Pascal Lissouba, vu par Joseph Mampouya

22 09 2010

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J’AI POUR PRINCIPE sur le Net de ne parler que des livres qui m’ont plu, même s’il est est évident que ces derniers ne me plaisent pas à 100%, ou à 500%, score dont Mobutu se targuait, si jamais les Zaïrois avaient voté pour lui. Partant du principe qu’il n’y point de règles sans exception, je vous livre aujourd’hui mes sentiments par rapport à cet ouvrage* de l’universitaire congolais Joseph Mampouya, ouvrage que j’ai lu il y a longtemps, et dont j’ai toujours hésité à mettre des bribes sur la toile.

untitled6.bmpPascal Lissouba, du temps de la présidence de la République 

JOSEPH MAMPOUYA fait partie de ces universitaires congolais qui ont une certaine production livresque. Comme la plupart de ses congénères, ses livres sont méconnus. Qu’on les aime ou pas, ils ne sont pas nombreux à lire nos auteurs et c’est bien dommage. Ce livre m’a laissé un sentiment mitigé. Il compte 93 pages. La préface commençant en page 9, allant jusqu’à la 10e, il nous reste 83 pages à lire. L’introduction aussi en prend 2 (pages 11-12). Il ne reste plus que 81 pages. La 4e est occupée par une citation de Théophile Obenga. Il reste donc 80 pages. La conclusion de 2 pages débute à la 73e. Vous l’aurez compris, ma plus grande déception concerne la taille du livre. Certes, c’est la qualité du contenu qui doit primer, comme en toute chose (courrier, repas, boisson, livres etc.), mais je vous avoue que ce livre m’avait laissé sur ma faim. Quelques années après l’avoir lu, il m’avait été soufflé que c’était un livre sur commande. Je ne peux évidemment pas le prouver ici, mais le contenu de cet ouvrage tend à confirmer cette thèse. Le problème avec ce genre d’ouvrages, c’est que l’auteur ne pousse pas l’effort de chercher au-delà de la matière que lui apportent ses « informateurs ». Il eut peut-être été judicieux de donner aussi la parole au concerné, Pascal Lissouba, en l’occurrence. Je ne sais pas. Je suppute. Mais il est vrai aussi que c’est une méthode qui marche, que de ne pas rencontrer celui qui est concerné par un essai. Cela permet une certaine distance pour éviter d’être trop influencé. Mais bon, passons. Ce livre est paru en pleine guerre du 05juin 1997, et je pense que le but était de mettre en lumière les insuffisances et autres tares du président d’alors, celui qui signait Président-professeur. En ce sens, l’entreprise est plutôt réussie.

newsphoto1.jpegEtienne Mokondjimobé, qui signe la préface du bouquin

POUR ETIENNE MOKONDJIMOBE, scientifique lui aussi, je dois faire partie (comme 35,89% des votants de l’époque, au 1e tour de la présidentielle) dont les esprits ont subi une confusion autour du « mythe de l’intellectuel » crée autour, par et pour Pascal Lissouba. Il ose même un pari en affirmant que c’est la dernière fois dans l’histoire que le peuple congolais s’est fait piéger par un mythe. Là, je ne sais pas s’il lit dans une boule de cristal, mais je préfère laisser l’avenir nous parler car les charlatans dans la vie, on en a à foison tout le temps. De même que la préface, l’introduction (signée par l’auteur himself) me replonge dans ses heures chaudes de 1991 à 1997, lorsque, de la CNS** à la fin de la Guerre de 1997, Pascal Lissouba fut l’une des vedettes de la scène politique congolaise. Son nom était sur toutes les lèvres et, le plus effarant, c’était de voir même des gosses de 5 ans prononcer: et le plus souvent, pas pour dire du bien… C’est une sorte de résumé de ce livre, une vraie charge contre cet homme qui a cristallisé les passions congolaises, polarisant notre attention, volontairement comme involontairement, sur sa personne et sur la fonction qu’il incarnait. E. Mokondjimobé pense que Lissouba avait un masque, appelé rhétorique et que son porteur a longtemps manqué de contradicteur, avec sa fumeuse théorie de la « tribu-classe ».

DANS SON INTRODUCTION, J. Mampouya nous rappelle que l’article 68 de notre Constitution***, la magistrature suprême est subordonnée tout simplement à une expérience professionnelle de 15 ans, mais par contre à aucun diplôme ni titre universitaire. Dans ce livre, Tout y passe: ses diplômes, ses titres et grades universitaires. Tout le monde se souvient que c’était la 1e fois que les Congolais se retrouvaient avec un président aussi instruit, sur le plan scolaire. Et l’auteur de nous dire que Lissouba a confondu « savoir » et  »savoir-faire », croyant pouvoir transformer « le Congo par la magie du diplôme ». L’auteur n’y va pas par quatre chemins, pour lui, « le but de cet ouvrage est de briser définitivement un mythe: le mythe de l’intellectuel; ou mieux, celui du diplômé vaniteux incarné par un président de la République qui, loin de hisser son pays dans la sphère de la dignité politique, a crée les plus redoutables conditions de destruction de l’esprit républicain ». L’auteur a fait un bon boulot en nous rappelant la définition de l’intellectuel, par rapport à l’histoire: dans l’Egypte antique (Cf. le scribe); dans la Grèce antique (Cf. Socrate, Platon et Aristote) et dans la Chine impériale (cas du lettré chinois ou du mandarin). Bon, il donne ses définitions, je les respecte sans pour autant les partager car j’ai déjà eu l’occasion de donner mon modeste point de vue sur ce qu’est un intellectuel sur ce blog et, ce qui m’étonne le plus, c’est que ce vocable qui est d’apparition assez récente, puisse être adaptée à des époques aussi lointaines. J’ai plus l’impression que l’auteur fait de l’anachronisme qu’autre chose. Pour toujours essayer de définir ce concept, les cas de la France (XVIe, XVIII et XXe siècles), la Russie tsariste et l’Afrique au Sud du Sahara. Pour le petit congo, l’auteur pense que le sage (dépositaire de la culture ancestrale) du village était l’intellectuel. Même chose pour le nzonzi et l’ossambi****. L’auteur cite ensuite des cas d’étudiants congolais qui furent très actifs au sein de la FEANF et qui, rentrés au pays, occupèrent de hautes fonctions, mais, curieusement, à son avis, Pascal Lissouba « fut un des rares dirigeants politiques de sa génération, presque totalement méconnu de la FEANF qui fut pourtant le foyer de la classe politique africaine dans l’ensemble des pays francophones ». Il cite la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone) et l’AEC (Association des étudiants congolais) car pour lui, ces deux éléments étaient en effet « des milieux intellectuellement très actifs ». Je reconnais vraiment à l’auteur (voir page 24) le mérite de mettre en avant le poids de l’intellectuel en France dans le rôle de porte-parole des victimes du pouvoir. Et, à mon sens, c’est une des choses qui manquent dans la palette de ceux que les Africains désignent à tout bout de champ « intellectuel ». Mais bon, passons et attaquons ce que J. Mampouya appelle la nécessaire démystification » (page 25) où il reprend 8 citations de P. Lissouba, alors déjà chef d’Etat, et une autre avant sa prise de fonctions. Ces citations sont précédées par ces mots: A l’entendre parler de soi, on se croirait en face de « l’intellectuel total », presque d’un démiurge. On est choqué par l’outrecuidance et le degré de mystification qui fondent sa personnalité. Après les citations, J. Mampouya est plus cinglant encore dans une sorte de conclusion: S’il avait existé, l’évangile selon saint Pascal aurait très certainement enseigné: « Je suis un intellectuel qui incarne la science et la technologie, la vie présente et future de tous les Congolais ».

CERTAINS NOUS METTENT des essais sans trop chercher, mais J. Mampouya est allé fouiller dans les « recherches » de Lissouba est, si cela est avéré (on attend la réaction), cela laisse sans voix: Nous avons en vain cherché à trouver éventuellement des travaux plus récents reposant sur la révolution génétique de ces dix dernières années. En effet, ayant interrogé le « CD ROM Pascal » qui depuis 1987 , recense tous les articles de haute portée scientifique publiée dans diverses revues spécialisées, nous avons eu de l’ordinateur la sèche réponse suivante:

« AU PASCAL LISSOUBA »

1987 Résultat 3 (C’est à dire trois articles collectifs)

1988 Résultat 0

1989 Résultat 0

1990 Résultat 0

1991 Résultat 0

1992 Résulat 0

1993 Résultat 0

1994 Résultat 0

1995 Résultat 0

1996 Résultat 0

DES EXEMPLES COMME ceux-là, Joseph Mampouya en a cherché et même si l’ouvrage est très menu, il vaut la peine d’être lu. Personnellement, j’en suis revenu de Lissouba dès 1993 quand j’ai commencé à percevoir les limites de l’homme politique. Hé oui! je fais partie de cette génération de jeunes qui ont cru au mythe Lissouba. Le temps et l’expérience m’ont appris que les mythes, il faut s’en méfier. Rien ne vaut le concret.

Autre avis sur ce livre, http://membres.multimania.fr/jecmaus/Larose.html

Obambé GAKOSSO, September 2010©

——————————————————

*: L’intellectuel, la rose et l’oiseau pendu, Editions encre noire, juillet 1997, 60 FF (9€14 environ)

**: Conférence nationale souveraine, de février 1991 à juin 1991, à Mfoa, réunissant ce que le Congo de partis politiques, de syndicats, de membres de la société civile etc.

***: Votée en 1992, mais abrogée à la fin de la Guerre de 97 par les vainqueurs.

****: En langues bantu, ce sont des négociateurs lors de pourparlers diverses (cas du mariage traditionnel par exemple)


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21 réponses à “Pascal Lissouba, vu par Joseph Mampouya”

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  1. 23 09 2010
    K.N. (02:55:15) :

    Bonjour à tous,

    Lors de la présidentielle de 1992, je n’avais pas voté; j’étais trop jeune. Rétrospectivement, en considérant les forces politiques en présence, je pense que si j’avais pu m’exprimer, j’aurai certainement accorder mon suffrage à Pascal Lissouba notamment au deuxième tour. J’aurai alors fait partie de ces nombreux congolais bernés par le mythe qu’il représentait.

    Voilà un homme qui n’avait pas su capitaliser sur la sympathie et la confiance dont il jouissait à son arrivée au pouvoir. Ses partisans, pour le dédouaner, disent que toutes ces insuffisances ( quand ils les admettent) étaient le fait de son entourage.
    Mais, ai je envie de leur demander: n’est ce pas la marque de grands hommes qui plus est de grands hommes d’État que d’être capable d’assainir leur entourage, si besoin est, quitte à s’aliéner une partie de leur électorat? L’entourage à bon dos.

    Dans une itw accordée à Zenga mambu , Marc Mapingou expliquait entre autre comment ils avaient créé et vendu le produit « Lissouba ». C’était assez instructif. On peut aisément comprendre que le contexte et le culte du diplôme chez les congolais aidants, nombreux est pu se laisser abuser.

    Pour en venir à cet ouvrage, la présentation que tu en fais ne me donne pas envie de le lire. Le contexte de sa parution et le fait qu’il est pu être commanditer m’ôte toute envie, définitivement .
    il y aurait pourtant beaucoup à dire, à analyser et à décrier sur la présidence Lissouba.

    Bien à tous.

    K.N.

  2. 23 09 2010
    Alain (09:37:07) :

    Bambi,

    Concernant Lissouba, tu sais ce que je pense. Le c$oté politique ne m’intéresse pas. Nous, à Bacongo et à Makélékél on n’oubliera jamais cet homme. Tu me diras que d’autres Congolais non plus ne l’oublieront jamais, certes.
    Et je rigole encore plus quand certains Congolais (heureusement qu’ils ne sont pas nombreux) proposent de faire une union du « Sud ». De quel Sud parle-t-on? Avec qui? Les rescapés des massacres de Lissouba avec l’actuelle UPADS?
    Lissouba a de la chance car lui au moins il a eu la possibilité d’atteindre 80 ans, j’espère qu’il demandera pardon à tous les Congolais.
    Ce qui me plaît dans le livre de Mampouya, c’est justement le fait qu’il ait mis en avant la mystification par rapport aux diplômes et à la recherche. Mais bon, même si Lissouba a failli me tuer, je vais être indulgent avec lui: pourquoi Mampouya nous met-il 1996 alors que Lissouba était déjà président, pour souligner qu’il n’a rien cherché et donc trouvé?

    Alain

  3. 23 09 2010
    Christian (10:17:37) :

    L’Iguane,

    Même si ce livre était un livre de commande, il a pour moi un intérêt certain. Comme toutes les présentations que l’on peut faire des livres, celle-ci me laisse sur ma faim. Et je ne te cache pas que je ferai tout pour me le procurer. Et, mis à part le côté des diplômes et des titres, j’aimerais savoir ce que Mampouya dit du bilan politique de Lissouba. Mais comme tu le laisses supposer, il ne doit pas y avoir grand chose à manger là-dedans.
    Mais je lirai.

    Pour en revenir aux diplômes, ma chère K.N., c’est une vraie maladie dont on souffre dans notre pays. Je me souviens d’une expérience personnelle, il y a pas mal d’années où je m’étais retrouvé devant le grand frère d’une fille avec qui je sortais. Le verdict fut sans appel! Pour cet universitaire (il se fait appeler « Docteur » par tout le monde), je n’étais pas digne de sa soeur car je n’avais pas les diplômes requis. Comme Mapingou nous avait vendu Lissouba; comme Lissouba s’est fait vendre auprès des Congolais aussi. Mais avec le recul, cet homme m’a rendu un grand service car cette fille est malheureuse en train de trimer, jamais mariée et vivant toujours chez ce grand frère qui lui-même est à la retraite et court les cabinets ministériels pour manger.

    Ah les diplômes…

    Christian

  4. 23 09 2010
    K.N. (21:23:59) :

    Cher Christian,

    Ce que tu racontes est très révélateur. Avec certains congolais, votre sort est décidé selon que vous soyez bardé de diplômes ou pas ce, quelque soit la transaction.
    Les diplômes sanctionnent l’acquisition d’un savoir, d’une compétence. En aucun cas ils ne renseignent sur les qualités intrinsèques d’un individu.
    Souhaitons néanmoins à cette sœur de réussir sa vie selon ses souhaits.

    Bien à toi.

    K.N.

  5. 24 09 2010
    Alain (12:43:18) :

    Christian,

    Vraiment, je ne te comprends pas: c’est justement le bon moment pour retourner vers ta belle et attaquer de plus belle. Là, je crois que le fruit est vraiment mûr et je ne crois pas que ce grand-là osera te dire encore non, vu l’état dans lequel lui-même se trouve.

    Ah! ba sciences na ma technologies, ya mataku oui…

    Alain

  6. 24 09 2010
    B.C. (12:57:42) :

    Alain! alain! Alain!

    Tu aurais pu demander à Christian s’il était marié, non? De toutes les façons, tu dois le savoir…

    Bambi, sujet très intéressant sur cet homme qui a mystifié en effet plein de Congolais. Et quand je vois une fille aussi brillante et posée que K.N. qui me dit qu’elle aurait voté pour lui si elle avait eu le droit, c’est encore une preuve que cet homme et ses compagnons avaient réussi à endormir les Congolais. Mais dis-moi, Bambi, quels autres aspects Mampouya aborde-t-il? Dit-il quand même du bien de Lissouba? Je viens de regarder sur le Net, ce livre est introuvable…

    Sujet passionnant les amis. M
    B.C.

  7. 24 09 2010
    B.C. (12:58:50) :

    Merde!

    Je voulais te demander en plus, Bambi, si Mampouya dit quand même du bien de Lissouba et s’il aborde d’autres aspects de sa personnalité mis à part l’aspect « intellectuel/diplômes »?

    B.C.

  8. 24 09 2010
    B.C. (13:11:50) :

    Dis-moi,

    Masta, pourquoi tu ne parles que du 1e tour? Tu avais pourtant voté Lissouba aux deux tours, non?

    B.C.

  9. 24 09 2010
    Kaké (13:23:32) :

    Mor’abaro,

    Ne touche pas à ton grand-père Lissouba: c’est un génie et comme tu le sais, les génies ne sont jamais compris. Quand il reviendra aux affaires, tu seras à jamais banni du Congo.

    Kaké de passage, comme de passage.

  10. 24 09 2010
    Kaké (13:23:51) :

    Comme d’habitude, pardon.

    Kaké

  11. 26 09 2010
    Mosakoli (10:30:20) :

    Salut à tous,
    Je n’ai pas lu cet ouvrage, je m’abstiens donc à tout commentaire.
    Je veux parler de notre professeur-président, en 1992 j’étais encore ado, donc pas de droit de vote, mais si je regarde bien la situation du Congo à l’époque, je pense que moi aussi j’allais voter pour le professeur. Le Congo sortait d’une période de transition où les gens avaient vécu plus ou moins la galère, ils étaient un peu perdu et étaient à la quête d’une assurance pour un futur meilleur, Sassou, on ne voulait plus de lui avec toutes les révélations de la CNS, Kolelas ne rassurait personne, pas un bon projet et manquait de notoriété, personnellement, je ne le connaissais pas avant la CNS, Lissouba loin de voir son CV ( ancien premier ministre 1963-1966 et ses fameux diplômes), était une marque, en tout cas, ils avaient bien préparé ce produit, il faisait rêver tout le monde et d’ailleurs c’est le plus beau souvenir qu’il m’a laissé, vu le projet qu’il présenta aux congolais avec sa fameuse  » transformer le Congo en petit-suisse », qui n’aurait pas voté pour un tel candidat? Quand les gens meurent dans des naufrages aux larges de la méditerranée, c’est pour venir voir l’Europe dont la Suisse aussi, alors si quelqu’un se propose de nous construire une Suisse chez nous, je crois que c’est un bon pactole pour les « mourir sans voir paris c’est un péché », en tout cas Lissouba pour moi, c’est lui qui avait plus de chance et après, est ce une bêtise d’avoir voté lissouba? Je ne pense pas! Il na pas pu gérer c’est tout. Vous savez qu’au jour d’aujourd’hui, si on organise des élections libres au Congo, je ne saurais pas pour qui voter en toute franchise!
    Bien le salut!
    Mosakoli de retour!

  12. 26 09 2010
    Molekinzela (16:16:56) :

    Mbote na bino bandeko na ngaÏ /Mes chers amis, bonjour,

    S’agissant du mythe du savant attribué au « Professeur des professeurs » (comme il aimait lui-même se faire appeler), j’avais effectivement lu il y a une dizaine d’années le petit livre de Mampouya qui s’attachait à déconstruire son image de grand génie.
    La partie dissertant sur le concept d’ »intellectuel » ne m’avait pas spécialement séduit, mais on avait là pour une fois une démystification de l’image de génie fondée sur de l’esbroufe qui nous promettait une helvétisation de notre pays en quelques années.
    Auparavant, j’avais déjà tenté vainement de trouver ne serait-ce qu’une seule publication de sa part en génétique (sa discipline d’appartenance)…
    je me posais déjà des questions sur ses supposés talents de chercheur hors paire. Surtout de la part de quelqu’un qui affirmait sans sourciller, qu’il aurait raté le prix Nobel parce que, Youlou aurait agi auprès de de Gaulle pour contrarier l’initiative.
    Le fait est que notre savant-président avait un sentiment d’estime de soi complètement hypertrophié au point qu’il s’évertuait à l’entretenir pendant des années à travers des tas d’artifices, y compris celle de ses mangues greffées, dites « mangues de Lissouba ». Toute la démarche de notre savant s’est toujours reposée sur un postulat d’incompétence généralisée: Il se prenait pour un être supérieur entouré de crétins…. Si les choses ne marchaient pas, ce n’était jamais de son fait mais de la faute à son entourage composé de gens médiocres… Si en définitive il n’a réussi à réaliser aucun de ses projets, c’est que ses adversaires malveillants l’en ont empêché en fomentant les deux guerres sous son mandat…. Il s’acheminait vraisemblablement vers une stratégie à la Gbagbo parce qu’il demandait déjà des prolongations pour compenser la perte de temps consacrée à guerroyer…. « Si j’organise les élections, disait-il, ce n’est pas pour les perdre… ».
    Pour bien connaître le personnage, il était intéressant de lire son livre d’avant campagne: « Congo: les fruits de la passion partagée ».
    Un véritable délire de pervers narcissique qui illustre la dimension du personnage. On y retrouve la métaphore du petit garçon pauvre mais déjà tellement surdoué qui finissait par susciter des doutes chez ses maîtres comme dans le film « La rue case-nègre ».
    Puis, arrive le moment où il doit opérer un choix dramatique entre les lettres classiques (latin) où il excellait et les disciplines scientifiques….
    Lissouba a toujours utilisé une stratégie d’altérisation de ses échecs: c’est toujours la faute des autres, considérés comme des gens médiocres.
    En bon intellectuel, il a développé sa thèse de « tributs-classes » pour essayer de légitimer implicitement des stratégies d’appropriation du pouvoir fondées sur l’appartenance ethnique.
    On trouve encore aujourd’hui les tenants de ses théories qui, en bons intellectuels » auto-proclamés, ont une représentation binaire du champs politique congolais composé essentiellement de « nordistes » et de « sudistes ». Toutes les personnes originaires du nord sont des « nordistes » et celles originaires du sud sont des « sudistes »…. Chaque congolais est ainsi de fait assigné à sa supposée « résidence ethnique » qui naturellement, présente des incompatibilités avec la résidence ethnique opposée, d’où l’idée de partition du pays…
    C’est vraiment dommage que ce livre, jadis publié à compte d’auteur et distribué gratuitement à l’ambassade soit devenu introuvable.
    A défaut de ne pouvoir le lire, on peut ici, retrouver le résumé bien fait à travers le premier lien.
    les deuxième et troisième liens constitués d’analyses du sociologue congolais Joseph Tonda traitent également du personnage aux multiples facettes de Lissouba à travers une analyse plus rigoureuse d’une production universitaire.
    Enfin, je ne peux m’empêcher de vous relater ce jument de l’homme de la rue digne d’un récit de matanga qui disait que si nous avons eu un président aussi déjanté en la personne de Lissouba, c’est que ce dernier a été maudit par son père pour avoir eu jadis des relations coupables avec la plus jeune épouse de ce dernier…

    Bonne lecture:

    http://membres.multimania.fr/jecmaus/Liss2.html

    http://www.indesens.org/article.php?id_article=58

    http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/072050.pdf

  13. 26 09 2010
    Letsaa La Kosso (22:11:17) :

    Ndéko Moléki
    Bonii kô? Qu’est ce qu’il y a? Tu n’es pas content que le Congo ait au moins un savant? Tous les grands pays ont des savants, le Congo est un petit pays, alors laisse nous avoir au moins un seul savant!
    Sous d’autres cieux on le nomme « Les Savé »
    Bien le salut.

  14. 27 09 2010
    Molekinzela (20:49:13) :

    @Letsaa la Kosso

    Frangine,

    Tata wana, nalingui ye lisusu te. bato na ye badzikissaki ndako ya mama na ngaï/ Ce mec là, je ne peux plus le blairer… Ses miliciens avaient incendié notre maison familiale.
    Bonne soirée

  15. 27 09 2010
    Molekinzela (21:24:30) :

    Intellectuel! intellectuel!
    Pour moi, une personne porteuse d’une culture scolaire ou universitaire, comme je l’ai développé dans le blog de Mabanckou, n’est pas forcement un intellectuel. C’est une personne instruite (scolairement parlant).
    les personnes instruites sont souvent victimes d’une certaine forme d’orthopédie mentale. Elles réfléchissent selon des codes de raisonnement de leur discipline d’appartenance. Il y a donc, même involontairement, une forme de calibrage de la pensée. Celle-ci devenant peu flexible.
    par contre, j’ai toujours pris mon grand père analphabète pour un grand intellectuel en ce sens qu’il est détenteur d’une importante culture traditionnelle. Il fait preuve d’une grande flexibilité de la pensée et d’une bonne compréhension des situations sociales. Il a une excellente intuition et un bon sens de l’observation des personnes et de la société.
    Il nous disait toujours que « celui qui est né sur une peau de mouton est beaucoup plus futé que celui qui est né dans de beaux draps »…
    Notre savant -président était toujours dans une logique de séduction en ce sens qu’il adorait parler et surtout s’écouter parler mais il n’écoutait pas ce qu’on lui disait tellement il était persuadé de tout connaître… d’où la difficulté qu’il éprouvait à bien cerner les situations sociales.
    Lissouba était victime du « complexe de la Castafiore » (la vieille coquette des albums de Tintin qui, lorsqu’elle se mirait, riait de se voir si belle devant son miroir).

  16. 30 05 2017
    Mitsoko (08:42:00) :

    Je lis, je lis, je vous lis mais je ne comprends pas que « Lissouba » soit votre « sujet » de cette façon. Qui est responsable de quoi? On doit avoir l’habitude alors? En Afrique, notre cause ( ) resterait aux oubliettes! Allez-y, jetez moi la première pierre…Il y en a tellement des « Lissouba »!

  17. 30 05 2017
    Obambé GAKOSSO (19:45:46) :

    Bonsoir Mitsoko et merci de passer par ici.
    Juste une question, votre question s’adresse à qui exactement?

    Obambe

  18. 30 05 2017
    Mitsoko (20:40:21) :

    « Sassou » lui n’est-il pas responsable de tout et ses miliciens de rien? Qu’est-ce donc qu’une responsabilité d’intellectuel?

  19. 30 05 2017
    Mitsoko (21:15:12) :

    Bonsoir Obambé, j’ai un ami qui s’appelle Mampouya (mais pas Joseph) et qui me disait qu’au Congo, il y en a des milliers (moi vous l’aurez compris je n’y ai pas été élevé) de Mampouya . Alors c’est une coincidence qui m’a amené par ici…Et j’ai lu. Ce bouquin est introuvable sur le net, aujourd’hui je le confirme. Mais j’aurai peur de tomber sur une certaine lecture qui m’a déjà fait froid dans le dos. En tout cas sur ce blog, personne ne m’aura vraiment rassuré malgré tout un théâtre d’ombres qui enfin nous reconnaitra tous « victimes du pouvoir »()

  20. 31 05 2017
    Obambé GAKOSSO (10:02:10) :

    Bonsoir Mitsoko et encore une fois merci pour l’intérêt porté à cet espace qui est un lieu d’échanges.

    Concernant cette question, ma réponse est simple: je suis constant dans mes prises de position, même si je peux me tromper comme tout le monde. Ce blog est le tout premier que j’ai créé et j’en ai créé un autre en juillet 2012 (obambengakosso.unblog.fr) ù je ne fais de cadeau à personne, je dis bien personne, dans la classe politique congolaise.

    Merci.

    O.G

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