Tippu Tip ou la revanche du destin contre un esclavagiste

12 04 2010

clipimage001.jpg Kosso

DANS CETTE RUBRIQUE où autrui donne libre cours à son expression, l’internaute Letsaa la Kosso nous offre un court portrait d’un esclavagiste célèbre qui sévit sur la côte orientale de l’Afrique jusque dans les terres congolaises (Congo dit Belge). La 1e fois que j’avais vu le nom de ce sinistre personnage c’était dans un livre où l’auteur le décrivait comme « un bel homme ». J’avais posé le livre et m’étais dit: Comment peut-on parler d’un esclavagiste et parler en même temps de sa beauté supposée? Ne soyez pas étonnés de lire parfois « Tippo Tip », les écritures varient selon les auteurs.

Bonne lecture, Obambé GAKOSSO

tippu.jpgL’esclavagiste Tippu Tip

« LES HOMMES NAISSENT et demeurent libres et égaux en droit. », clame la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée par l’Assemblée Nationale Française en 1789. Tippu Tip de son vrai nom Hamed Bin Mohammed El-Marjebi a semblé l’ignorer lui qui naquit en 1837 sur l’île de Zanzibar, de l’union d’un Arabe et d’une Africaine, bien après l’abolition de l’esclavage: a) à Saint-Domingue en 1793, b) dans les colonies françaises en 1794 (la première abolition car l’esclavage avait été rétabli dans les colonies françaises en 1802 pour être abolie la seconde fois en 1848), c) en Argentine en 1813 et d) dans les colonies britanniques en 1833.

ÂGÉ D’ENVIRON 18 ANS, il entreprend son premier voyage en compagnie de son père. Il deviendra par la suite un redoutable expéditionnaire, collecteur et vendeur d’esclaves et d’ivoire.

SON SURNOM DE TIPPU TIP, il le tiendrait d’un tic de clignotement des yeux qu’il avait.Un clignotement qui l’aidait sans doute à repérer les meilleurs costauds nègres qu’ils achetaient auprès de « ses » parents et sujets ou que ceux-ci lui offraient gracieusement  comme présents, capables d’affronter tout en étant enchaînés, la traversée à pied de la forêt équatoriale de l’État libre du Congo avant d’entamer celle tout autant tumultueuse de l’océan indien avant de finir enfermés dans les caves de la villa du lugubre Tippu Tip à Stone Town, principale ville de l’île de Zanzibar.

C’EST QU’EN PLUS D’ÊTRE UN NÈGRE esclavagiste, servile serviteur des explorateurs, voyageurs et autres esclavagistes arabes et européens, le Tippu Tip était un excellent menteur affabulateur et usurpateur. Ainsi, lorsqu’il arrive à Utetera dans l’État Libre du Congo, le négociant es bois d’ébènes et d’ivoires  se fait passer pour un fils du pays, cousin direct du roi Kassongo Rushie. Voilà ce qu’il raconte dans un de ses récits de voyage: « Nous avons attendu tout l’après-midi, puis arrivèrent quatre Shensis (sauvages, NDT) venant d’Utetera. Ils avaient marché à travers la forêt jusqu’à notre campement… Je leur ai dit: ‘Il y a longtemps, un sultan nommé Rungu Kabaré Kumanbé mena la guerre dans tout le pays, parmi lesquels, entre autres, Utetera. Là il prit en captivité deux femmes: Kina Daramumba et Kitoto, et les ramena chez lui à Urua. C’est là-bas que mon grand-père Habib Bin Bushir el-Wardi, le père de ma mère qui se trouvait aussi à Urua les rencontra et acheta une de ces deux femmes pour en faire sa femme. C’est de cette union que ma mère naquit’. Quand je suis né, ma mère me dit: ‘Dans mon pays où il y a beaucoup d’ivoire, je suis une princesse. Mon frère aîné qui y règne en roi s’appelle Kassongo Rushie Mwana Mapunga. » En apprenant cela de ma mère, j’ai décidé de faire tout ce voyage et de combattre quiconque me barrerait la route, dans l’unique but de revenir chez moi, ici à Utetera, pour voir les parents de ma bien-aimée mère. »*

tombe2.jpgLe momument aux esclaves sur l’ancien Slaves Market

ÉMU JUSQU’AUX TREFONDS de son être, le roi Kassongo quitta volontairement le trône pour le céder à Tippu Tip le lendemain de son arrivée à Utetera. C’est ainsi que l’esclavagiste se déclara sultan de Utetera, un titre qui lui permit d’acquérir gracieusement des bois d’ébènes et de l’ivoire qu’il ramenait sur l’île de Zanzibar où il inaugura le « Slave Market » non loin de son domicile devenu trop exiguë pour contenir le nombre important des Shensis (sauvages, terme d’où est dérivé celui de ‘musendzi’ utilisé encore de nos jours) qui raflait sur le continent.

TIPPU TIP EST MORT EN 1905 (pas si loin que ça!) à Stone Town (la ville de pierre) principale ville de Zanzibar, où se rendent de nos jours des millions de touristes, non pas pour visiter l’ancien emplacement du Slave Market à l’endroit duquel a été érigé une église anglicane, mais pour profiter des plages paradisiaques qu’offre encore cette île esclavagiste.

tombedcharge.jpgDe belles ordures avec au fond sous le feuillage des arbres la tombe de Tippu Tip

QUANT A TIPPU TIP, ses restes croupissent sous une décharge publique d’ordures comme croupissaient hier dans la cave de sa villa de Stone Town, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à leur terre.

Letsaa La Kosso, April 2010©

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*: Texte originel en anglais, traduction de Letsaa La Kosso


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17 réponses à “Tippu Tip ou la revanche du destin contre un esclavagiste”

  1. 12 04 2010
    Black et fier (16:31:30) :

    Bonsoir,

    Je suis de ceux qui pensent que ce genre de mélanges ne peut poser des problèmes aux enfants. Un gars avec du sang noir qui vend des Noirs, j’irai cracher sur sa tombe.

    Black et fier de l’être

  2. 12 04 2010
    Nobody (18:10:50) :

    Bonsoir,
    Il ne mérite pas mieux que de croupir sous une décharge publique.
    Mais n’oublions pas tout les vivants. Tous ces tippu tip de sang nègre qui continuent ce travail commencé depuis des siècles , sous d’autres formes mais qui revient au même.
    L’extermination d’un plus grand nombre …

    Nobody is perfect !

  3. 13 04 2010
    kinzy (01:00:18) :

    Hi Letsaa.
    j’irai cracher sur sa tombe comme (Boris) et Black et fier de l’être avant moi
    Il ne mérite pas mieux, encore moins qu’on fasse un article sur lui..
    Fos

  4. 13 04 2010
    JAC (13:52:14) :

    Thank you very much for this article. I had heard about this man some years ago. He was quite awfull.

  5. 13 04 2010
    hilaire KOUAKOU (15:04:37) :

    bonjour frère, je passais par là ,mais cause du délestage électrique dans mon « beau » pays me fait aller vite de peur d’être surpris par une coupure électrique

  6. 14 04 2010
    Evé (10:30:29) :

    Et ce Tippo Tip a aussi escorté les « explorateurs » français dans la région : cf Trivier : La Gironde en Afrique. Bon à savoir pour ceux qui font des recherches sur la Traite, l’homme a écrit son auto-biographie en kiswahili.

  7. 14 04 2010
    idem (12:02:28) :

    Sa tombe est parmi les ordures ? Comme on dit : « Chaque acte te revient à la figure tel un boomerang » !

  8. 16 04 2010
    Molekinzela (00:40:40) :

    Tiens!
    J’avais jusque-là cru que le terme « Musendzi » venait de l’expression française : »Mon singe » qui voudrait signifier « sauvage » en lingala.
    Par ailleurs, le terme « Tipo tipo » utilisé en lingala ne viendrait-il pas de la dénomination de ce sinistre personnage?

    Enfin, il y a quelques années, j’ai appris en suivant une conférence donnée par un historien antillais que Toussaint Louverture avait lui aussi ses propres esclaves. Cela était parati-il, normal pour les gens de son époque, même si ça peut choquer de nos jours.

  9. 16 04 2010
    Letsaa La Kosso (08:26:42) :

    En effet, Bambi, voilà peut-être une occasion de nous parler de la différence entre les esclaves dits « de maison » comme ceux que ton grand-père ou Toussaint Louverture possédaient et les esclaves « de traite »!
    Bien le salut.

  10. 17 04 2010
    Obambé GAKOSSO (06:50:52) :

    @ Black & Fier de l’être,

    Salut et bienvenu dans le coin. « Le Nègre est le 1e ennemi du Nègre », je ne cesse de le dire tous les jours.

    @ Nobody,

    Tu as raison, ne les oublions pas, ces autres. Ils sont là, avec nous, parmi nous et en nous-mêmes car sans le savoir parfois, nous sommes des Tippo Tip en puissance.

    @ Kindy,

    Un beau crachat, immortalisé par une belle photo que je mettrai sur mon blog, inch’Allah !
    Par contre, je pense en effet qu’il faut en parler de ce genre d’horribles personnages. L’Histoire doit être dite.

    @ JAC,

    Hi guy (or not guy, :) ) welcome in our village, your village. Tippo Tip wasn’t only awful. We must create another words, most strong for qualifying him.

    @ Hiler,

    Une question que je te poserai en interview, mais elle me trotte tellement tous les jours: quand ta fraise est en train d’agir et qu’il y a un délestage:
    a) tu hurles ;
    b) tu cries ;
    c) tu pleures.

    Courage bro, ne baisse pas les bras, toi qui au contraire de nous a eu le courage et la bravoure d’aller combattre la bête dans son antre.

    @ Evé,

    C’est bien le même en effet. Il est cité dans plusieurs livres. Même si je n’encourage pas tout le monde à acheter son autobio, elle vaut la peine d’être lue, je suppose (je ne lis pas le swahili, hélas !)

    @ Idem,

    Tu l’as dit, Bouffi ! Entre ordures, ils ont plein de choses à se dire.

    @ Molekinzela,

    Tiens, intéressant ce que tu nous apprends là. Mais je dirais que cela ne m’étonnerait guère car ces périodes là soit elles sont tellement embellies qu’il y a trop de sucres et de miel dessus (par nous) soit elles sont complètement assombries (par nos ennemis). Ça vaut le coup de s’y pencher. Si tu pouvais te souvenir du nom de ce conférencier, je me chargerai de chercher et d’apporter, si possible, des bribes là-dessus dans ce coin.

    @ LLK,

    Entendu.

    @+, O.G.

  11. 21 04 2010
    Molekinzela (08:48:33) :

    Ndéko na ngaï

    En ce qui concerne Toussaint Louverture et ses esclaves, je l’ai appris au cours de l’une des conférences tenues par le jeune historien guadeloupéen Frédérique Régent qui officie à l’Université des Antilles et de la Guyane.
    Ces conférences avaient été organisées, l’une par l’Unesco et l’autre par le Sénat il y a deux ou trois ans.
    Il y avait d’autres historiens et l’information avait été donnée lors des débats avec le public (pas forcément par Mr Régent mais peut-être par un autre intervenant).
    Néanmoins, Frédérique Régent doit très bien connaître la question puisque cette période constitue son champs de recherches.
    Mr Régent a écrit deux ouvrages:
    - La France et ses esclaves; de la colonisation aux abolitions (1620-1848) 2007 Grasset.
    - Esclave, métissage, liberté; la Révolution Française en Guadeloupe (1789-1802) Grasset, Paris, 2004.
    Frédérique Régent est un mec chaleureux et passionné par l’histoire de l’esclavage et de la colonisation.
    Si tu le contactes par le biais de son éditeur, il se fera un plaisir de t’éclairer sur la question.

  12. 21 04 2010
    Molekinzela (09:13:35) :

    Ndéko na ngaÏ,

    Avec quelques chances, tu peuxréussir à contacter Frédéric Régent par l’un des courriels ci-après:
    frederic.regent@univ-ag.fr ou frederic.regent@univ.ag.fr

    regentfrederic@wanadoo.fr

    A bientôt

  13. 21 04 2010
    K.N. (11:57:33) :

    Ce genre de récit a l’avantage, bien que circonscrit à un lieu et à un époque, de nous fournir un aperçu de la manière dont le trafic de bois d’ébène s’est mis en place et s’est poursuivi parfois bien loin des supputations de certains experts et autres spécialistes auto proclamés.
    Merci Letsaa La Kosso.

    K.N.

  14. 23 04 2010
    Obambé GAKOSSO (11:43:32) :

    Ndeko na ngaï,

    Losako mingi na yo mpona biloko oyo.
    Na ko komela ye.

    To komi obe boongo.

    Wa yo meyi, Obambé

  15. 26 02 2012
    Mère Evé (18:04:07) :

    Salut les amis, je suis en train de faire des recherches sur Tippo Tip pour un de mes cours à la Fac, j’ai trouvé son autobiographie, traduite en français, et des critiques de celle-ci, des témoignages de ceux qui l’ont rencontré, il avait même été nommé gouverneur du Maniema par Léopold II à la demande de Stanley, les « explorateurs » avaient compris qu’il était incontournable dans leur entreprise, et l’ont destitué dès qu’ils ont pu se passer de lui, son fils a continué ses ravages. Tippo Tip était métis par ses 2 parents, son père et sa mère, comme c’est le cas de nombreuses personnes dans cette zone de l’est de l’Afrique, son intérêt n’était qu’économique, commerçant d’ivoire essentiellement, les esclaves étaient destinés au transport de marchandises et à la culture du clou de girofle à Zanzibar principalement. Il se déclarait plus « humain » que les Européens qui le condamnaient – mais par ailleurs, la Traite étant abolie, continuaient leurs ravages avec des esclaves dont ils avaient simplement changé la dénomination en « engagés »…

  16. 22 11 2014
    Said Charif (03:28:22) :

    Ya Beaucoup de mensonge sur tippu tip je suis descendan de c’est famille arabe installé sur la cote swahili( zanzibar lamu les comores monbassa kilwa etc) je suis d’origine arabe du yemen par mon pere est d’oman par ma mére tout les arabe n’etait pas esclavagiste et beaucoup etait la aussi pour propager la religions musulmane sur cette partie. Tippu tip etait trop puissant et les sultan de zanzibar se mefier de lui il craigner qu’il crer son propre etat au congo rival de zanzibar

  17. 18 06 2017
    Bocoulaka (11:10:13) :

    Quande je vois l’itinéraire de tipo tipo je ne peux m empêcher de penser à Joseph KABILA. L’histoire se répète.
    Si un jour j’allais à zanzibar je ne manquerai pas de pisser sur sa tombe.

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