Le Kamit est un être humain comme les autres

23 12 2010

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POUR CEUX ET CELLES qui aiment le cinéma, vous vous souviendrez sûrement du film au titre ambigu, L’homme est une femme comme les autres*. Avant de suivre ce film, je m’étais un bon moment interrogé sur le choix du titre. 12 ans après, on peut tourner cette phrase dans tous les sens, force est de constater que plus le temps passe, plus certaines de nos convictions, parfois même les plus solides, s’ébranlent à la lecture des faits car (encore une fois je vais le citer), Lénine nous avait prévenus: les faits sont têtus! A la place de « l’homme » et de « une femme », on  peut très bien mettre « l’Africain » et « un Homme ».

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CERTAINS ONT HORREUR que je mette le mot « Nègre » à la place de « Noir », hélas! pour eux, je vais insister et même persévérer. Je sais, je peux aussi mettre « Kamit », cela recouvre plus encore les choses car elles ne les réduisant pas à notre taux de mélanine. Combien de fois n’avez-vous pas entendu des propos du genre: « Nous ne sommes pas comme ça! »? Combien de fois n’avez-vous pas entendu ou bien n’avez-vous pas dit vous-même « Les Blancs sont bizarres, comment peuvent-ils laisser leurs parents ou grands parents dans les maisons de retraite ? » Pourtant, il m’est arrivé plus d’une fois de voir ici en Occident de vieilles personnes avec un taux de mélanine aussi élevé que le mien, sinon plus, croupir seuls dans des hôpitaux, des semaines ou des mois durant, sans la moindre visite d’un fils, d’une nièce etc. Quand on le leur fait remarquer, ils nous répondent : « Mais avec cette vie que nous menons en Europe, où veux-tu que j’aille trouver le temps pour rendre visite à machin ou à truc à l’hôpital ? » Comme vous le remarquerez, « maman » ou « grand-père » devient truc. Ces personnes dont on nous dit depuis notre prime enfance qu’elles sont sacrées, nous commençons à les mélanger avec le commun des mortels, avec nos amis, avec nos voisines. A partir du moment où on les trouve pesantes dans nos vies, parce qu’elles gênent nos projets de vacances, on ne sait plus qu’en faire. Parfois, elles n’ont même pas demandé à venir en Occident où nous estimons souvent, à tort ou à raison (je n’en sais fichtre rien) avoir trouvé notre nirvana. Il me revient en mémoire cette scène saisissante qui, à chaque fois que j’y pense me pousse à prendre un stylo et une feuille (oui, j’utilise parfois encore ces outils du siècle passé). C’était un été, il y a un bon paquet d’années et, avec ma mater, nous devions aller rendre visite à une Dame âgée qui venait de subir une opération. Sous la pluie, je donnai mon parapluie à ma mater et au bout de pas mal de minutes de recherches, nous trouvâmes enfin le service et la chambre. Cela faisait des années que je n’avais pas revu la Dame qui subissait le poids des ans à tous les niveaux (comme toi, comme moi, comme nous tous). Les retrouvailles furent chaleureuses et, vint ce moment que je n’oublierai jamais : « Ma fille, Bambi, vous m’entendez ? Cela fait XX temps que j’ai subi ces opérations. Je suis couchée ici et Y n’est toujours pas passée me rendre visite ! » « Y » n’est autre qu’un des fruits de ses entrailles. Une personne avec qui jadis, j’avais passé d’excellentes vacances de pâques au temps du Congo populaire (c’est vous dire…) Ma mater la calma et lui dit des mots doux. Des mots qui sont censés rassurer et mettre du baume au cœur. Mais moi, je n’en revenais toujours pas. Tant de temps ? Sa propre mère ? Quel est ce problème qu’elles auraient pu avoir qui la pousserait à l’abandonner ainsi dans un hôpital, dans ce pays « où il fait si froid » pour paraphraser N. Agbohou ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais revu Y (et je ne cherche pas non plus à le faire) mais, la vie venait encore de donner une de ces leçons magistrales qu’elle nous administre au jour le jour quand nous sommes parfois bardés de certitude. 

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AVEC LE TEMPS, je fais chaque jour l’effort d’éviter de mettre tout le monde dans le même panier, même s’il m’arrive de reconnaître que j’ai des séquelles. Peu importe les caractéristiques génétiques communes que nous pourrions avoir avec nos frères et sœurs de sang, nous sommes un et il est souvent hasardeux et même trop légers de passer son temps à faire des généralisations gratuites et grossières. Si des parties des mondes occidental et oriental ont réussi à soumettre certains de nos ancêtres en esclavage, c’est aussi à partir de ces généralisations dénuées de tout fondement scientifique : nous n’étions pas des êtres humains ; nous n’étions pas susceptibles d’avoir une âme ! Vendez-moi ces bêtes et qu’on n’en parle plus. L’on nous parle souvent de « solidarité africaine ». Ce n’est pas moi qui cracherai dessus, mais qui ne connaît pas un seul Africain qui a trimé des années durant en Occident, voire deux décennies, en envoyant mois après mois des sous à son frère (à sa sœur, il y a là égalité totale des sexes, match nul dans la nullité !!!) pour bâtir sa maison et qui, un beau jour, en rentrant au pays, le dos cassé, le corps perclus d’arthrose voire de rhumatismes, trouve un chantier inachevé s’arrêtant à peine au niveau de la fondation, sur le terrain qu’il avait acheté jadis, avec les sous que les Impôts d’Europe avaient bien voulu lui laisser ? Congolais, Togolais, Ivoiriens, Sénégalais etc. on connaît tous ces histoires qui ne nous honorent guère, mais parfois nous continuons à nous gargariser de cette solidarité africaine qui, à mes yeux ressemblent de plus au plus à une chimère. Pourtant, qu’est ce que j’aimerais me tromper ! 

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« BISO TO TEKAKA BANA TE », « BETO KE TEKISA BANA VE »**. Combien de fois n’a-t-on pas entendu cela au sein des divers groupes linguistiques et sous-groupes du petit Congo? Des années durant, les Lari et les Teke** ont été cloués au pilori car pour épouser leurs filles, les autres Congolais racontaient qu’il fallait casquer très fort, trop fort même ! Un code de la famille existe au Congo, qui fixe le montant de la dot*** à verser à la famille de la mariée à 50.000 XAF. Pour le reste, les choses sont claires : quelques cadeaux sont à offrir à la mariée et à sa famille, en fonction de leur coutume. Point ! En 2010, combien de familles respectent réellement cela ? On voit nombre de papas et de mamans faire commerce du mariage de leurs filles pour s’offrir qui la montre de ses rêves, qui le Super Wax (75.000 XAF/pièce) qu’elle ne peut avoir, qui la paire de baskets à la célèbre griffe (le frère de la mariée). Certains même en profitent pour goûter à des bières qui sont trop chères pour leurs bourses : on demande de l’Amstel, on écrit même « X cartons de bières importées ». Pourtant, j’en connais des Nègres qui n’ont jamais eu affaire au moindre Juif mais qui disent : « Ces gens-là aiment trop l’argent ! » Quelle est alors la différence entre ces comportements honteux de vente de nos filles et les accusations réelles ou supposées d’aimer l’argent ? Je me souviens qu’il y a au moins 20 ans, j’avais eu en mains fortuitement, la liste de mariage de la fille d’une sommité congolaise (dans un certain domaine). C’était la maman du futur marié qui me l’avait montrée en me disant : « Mwana na nga, o moni makambo bokenda kolukela biso ? » (Mon fils, tu as vu les problèmes que vous allez nous chercher?) Choqué, je finis par poser la question de savoir comment cet homme pouvait faire des choses pareilles, on me répondit : « Mais ce n’est pas lui qui dresse la liste, c’est sa famille ! » Quand ça nous arrange, la tradition est bonne, sinon, nous sommes les premiers à la fouler aux pieds, tel un éléphant écrasant son adversaire, pour des gains de biens matériels qui ne durent que le temps d’une chanson. Oui, je sais que je choque en écrivant cela. Et je sais aussi que vous n’êtes pas tous et toutes ainsi. Mais si on veut avancer, nos tares sont à soigner le plus rapidement possible car nous avons tellement perdu de nous-mêmes en cours de route que je me demande bien dans quelques siècles ce qu’il adviendra de notre bomoto, de notre kimuntu****. 

Obambé GAKOSSO, December 2010©

———————————————–

*: 1998, réalisation de Jean-Jacques Zilbermann, scénario de Gilles Taurand et histoire de Joëlle Van Effentere

**: Nous ne vendons pas nos enfants;

***: Au Congo, la dot signifie soit le mariage coutumier, soit la somme versée à la mariée et à sa famille, soit la totalité de ce qui est donnée ledit jour à la mariée et à sa famille, par le marié et la sienne

****: Traduction libre, ce qui fait l’homme, son essence Ce qui fait ce que nous sommes Notre dignité, notre intégrité, notre humanisme


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11 réponses à “Le Kamit est un être humain comme les autres”

  1. 27 12 2010
    B.C. (10:40:29) :

    L’Iguane,

    Tu sais pourquoi personne n’a réagi à ce billet? Parce que tu nous mets mal à l’aise avec tes sujets. Tu touches et évoques des sujets tellement sensibles et gênants que parfois, je ne te cache pas, je n’ai pas le courage de réagir. Tu comprendras aisément pourquoi.

    B.C.

  2. 4 01 2011
    Alain (13:48:29) :

    Bambi,

    Tu vas te faire maudire par nos parents qui comme tu dis vendent nos filles et soeurs. Mais dis-moi, quand feras-tu un billet sur la jalousie maladive de nos femmes et soeurs? Ce serait intéressant, tu ne trouves pas? Les Congolaises sont devenues comme les Européennes, surtout ici en Occident: elles fouillent tout, veulent tout savoir… Je ne te dis pas la violente dispute qu’on a eue récemment, j’ai cru qu’une personne allait mourir, mais je ne dis pas qui.
    Allez, Bambi, un billet sur la jalousie des femmes, stp!

    Alain

  3. 4 01 2011
    Babou (18:08:59) :

    Bino mibali penza…

    Alain, j’ai vraiment envie de te filer des baffes, mais sachant combien ça te fera plaisir, je ne le ferai pas. Maintenant, c’est nous les femmes qui sommes jalouses? Quand je pense que mon pauvre mari qui s’imagine tout et n’importe quoi devient fou quand je viens sur ce site croyant que je cherche un homme, vous les hommes, vous faites autant pitié que ces femmes que tu vilipendes, mon frère. Ressaisis-toi et tu ferais mieux de rentrer au pays apporter ta part plutôt que d’envoyer des Western. Ils ne servent à rien.

    Alain, un fou dangereux…

    Babou

  4. 4 01 2011
    Christian (18:21:24) :

    Alain,

    Tu cherches des emmerdes avec notre Babou: ne provoque pas les femmes et les filles, si tu ne veux pas qu’elle te morde. D’habitude, elle te laisse balancer des bêtises sur les nanas, je ne sais pas pourquoi.

    Sinon, j’aurais été été d’accord avec toi en encourageant Bambi à nous faire un sujet sur la jalousie de nos soeurs et épouses. Mais bon, je ne veux pas recevoir une assiette sur mon visage.

    Babou, pour ton mari, calme-le, dis-lui que nous sommes en famille ici et que nous nous instruisons.

    Christian

  5. 6 01 2011
    Alain (09:39:43) :

    Babou, ton mari est jaloux? Change de mari, conseil gratuit de la part d’un frère qui te veut du bien. Moi, quand je suis avec une fille qui est jalouse, j’arrête la relation vite fait. Un jour, une a même osé être jalouse de ma fille: j’ai failli la jeter par la fenêtre, mais comme en France, il ne faut pas violenter les femmes…

    La jalousie pourrit la vie.

    Alin qui veut aider sa soeur Babou

  6. 6 01 2011
    Alain (09:41:01) :

    Bambi,

    J’ai remarqué que même dans les mariages coutumiers, il y a des filles et des femmes qui s’éclaircissent la peau: où est le rapport avec la coutume?
    Certaines vont passer des heures au salon de coiffure, où est le rapport avec la coutume? Il faut supprimer ce mariage.

    Alain

  7. 6 01 2011
    MEK (09:43:23) :

    Alain,

    Si la nana est jalouse, garde-la quand même. Celle que tu prendras, si elle n’est pas jalouse aura des tares pires que les précédentes.

    MEK

  8. 6 01 2011
    kinzy (17:53:47) :

    @ Alain,
    Alain soit heureux que ta femme veille sur toi , elle sait que le monde est rempli de dangers pour un homme comme toi. :)
    Si elle est jalouse c’est que tu lui donnes des raisons de l’être, sinon je ne verrai qu’une femme qui aime bien son petit mari kamit, qui est bien sûr un mari comme les autres maris de la terre, mais pas jaloux comme les autres hommes de la planète.
    Une bien bonne année !

  9. 7 01 2011
    Letsaa La Kosso (00:00:14) :

    @ Tous,
    Un homme jaloux est pire qu’une femme jalouse. il y en a qui sont jaloux de leur propre ombre! C’est dire…
    Bien le salut.

  10. 9 01 2011
    Obambé GAKOSSO (11:03:39) :

    Moto Alain,

    Quand tu ne délires pas, il est plaisant parfois de lire certaines propositions de ta part… Oui, il est vrai que lors de nos mariages coutumiers, on se met à assister à des choses qi soit font honte, soit… Bref! on se demande même qui a eu l’idée d’amener ça là-dedans.
    Je te conseille la lecture du dernier bébé de Leonora Miano, Blues pour Elise. Ce roman est très différent de tous les précédents (à mon avis) car il est essentiellement basé sur les relations humaines (parents/enfants; femmes (filles)/hommes (garçons). J’ai été interpelé par la remarque d’un des personnages, dans un salon de coiffure, qui s’en prenait verbalement à une fille qui a une vision tellement afrocentrique que cela se ressent même dans ses tenues et sa chevelure: elle prône le naturel. Donc, cette fille de lui relater une scène qui a lieu dans une entreprise, ici en Occident, avec une patronne qui ne ratera pas l’occasion de rabrouer une de ses collaboratrices: Tu es déjà noire, cela se voit!. Inutile donc d’en rajouter avec des coiffures qui sont… Fais comme les autres. Aussi, je dis que si une fille n’est pas la patronne de son enseigne, si elle travaille pour une structure dont la majorité des collaboratrices (collaborateurs) n’est pas d’extraction subsaharienne, il vaut mieux en effet un profil bas au niveau de la présentation.
    Personnellement, j’ai la chance d’évoluer depuis des années dans des structures où mes chemises en pagne ou en bazin ne choquent pas, bien au contraire! Quand je sais par contre que je dois recevoir du monde ou aller en rencontrer, là, le costume et éventuellement la cravate, sans parler des chaussures dites de ville, sont de sortie.
    Va voir nos soeurs qui tiennent des salons de coiffure à Strasbourg St-Denis (Paris) ou à Château Rouge: leurs collaboratrices peuvent se coiffer comme elles le veulent, et c’est même souhaitable.

    Pour rire, mon cher Alain, sais-tu que depuis quelques années, si ta femme et toi, vous avez de sous à gaspiller, vous pouvez payer Télé Congo et, la séance de coiffure de ton épouse passera à la TV nationale, son arrivée même au salon passera aussi, sa sortie du salon, je ne t’en parle même pas, et bien sûr, tout ce qui va se passer avant, pendant et après la cérémonie aussi.
    Vive le congo!
    Vive le mariage!
    Vive le biziness!

    @+, O.G.

  11. 9 01 2011
    Obambe GAKOSSO (12:12:22) :

    Quant à la jalousie, qu’elle soit mâle ou femelle, je la considère comme une maladie, et rien d’autre. La normalité ne peut l’expliquer. La jalousie est le fruit de la peur (dans le cas d’une relation de couple) et quand on a peur, j’estime qu’il vaut mieux rester seul (e) dans sa vie, au moins, on sûr non seulement de ne pas souffrir, mais aussi de n’emmerder personne.
    Deux tares nous détruisent souvent, dans notre for intérieur, avant même que ça ne sorte: l’envie et la jalousie.

    @+, O.G.

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