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Adieu au père du « Vieux nègre et la médaille »

13 06 2010

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QUI N’A PAS ÉTÉ ÉMU en lisant ce classique de la littérature africaine qu’est Le vieux Nègre et la médaille*? Même un cœur de pierre comme on en compte des centaines de millions sur cette Terre des hommes ne saurait y résister. Oh! bien entendu, je ne parle pas des nazis, des fascistes, des colonisateurs de tous poils, mais des humains. Simplement des humains.

QU’ILS SE DÉFINISSENT COMME HUMANISTES, ou simplement rien du tout, ils ne pourraient rester insensibles à la lecture des aventures de ce vieux Monsieur qu’est le vieux Méka, paysan et catholique fervent, vivant sous la colonisation en Afrique. Ce dernier va apprendre que le grand chef des Blancs, le haut-commissaire soi-même va le décorer. Mais le soir-même de ce fameux jour de décoration, il se retrouve embastillé pour vagabondage et c’est là qu’il prendra conscience des arnaques subies par lui, par son peuple, via ces colons qu’ils prenaient pour ses amis, pour des frères mêmes…

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LE ROMAN EST PARU chez Julliard en 1956, mais je trouve qu’il avait très bien vieilli et quoi qu’en disent certains critiques (c’est leur métier, je n’en suis pas), ce roman est un chef d’oeuvre, rien que pour ça, je redis encore une fois merci à Ferdinand Léopold Oyono qui nous quitte à 80 ans passés. Il est cependant dommage que cet homme se soit vautré avec le temps  dans la fange la plus nauséeuse en demandant la saisie des livres de Mongo Beti, le plus écrivain africain de langue française (à mon avis). La coutume africaine qui veuille qu’on respecte une certaine trêve juste après la mort des gens (soit tant qu’ils ne sont pas mis en terre, soit durant les 40 jours qui suivent sa mort, ou encore tant que le cadavre est chaud, ce qui revient au même), je ne vous cache pas que je n’en veux plus. Cela empêche souvent de dire les choses au moment où on a envie de les dire. Et puis un accident est si vite arrivé: AVC, ACV, accident de circulation, coma éthylique, hémiplégie etc. Non, Oyono, mis à part sa belle plume, je peux le traiter de certains noms ici (je ne les écrirai pas) car il n’a pas par la suite rendu service ni à la littérature africaine, ni au Cameroun, et encore moins à l’Afrique. Mongo Beti a été un cauchemar pour le régime de Ahidjo, le « Petit peul » comme le père de Ville cruelle aimait bien l’appeler. Si bien qu’il fut menacé de mort et resta en exil tant que ce dernier fut au pouvoir. Avec son successeur (choisi par lui-même, c’est dire…), les choses n’iront pas mieux car là non plus, Mongo Beti ne leur laissant pas le temps de respirer, ils vont tout faire, depuis les rives du Wouri, jusque sur les rives de la Seine, pour lui pourrir la vie, au point que le pauvre Mongo Beti, en compagnie de son épouse Odile Töbner, frôleront la ruine dans leur entreprise d’édition. Et Oyono, homme de lettres, ambassadeur et ministre de Biya y participera en  y mettant plus que son grain de sel: du poivre et du piment, tout ça réuni.

BON, LAISSONS SON CADAVRE aller sous terre, le temps nous permettra de pénétrer plus encore le sujet.

Obambé GAKOSSO, June 2010©

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*: Il avait aussi publié Une vie de boy (1970)


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7 réponses à “Adieu au père du « Vieux nègre et la médaille »”

  1. 13 06 2010
    Christian (21:51:07) :

    Le Vieux nègre? C’est du livre, frangin.
    Emotions, tristesse, joie: la colonisation nous a rendus n’importe quoi.
    Paix à son âme et respect pour son œuvre (j’avais lu aussi une vie de boy).

    Je suis un peu gêné au niveau de la charge que tu mets sur lui, concernant son conflit (que j’ignorais) avec Mongo Beti. C’est vrai que chez nous les Bantous, quand un être meurt… Mais à force de te lire, de discuter, de lire K.N. aussi (vous vous ressemblez pas mal, lol!), je me dis que vous avez peut-être raison. Il faut peut-être parler, mais est-ce le bon moment?

    Christian.

  2. 13 06 2010
    Alain (21:55:24) :

    Comme nous tous, je dirai paix à son âme.
    Comme tout le monde, je lui rends hommage car il avait une très belle plume.

    Mais pas comme tout le monde, je me permettrai de lui lancer des flèches: comment un homme de lettres peut demander à ce qu’on retire des livres?
    comment un homme politique peut fuir le débat au point de se lancer dans de telles méthodes?
    Je pleure l’homme de lettres, je me fous du politique. De toutes les façons, vous savez ce que je pense d’eux…

    Alain

  3. 13 06 2010
    B.C. (22:09:25) :

    Oh! le vieux est parti, laissez-le. 80 ans, c’est pas mal. Bambi, je sais que tu aimes Mongo Beti (comme moi), mais sers-nous cette querelle dans quelques mois, moi aussi je suis curieux d’apprendre les détails.

    Vibrons au rythme de la Coupe du monde: la go à la maison est allée acheter une nouvelle télé car elle ne peut plus regarder les programmes à la con avec le mondial.

    Vive le GHANA!!!!!

    Belles photos de footballeurs, mon gars.

    B.C.

  4. 13 06 2010
    Liss (22:32:53) :

    Paix au père du Vieux nègre. A relire, souvenirs de cette lecture trop lointains. Je ne connaissais pas ses démêlés avec Mongo Beti, on en apprend toujours en venant ba côté oyo.

  5. 14 06 2010
    kinzy (13:51:52) :

    Oh my god !
    Tellement de lacunes à combler ! je suis bonne pour un reformatage en profondeur ()
    RIP à lui
    Fos ek tiembé red African People.

  6. 14 06 2010
    K.N. (22:42:18) :

    Dans la vie, il y a parfois des rencontre littéraires qui vous transforme, le vieux nègre et la médaille est le roman qui m’a faite.

    Pauvre Meka, il s’était fait faire une veste coupe zazou pour recevoir sa décoration, ses proches et ses voisins avaient tout quittés pour être présents ce jour là. Lui qui avait tout perdu: ses fils morts pour la mère patrie, ses épouses répudiées pour se conformer à la foi chrétienne, ses terres données gracieusement à la mission catholique pour la construction de l’église, église dans laquelle il s’asseyait dans la poussière comme les autres nègres, pendant la messe, alors que les blancs avaient droit aux sièges. La seule chose qui lui restait, sa dignité, il la perdra le jour de son « sacre », humilié par gosier d’oiseau. Combien de Méka en Afrique Noire coloniale?

    Une vie de boy, je l’ai aussi lu. Réçit très poignant avec tout de même une pointe d’humour. Quand on a écrit ces deux bouquins, on a pas le droit d’aller s’encanailler chez Popaul.
    Qu’il repose en paix.

    K.N.

  7. 17 06 2010
    Christian (16:08:48) :

    J’aimais l’auteur
    Je ne savais pas que l’homme fut un bouffon!

    Christian

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