créatures à œil unique qui se couvraient de la tête aux pieds. Selon un géographe du siècle suivant, le continent était habité par des êtres ayant une jambe, trois jambes et des têtes de lion. En 1459, un moine italien, Fra Mauro, déclara que l’Afrique était la terre du roc, un oiseau d’une telle envergure qu’il était capable de transporter un éléphant dans les airs. (…) Le désespoir d’Affonso atteignit son comble en 1539, vers la fin de sa vie, lorsqu’il apprit que dix de ses jeunes neveux, petits-fils et autres parents, qui avaient été envoyés au Portugal afin d’y recevoir une éducation religieuse, avaient disparu pendant leur voyage. Nous ne savons pas s’ils sont morts ou vivants, écrivit-il alors, ni comment ils ont peut-être trouvé la mort, ni quels genres de nouvelles d’eux nous pouvons donner à leurs pères et mères. L’horreur du roi, incapable de garantir la sécurité de sa propre famille, est facilement imaginable. Au fil du long voyage de retour par mer vers l’Europe, les trafiquants portugais et les capitaines de marine détournaient maintes cargaisons entre le royaume du Kongo et Lisbonne. Il s’avéra que ces jeunes gens avaient fini au Brésil comme esclaves. (…) En apparence, la traite transatlantique des esclaves vint confirmer la théorie selon laquelle les Européens arrivaient du royaume des morts, car une fois qu’ils avaient emmené leurs cargaisons entières d’esclaves en mers, les captifs ne revenaient jamais. (…) En 1816, une expédition britannique, menée par le capitaine James K. Tuckey, de la Royal Navy, se lança à la découverte de la source du Congo. A bord de ses deux navires se trouvait un assortiment merveilleusement hétéroclite de voyageurs : des fusiliers marins, des charpentiers, des forgerons, un chirurgien, un jardinier des jardins royaux de Kew, un botaniste et un anatomiste. Entre autres directives, l’anatomiste était chargé d’étudier de près l’hippopotame et de « conserver dans l’alcool, et si possible en triple l’organe de l’ouïe de cet animal » ; un autre membre de l’expédition y fut simplement inscrit à titre de « gentleman volontaire et observateur ». (…) A son arrivée à l’embouchure du Congo, Tuckey compta huit navires négriers appartenant à diverses nations au mouillage, dans l’attente de leurs cargaisons. Il fit remonter ses propres navires le plus loin possible sur le fleuve, puis il entreprit de contourner les dangereux rapides par voie de terre. Mais les interminables « efforts pour gravir les pentes des collines presque perpendiculaires sur d’énormes amas de quartz » ne cessèrent d’augmenter son découragement et celui de ses hommes. (…) Après avoir parcouru un peu plus de deux cents kilomètres, Tuckey perdit courage. Son groupe rebroussa chemin, et il mourut peu de temps après être remonté à bord de son bateau. Lorsque les survivants, fort secoués, parvinrent à regagner l’Angleterre, vingt et un des cinquante-quatre participants à l’expédition étaient morts. La source du Congo et le secret de son débit égal demeuraient un mystère. Pour l’Europe, l’Afrique restait le fournisseur de matières premières de valeur : les corps humains et les éléphant. A part cela, ce continent était à leurs yeux sans visage, vierge, vide, un lieu sur une carte attendant d’être exploré. Un lieu décrit de plus en plus fréquemment par une expression qui en dit davantage sur l’observateur que sur l’objet de son observation : le continent noir.

    @ suivre, Obambé

  3. 25 12 2010
    letsaalakosso (22:47:26) :

    JOYEUX NOEL FRANGIN BAMBI ET A TOUS LES AUTRES AUSSI

    Mieux vaut tard que jamais! J’aurais du vous présenter mes voeux hier soir mais hélas « des circonstances indépendantes de ma volonté » m’en ont empêché.
    Je ne connaissais pas cette histoire de Tuckey! En tout cas merci de me l’avoir fait connaître; je retiens aussi qu’elle se passe en 1816 c’est-à-dire 12 ans après l’indépendance d’Haïti qui s’était proclamé comme République indépendance, mais était par tout le monde pour avoir osé!

    Bien le salut!

  4. 26 12 2010
    Obambé GAKOSSO (17:06:18) :

    @ Kinzy,

    Un an que tu sillonnes le blog et bientôt ans et trois qu’il est là mais il est vrai que novembre a été particulièrement éprouvant (comme Un frangin n’a cessé de vendre la mèche), si bien que je n’avais pas la tête à sabrer ou même sabler le champagne pour les ans de Lengunga la pemba (MDR !)
    Merci, bon Kwanza à toi aussi j’ai inscrit plus Noël dans la tête (héritage colonial oblige) comme la fête des enfants, même si je reconnais que j’ai été par le père Noël.

    @ LLK,

    Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Les Evangiles disent qu’il faut remercier Dieu en toutes circonstances. Mes ancêtres m’ont appris la même chose. Si tu n’as pu le faire que le 25/12 à 22h47’26’’, c’est que c’était le moment. Je connais des gens qui ont commandé des cadeaux pour leurs proches, La Poste, Chronopost etc. en ont décidé autrement. Aussi, merci, l’intention est essentielle dans ces moments.
    L’histoire de Tuckey ? Ce livre fourmille de tellement de détails, voilà pourquoi je n’ai pas voulu en faire une présentation standard. C’est riche. Oui, 1816, 12 ans après cette République où nous devrions tous nous abreuver un jour. Je rappelle qu’en 2004, le seul chef de l’Etat africain qui ait pris son avion pour aller fêter le bicentenaire de l’indépendance de Ayiti a été Thabo Mbeki. Très africain (politiquement parlant), de la part de nos dirigeants, comme comportement. Ayiti, c’est trop loin pour eux. Pourtant, si ce pays était comme certaines iles du coin, un vrai paradis fiscal, sûr qu’ils iraient peut-être plus souvent, en clamant haut et fort leur attachement à ce pays et à son « peuple ami et frère ».

    @+, O.G.

  5. 26 12 2010
    Obambé GAKOSSO (18:26:56) :

    Deuxième extrait : Chapitre premier, Je n’abandonnerai pas les recherches

    Le 28 janvier 1841, un quart de siècle après l’expédition ratée de Tuckey, naquit à Denbigh, petite bourgade commerçante galloise, l’homme qui allait réussir de manière spectaculaire à mener à son terme cette entreprise avortée. Sur le registre des naissances de l’église St. Hilary, il fut inscrit sous le nom de « John Rowlands*, bâtard » – une épithète qui devait le marquer jusqu’à la fin de son existence, car il n’eut de cesse d’oublier le sentiment de honte qui l’obsédait. Le jeune John était l’aîné des cinq enfants illégitimes de Betsy Parry qui avait travaillé dans la capitale. (…) Le jeune John Rowllands, vivant désormais dans le §Nouveau Monde, décida de se donner un nouveau nom (…) Sur le recensement de la Nouvelle Orléans de l’année 1860, il figure sous le nom de « J. Rolling ». Une femme l’ayant connu à cette époque sous celui de John Rollins l’a décrit de la façon suivante : Malin comme un singe, très enclin à faire le fanfaron à remuer du vent et à raconter des histoires**. » Au bout de quelques années, cependant, il se mit à utiliser les prénom et nom du courtier qui lui avait fourni son emploi. Il essaya aussi divers noms, tels que Morley, Morelake et Morelande, avant de porter son choix définitif sur Morton. De la sorte, le garçon qui était entré à l’asile des pauvres de St-Asaph sous l’identité de John Rowlands devint l’homme que le monde entier connaîtra sous celle d’ Henry Morton Stanley. (…) Stanley ne se contenta pas de ce changement : il essaya jusqu’à la fin de ses jours de s’inventer une nouvelle vie. L’homme qui allait devenir le plus célèbre explorateur de son époque, réputé pour ses observations précises de la vie sauvage et du terrain africains, avait un don extraordinaire pour brouiller les pistes à propos de ses débuts dans la vie. Dans son autobiographie, par exemple, il narre son départ de l’orphelinat gallois en termes mélodramatiques : à l’en croire, il sauta par-dessus un mur de jardin pour s’enfuir, après avoir mené une rébellion contre un surveillant cruel du nom de James Francis (…) Par la suite, d’autres élèves ne se souvinrent pas de cette mutinerie, et encore moins qu’elle eût été menée par Stanley ; de Francis ils gardaient l’image d’un homme doux, et de Stanley celle d’un chouchou qui bénéficiait souvent de petites faveurs (…) D’après les registres de l’asile, Stanley ne s’enfuit pas (…) mais partit vivre chez son oncle tout en continuant à fréquenter l’école. (…) Désormais installé à Londres, Stanley ne put ignorer les premiers grondements d’une entreprise qui deviendrait bientôt célèbre sous l’expression de « ruée sur l’Afrique ». Dans une Europe abordant avec confiance l’ère industrielle, à laquelle le chemin de fer et le bateau à vapeur capable de naviguer sur l’océan inspiraient un fort sentiment de puissance, surgit un nouveau type de héros : l’explorateur de l’Afrique. Evidemment, pour ceux qui vivaient sur ce continent depuis des millénaires, « il n’y avait rien à découvrir, nous avions toujours été ici*** », comme le déclarerait un futur homme d’Etat africain. Mais pour les Européens du XIXe siècle, fêter un explorateur venant de « découvrir » un nouveau coin de l’Afrique préludait, sur le plan psychologique, à l’impression que ce continent attendait tout bonnement qu’ils s’en emparent. (…) L’enthousiasme de l’Europe était surtout nourri par l’espoir que deviendrait une source de matières premières qui serviraient à alimenter la révolution industrielle, de la même façon que la quête d’un autre genre de matière première – les esclaves – destiné à l’économie coloniale de plantations avait régi la plupart des tractations antérieures de l’Europe avec l’Afrique. (…) Néanmoins, les Européens aimaient à se croire animés de motifs. Les Britanniques en particulier, étaient fermement convaincus d’apporter la « civilisation » et lez christianisme aux indigènes ; ce que recelait l’intérieur de ce vaste continent inconnu piquait leur curiosité, et le combat contre l’esclavage les remplissait d’un sentiment de vertu. (…) Toutes ces réactions instinctives à l’égard de l’Afrique – zèle antiesclavagiste, quête de ressources brutes, évangélisation chrétienne et simple curiosité – sont personnifiées par un seul homme : David Livingstone. Médecin, prospecteur, missionnaire, explorateur et même consul britannique, il sillonna l’Afrique durant trente ans à partir du début des années 1840. Il partit en quête des sources du Nil, dénonça l’esclavage, découvrit les chutes Victoria, chercha des minéraux et prêcha l’Evangile. Au titre de premier homme à avoir traversé le continent d’est en ouest****, il devint un héros national en Angleterre. (…) A en croire Stanley, il reçut en 1869 un télégramme urgent de son patron : VENEZ A PARIS POUR AFFAIRE IMPORTANTE. Un journaliste étant – écrivit-il avec la suffisance qui faisait désormais partie de son personnage public – « comme un gladiateur dans l’arène. […] Au moindre recul, à la moindre lâcheté, il est perdu. Le gladiateur affronte l’épée est aiguisée pour son sein – le […] correspondant volant affronte l’ordre qui l’envoie peut-être à la rencontre de son destin » (…) En dépit de ses outrances, le récit de sa convocation théâtrale à Paris par Bennett permit à Stanley de vendre beaucoup d’exemplaires de son livre, détail d’importance pour lui. (…) Afin de ne laisser aucun indice à d’éventuels concurrents recherchant Livingstone, Stanley prit soin, à son départ pour l’Afrique, de raconter qu’il avait l’intention d’explorer le fleuve Rufiji, et il se rendit d’abord à Zanzibar dans le but de recruter des porteurs pour son équipement. De là, il adressa une quantité de lettres à Katie Gough-Roberts, une jeune femme de son village natale de Denbigh qu’il avait brièvement courtisée. Leurs relations, empesées et tendues, avaient été ponctuées par les nombreux départs pour des missions journalistiques, mais dans ses lettres, il lui ouvrait complètement son cœur, allant jusqu’à lui confier le secret de sa naissance illégitime. (…) Stanley dut écumer le pays pendant plus de huit mois avant de rejoindre l’explorateur et de pouvoir prononcer la célèbre question : « Docteur Livingstone, je suppose ? » (…) Stanley sut avec ruse saupoudrer son récit de chefs pittoresques, de sultans exotiques et de serviteurs fidèles, le tout introduit par des généralisations hâtives qui permettaient à ses lecteurs de se sentir à l’aise dans un monde inconnu : « L’Arabe ne change jamais » ; « le bania est un commerçant né » ; « Je voue un grand mépris aux métis***** ». (…) Stanley était un tyran cruel et brutal. « Les Noirs sont une immense source de problèmes : ils manquent trop de gratitude pour me plaire. ******» (…) « Lorsque la boue et l’humidité minaient l’énergie physique de ceux enclins à la paresse, un coup de fouet sur l’échine leur redonnait du nerf – parfois même en surplus******* » (…) Les incorrigibles déserteurs étaient correctement flagellés et enchaînés******** » (…) « L race anglo-saxonne a déjà donné […] beaucoup de pères fondateurs, et lorsque l’Amérique sera remplie de leurs descendants, qui dit que l’Afrique […] ne deviendra pas leur prochain lieu de repos ?******** »

    Le retour de Stanley en Angleterre ne se passe pas comme il le shouahite, alors que juste avant, à Paris, il avait été accueilli en héros. Pire encore, son amour, Katie Gough-Roberts n’eût pas le cœur de l’attendre et s’était mariée entre temps. Doublement meurtrie (avec la non-reconnaissance de ses « exploits » en terre africaine, Stanley, l’homme aux mille identités se mit à écrire pour un journal US chauvin, en rappelant tout le temps qu’il était Américain, qu’il y était né et qu’il y avait grandi. La suite au prochain épisode.

    ————————————————–

    * : Eléments issus des meilleurs bios de Stanley (John Bierman, Franck McLynn etc.)
    ** : Issu de la bio rédigée par J. Bierman
    *** : Kamuzu Banda, cité par F. McLynn
    **** : D’après d’autres sources, les mulâtres et trafiquants d’esclaves Pedro Baptista et Anastasio José, furent les premiers à avoir fait le voyage aller-retour d’Est en Ouest du continent.
    ***** : H.M. Stanley, How I Livingstone
    ****** : Ruth Slade
    ******* : J. Bierman

  6. 26 12 2010
    Letsaa La Kosso (22:18:31) :

    Bambi,
    N’oublie pas de nous parler des deux compagnons nègres de Livingston (j’ai oublié leur nom) qui raccompagnèrent son corps (pas son coeur puisque celui-ci avait été enterré à sa demande sous un arbre du côté des chutes Victoria -est ce une légende?) dans son pays natal!
    Pourras-tu m’envoyer un exemplaire de ce livre? J’aimerai tellement en savoir un peu plus sur ce brave Livingston.
    Bien le salut.

  7. 9 01 2011
    St-Ralph (18:55:59) :

    Mon cher Obambé,
    C’est avec beaucoup de plaisir que je viens de lire ton article sur ce livre (et aussi un des extraits). Ta façon très légère comme « pas touche » de raconter est plaisante.

    Je m’étais promis de me lancer dans la découverte de l’histoire du Congo ; et je crois que je vais m’y lancer en cette année 20011. J’ai, pour commencer, le livre de George Balandier (le Congo du XVIè au XVIIIè sicle). Cependant, celui que tu signales semble valloir le détour. Si je le lis et que je suis déçu, je dirai que tu es un excellent bonimenteur capable de faire croire qu’un poussin deviendra un jour un éléphant. Un peu comme l’histoire que l’on raconte en Côte d’ivoire : on y dit qu’un Sénégalais a vendu un margouillat à un Européen en lui faisant croire que c’était le petit d’un crocodile ! Mort de rire !!!

    Bonne année et continue à être aussi plaisant qu’en 2010. Tu vois que je ne te souhaite rien d’exceptionnel.

  8. 10 01 2011
    Obambé GAKOSSO (16:44:18) :

    Mon cher St-Ralph,

    Un de mes rêves a toujours été de vendre du sable, à un bédouin, et dans le désert en plus! Mais d’ici là, je vais plutôt essayer de vendre du riz à Dakar.
    Souhaite-moi bonne chance!

    Merci pour ces voeux, et je te souhaite aussi, simplement, une année bonne

    @+, O.G.

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