Horreurs de la santé, au Congo, en 2010

26 02 2010

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JE VOUS RASSURE TOUT DE SUITE: ce n’est pas une photo de ce dont je vais vous parler car ce n’était pas possible de la faire tout simplement. Mais si vous n’êtes pas encore passés à table, je vous recommande de lire mon billet plutôt entre votre repas de midi et celui du soir. Car ce n’est pas reluisant. Je ne vous apporte pas de bonnes nouvelles en provenance du pays, mais très inquiétantes qui montrent encore une fois le niveau de profondeur abyssale que notre pays atteint.

DANS LES PAYS SÉRIEUX, la santé est avec l’éducation, un secteur tellement prioritaire que les acteurs de ce domaine sont souvent surveillés à la loupe. Mais au Congo, il y  belle lurette que les différents dirigeants du pays ont démissionné du secteur de la santé. Et à ce niveau, tous autant qu’ils sont, ils sont condamnables et devraient passer devant le tribunal de l’Histoire pour haute trahison.

C’EST L’HISTOIRE D’UNE SOEUR qui a   subi une intervention chirurgicale au sein de ce que nous appelons encore malheureusement « Centre hospitalier universitaire », le plus grand hôpital du pays, censé aussi être le lieu même de l’excellence de la santé. Elle arrive donc au 3e étage du bâtiment où elle doit être hospitalisée et s’assoit sur un banc que lui proposent les infirmières. Son père se dirige alors vers la chambre qui est dédiée à sa fille. A peine est-il entré qu’il sort de là en courant. La fille ne comprend rien. Le pauvre va chercher de l’air car le spectacle qu’il a vu de l’autre côté est innommable. Le personnel de l’hôpital explique que la chambre va être nettoyée incessamment. A la fin du « nettoyage », la mère et les soeurs de ma malade se dirigent vers la chambre. Elles manquent à leur tour de vomir. C’est ça votre serpillère? demande la maman de la malade en désignant un tissu aussi noir que le charbon. Oui, répondent les filles de l’hôpital. Les filles disent beau avoir « nettoyé », c’est invivable. Les parentes de la malade font alors acheter tout ce qu’il faut pour rendre une chambre acceptable: désinfectants, serpillères, seaux etc. Il faut dire que dans cette chambre, même après le nettoyage des filles de l’hôpital, il y a encore des toiles d’araignée, des odeurs insupportables etc. Notre soeur finit par entrer dans la chambre et quelle n’est pas sa surprise de constater que la vitre de la fenêtre est cassée. Quand elle va aux toilettes, même scénario: seules les odeurs grâce au nettoyage de ses mamans sont parties. Pour le reste, c’est inutilisable: la lunette est cassée etc. Les mamans rachètent du nécessaire pour les toilettes aussi. La chambre coûte 15.000 francs/jour. Pour 6 jours, cela nous donne 90.000! Payer cette somme pour ça, on vit où? Notre malade est passée devant les toilettes des infirmières: im-mon-de!!! Question: comment le personnel de santé, qui devrait savoir mieux que nous tous réunis l’importance de l’hygiène, peut travailler dans de telles conditions? On parle de développement, d’avenir, de progrès etc., avec un système de santé aussi bancal?

DIEU MERCI, L’OPÉRATION SE DÉROULE TRÈS bien et c’est avec une grande joie qu’elle est sortie de cet établissement, pour regagner son logis. On me dira que je crie dans le désert et que ma voix ne peut être entendue puisque moi-même je le dis sur cet espace que ces gens qui se sont arrogés le droit de nous diriger (élus ou pas élus, peu importe) montent à Paris, à Barcelona, à Milano pour le moindre rhume, pour la moindre piqûre de mouche. En effet, quels soucis vont-ils avoir pour notre santé à nous, pour celle de nos parents restés là-bas, en train de subir tous ces malheurs? Vrai de vrai, je ne peux dire le contraire. Mais tout de même je vais poser ici une question qui me taraude souvent l’esprit: dans le lot de tous ces gens, en faisant cette hiérarchie Président de la République (DSN)=>Coordonnateur du pôle socio-culturel (Florent Ntsiba)=>Ministère de la Santé et de la Population (Georges Moyen)=>DG du CHU (Ignace Ngakala) et tous les chefs de service de ce dernier, personne, je dis bien personne parmi tous ces mâles n’a:

  • Un parent proche qui se fait soigner dans cet hôpital?
  • Un parent éloigné qui se fait soigner dans cet hôpital?
  • Un ami (copain, camarade) qui se fait soigner au CHU?
  • Une maîtresse, même un 10e bureau qui s’y fasse soigner?

JE NE SAIS PAS, JE N’AI PAS de réponses précises à mes interrogations, mais je me souviens tout de même que du temps de Lissouba, lui-même avait arpenté les escaliers de ce mouroir pour aller rendre visite à son oncle Momboqui y subissait des soins. L’ascenseur était en panne. Tout le Congo en avait parlé, mais rien n’avait été fait par la suite. Près de 20 ans après, on déplore les mêmes choses, pourtant le CHU bénéficie d’un de fonctionnement extraordinaire (en 2005, un frère qui y avait travaillé me parlait de 7 milliards de francs CFA), alors que les patients paient de leurs propres poches leurs médicaments. On peut être voleur, égoïste, incompétent et même indifférent à la souffrance humaine, mais l’on se doit tout de même d’avoir des limites.

TENEZ, ON VA ENCORE ME DIRE QUE j’en fais trop, mais tant pis! La République sud-africaine annoncé récemment avoir arraisonné un navire nord-coréen transportant des armes pour le… Congo-Mfoa. Je ne connais pas la valeur marchande de ces engins de mort et je ne nie pas le droit à cet embryon d’État que nous avons de s’approvisionner en armes, puisque, jusqu’à preuve du contraire, notre industrie se limite au pétrole. Mais question toute simple: pourquoi ne pas entretenir comme il se doit les quelques hôpitaux que nous avons? Pour en savoir plus: http://www.africa-times-news.com/2010/02/afrique-du-sud-des-armes-en-provenance-de-la-coree-du-nord-saisies/

Obambé GAKOSSO, February 2010©


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12 réponses à “Horreurs de la santé, au Congo, en 2010”

  1. 26 02 2010
    kinzy (21:44:38) :

    Tout simplement hallucinant !!
    Si l’état se désintéresse de ce secteur pourquoi encore compter sur l’état pour améliorer la situation ?
    c’est quand même honteux pour un homme d’état d’aller ailleurs se faire soigner alors qu’il pourrait faire confiance à ses pairs
    si ces messieurs peuvent se barrer et se la couler douce dans les hôpitaux chics aux frais de l’état ,il m’est d’avis que ces hommes n’ont aucune dignité envers eux mêmes .
    Ce n’est honteux de se voir toujours traîter de loqueteux et pavaner à en aimer çà ?
    Moi en tout cas ,j’ai honte pour ces dirigeants d’Afrique.
    fos

    Kinzy

  2. 28 02 2010
    Kaké (14:44:38) :

    Bambi,

    Pourquoi tu ne dis pas tout?
    Donnes-nous les noms des gens en question: le médecin, ta soeur en question, on veut tout savoir.
    Mwasi yango a za likango na yo té? Bino ba Bantous bo lingi basi lokola ko kufa.

    Kinzy,

    Ce serait bien qu’un jour tu fasses un tour au Congo. Ce que Bambi décrit sur son blog n’est rien, par moments même je trouve qu’il est gentil. Quand je vois qu’à mon âge (par coquetterie, je ne le donne pas), je suis obligé de travailler ici, en Europe, en train d’enrichir l’Europe, alors que le pays crève… Nos aînés nous ont mentis, ils nous ont trahis. Bambi, un jour il faudrait que tu aies le courage de demander la pendaison publique de tous les cinquantenaires du Congo, tous!!! Je sais que tu peux le faire, vas-y! Je te réserverai 140 vierges au Paradis de l’amour.

    Kaké

  3. 28 02 2010
    Alain (18:11:30) :

    Bambi,

    Avec cette histoire-là j’ai peur! Les Western que j’envoie au pays pour les kamoukés, ça va finir comment? Bon, l’essentiel est là, la soeur est sauvée, si son mari ne veut plus d’elle, tu me mets en contact, je suis puni en ce moment par Mme, elle dort avec un jogging!

    Alain

  4. 28 02 2010
    Isma (20:37:23) :

    Alain!
    Tu n’attends que les femmes abondonnées par leurs maris au congo alors qu’il y a beaucoup d’IBOUANGA(ivoiriennes) et des camerounaises qui trainent en france, hein??

  5. 28 02 2010
    Isma (20:41:20) :

    Un autre conseil Alain, si tu as un CDI(contrat du mariage) avec ta femme, il serait mieux que tu aies toujours des interimaires alias MAKANGO qui peuvent de temps en temps te venir en aide si ta femme fait des caprices. Cela t’éviterait aussi de trop te chamailler avec ta femme si elle estime qu’elle doit pendant quelques jours dormir en jogging comme tu le dis.

  6. 28 02 2010
    K.N. (21:09:37) :

    Le CHU. Je pourrais écrire des chapitres entiers au sujet de ce qui m’a été conté et ce dont j’ai été moi même témoin dans cet hôpital. C’est triste à dire mais cette sœur avait au moins la chance d’être dans une chambre individuelle (si j’ai compris) car certains patients sont parfois obligés de partager les lits, d’autres n’en ont tout simplement pas.

    Un ami de mes parents hospitalisé d’urgence avait dû faire commander un matelas au marché de poto poto parce que le CHU ne lui en fournissait pas.Il y est d’ailleurs décédé.
    Une ainée à moi hospitalisée avec son nouveau né prématuré avait dû acheter elle même un matelas pour son bébé car ceux de l’hôpital était infesté de cafard, sa petite fille n’a pas survécu non plus.

    Quant à l’accès aux douches et toilette, ah ba ndéko, heureusement que la nature fait bien les choses. Le climat congolais permet à la mauvaise herbe de pousser partout car c’est dans « la savane » qui bourde notre CHU que les malades et leurs familles vont faire leur besoin. En logeant le CHU du coté de l’OCH, on peut apercevoir des patients ou des gardes malade y faire leur toilette.
    Lors de mes pérégrinations sur le web congolais, j’étais tombée sur article qui disait que le directeur de cette structure avait offert du matériel au service restauration de cet hôpital, d’une valeur de plusieurs millions, sur fond propre précisait le journaliste. Quel est ce pays où personne ne s’interroge sur l’origine des fonds en question? Quel est ce pays ou un directeur d’hôpital devenu en vérité mouroir n’est ni inquiété, ni muté, ni dérangé, ni interrogé avec tout ce qui s’y passe? C’est le Congo, pays de paradoxe.

    Bien à tous.

    K.N.

  7. 1 03 2010
    Alain (08:49:30) :

    Isma,

    Je dois courir, dès que j’ai l’occasion je vais te répondre.
    Tu es quelqu’un de bien, mais il y a des choses que je dois t’expliquer.

    Alain

  8. 1 03 2010
    Alain (13:09:35) :

    Isma,

    Tu sais, je ne suis pas comme Obambé qui est ouvert, prêt à faire ami-ami avec tout le monde. Je suis trop attaché aux femmes du Congo. Je veux bien des Ibouanga comme tu les appells, mais imagine qu’elle reste avec ma grossesse et qu’elle se barre un jour avec ma progéniture, je fais comment? Au moins, la Congolaise, si elle reste en France, avec ma carte de 10 ans , je peux circuler et aller voir mon sang; si elle fuit au Congo, no soucy, je la trouverai, même si elle cache dans la grotte de Taa Matsoua. Tu me comprends. Demande à Obambé, il va te raconter l’histoire de ce médecin américain qui s’est retrouvé papa alors que lui et sa maîtresse n’avaient fait que… Bon, Bambi va me censurer si je reprends cette histoire ici!

    Avec ma femme, on ne se chamaille pas: dès qu’elle voit que je déconne, elle ferme tout, je suis coincé et c’est la coagulation qui va me tuer.

    Alain

  9. 6 03 2010
    Obambé GAKOSSO (05:16:10) :

    @ Kaké,

    Tu veux des noms ? Sois patient, tu les auras. Va dans un temps shintoïste, médite, et tu verras les noms défiler devant toi…

    @ Isma,

    Je ne connaissais pas ce terme « Ibouanga ». Certes, c’est un nom de famille au Congo et au Gabon, mais là, je suis perdu… Serait-ce les Congolais qui ont affublé ces filles de ce surnom ? Les porteurs de ce nom ne doivent pas trop apprécier…

    @ K.N.,

    En effet, comme tu dis, il y a pire dans ce CHU et cette sœur dont je parle a la chance d’être seule dans sa chambre. Une de mes mamans me décrivait l’an dernier comment une femme qui venait à peine d’accoucher « tuera » son bébé car elle s’était endormie sur elle, dans une chambre saturée où certains patients étaient même à deux dans le même lit ! En plein 21e siècle.
    Plein de témoignages sérieux et crédibles me rapportent tout le temps les cas de ces malades qui descendent AVEC LEURS PERFUSIONS LES 5 ETAGES POUR ALLER FAIRE LEURS BESOINS DANS LA NATURE !

    Oui, un pays où les DG, PDG, ministres et Cie font des dons de ce genre est en voie de disparition : c’est un asile géant qu’il faudrait pour nous soigner tous : spectateurs incrédules de ce macabre drame ; acteurs cruels de ces mises en scène.

    Triste est mon pays.

    O.G.

  10. 6 03 2010
    Mosakoli (07:02:47) :

    Ah Bambino,
    Que veux-tu que je te dise de plus? Je viens de perdre mon beau frère, les obsèques ont eu lieu hier à Brazza. Il était Pasteur à l’Eglise protetante du congo, il est tombé le vendredi d’il y a deux semaines, on l’a conduit d’urgence au chtu de Brazza, il y est resté jusqu’au lundi d’après, sans soins parce qu’il n’y avait pas de médecins, ils arrivent le lundi, ils vont le transferer aux soins intensifs alors qu’il avait fait un avc et une hémoragie, je crois que c’était tard, il est mort le vendrdi qui suivait, quand j’imagine le « chemin d’avenir », avec tout ça, il y a de quoi se poser des questions.
    No comment!
    Mboté, Mosakoli!!!

  11. 6 03 2010
    Obambé GAKOSSO (07:22:17) :

    Mosakoli,

    Laka hein, mo sere sah mbowa wo?

    Mes condoléances suite à ce decès. C’est triste et pathétique en même temps.

    @+, O.G.

  12. 8 03 2010
    Mosakoli (18:10:43) :

    Allô Bambi,
    Mr glucosé a fait fort, après avoir inauguré l’usine promise à sa fille chérie, il a débaptisé l’avenue du port (Mpilla) en avenue edith lucie, et on attend la fête dans quelques jours lol.
    A bientôt!

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