Il y a 7 ans, s’en allait Nina Simone

21 02 2010

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DANS LA PANOPLIE DES CHANTEUSES africaines-américaines que j’ai le plus aimées, appréciées, admirées, écoutées, qui m’ont fait danser, je ne sais pas quel rang lui accorder derrière celle qui pour moi est, demeure et restera à jamais la number one, Ella Fitzgerald, l’indéboulonnable. On a chacun de nous comme cela son Panthéon dans tous les domaines possibles. Après donc la super diva Ella, il y a une belle mêlée où l’on trouve celle dont on célèbre ce week-end, cette semaine le 77e anniversaire de la naissance: Nina Simone.

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NEE EUNICE KATHLEEN WAYMON en Caroline du Nord (Est des USA) en a cassé des codes dans sa vie. Elle doit son « Nina » à un amant latino-américain qui l’appelait Niña (petite fille en espagnol), dans une Amérique où, il faut bien le dire, ce genre d’assortiments au niveau des couples était du plus mauvais effet. J’ai encore en mémoire ce gars des Black Power qui dira à son Frère qui sortait avec une Caucasienne: La femme blanche contrôle ton sexe, l’homme blanc contrôle ton cerveau. Pendant que de nombreuses familles de Nègres, pauvres, triment dans les boulots les plus sordides pour se mettre quelques pommes de terre dans les assiettes, entre des cultes protestants chaque dimanche, elle bosse durement le piano, 3 heures/jour, puis 7, aidée en cela par une… Caucasienne, en la personne de Muriel Massinovitch qui crée un fonds pour aider cette enfant dont le talent ne fait aucun doute. A l’âge de 10 ans, elle donne son 1 e concert public. Un couple de Blancs, assis au 1e rang demande à partir. Ne comprenant pas pourquoi, la très jeune artiste va voir le couple et le convainc de rester! Quel cran! Du 03/07 au 11/08/1950, elle sera la seule Négresse de la promotion de la Juilliard School de NY où elle se prépara pour être admise en formation du Curtis Intitute de Philadelphie*. Je me souviens de cet article que lui consacrait il y a quelques années, pour le compte de Jeune Afrique, le journaliste Francis Kpatindé: la dame n’était pas commode du tout! Fumant comme un pompier, capable de coups de colères imprévisibles et intempestifs.

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COTE INTIME NOTRE DIVA s’est mariée 2 fois. En 1958 avec Don Ross pour divorcer en 1958. Ne dit-on pas que le 1e mariage est souvent une erreur? Remariage avec un ancien flic, Stroud, Devenu son manager par la suite. Ils auront une fille, Lisa Celeste Stroud, elle même devenue artiste. Elle était la 6e d’une fratrie de 8. La crise de 1929 fait basculer sa famille de l’aisance vers la pauvreté, avec une mère devenue femme de ménage et un père obligé d’accepter les jobs les plus ingrats. Malgré tout, la petite Eunice réussira à s’en sortir, à abattre toutes les montagnes se présentant devant elle. Elle aura goûté à tellement de goûts et de courants musicaux que la réduire au jazz est vraiment prendre un raccourci face auquel j’ai pas mal de réserves: jazz, soul, folk, gospel, R&B et blues, elle a fait tout cela. Et encore, au niveau du jazz, on peut même y trouver des déclinaisons dans lesquelles elle s’est brillamment illustrée. La diva à la voix grave, androgyne, qui en a fait frémir plus d’un et plus d’une était une artiste qusi complète. Non contente de chanter de façon superbe, elle était une pianiste hors pair. Entrée en septembre 1945 au Lycée Allen (à moins de 100 km de sa ville natale, Tyron), elle sortira de là en 1950 tout simplement major de sa promotion! A 17 ans… Elle écrivait ses propres chansons. Elle était également arrangeuse. Bref! une artiste comme on rêve d’en avoir à portée d’yeux et de mains.

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BEAUCOUP SE SONT SOUVENT demandés pourquoi elle avait rendu l’âme en France, à Cary-le-Rouet (pas loin de Marseille). Les choses sont simples avec cette dame qui ne faisait jamais dans la demi-mesure. Exaspérée par le racisme régnant en maître incontesté dans son pays, et, après son divorce d’avec le père de sa fille, elle se met à sillonner à partir de 1974 la Barbade, le Liberia, la Suisse, Trinitad-and-Tobago, les Pays-Bas, la Belgique, la Grande Bretagne. Elle vivra 4 ans au Liberia et s’installera dans le sud de la France en 1994.

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ON EN CONNU DES ARTISTES QUI, un beau jour se sont retrouvés avec les poches percées, bien qu’ayant engrangé des millions de dollars US de revenus. Cela a aussi été son cas en revenant de la Barbade, avec sa gamine de 12 ans dans les bras! Pire, le gouvernement fédéral la fera même arrêtée brièvement car elle avait refusé de payer ses impôts. La raison? L’engagement de son pays dans la guerre au Viet-Nam. Car, il faut le faut dire, Nina, ce n’était pas qu’une très belle et ravissante femme sachant chanter, jouer et composer, mais c’était aussi une femme très engagée. Une activiste de la 1e heure qui savait en son for intérieur que sa réussite (ainsi que celle d’autres Niggers) n’était autre que l’arbre qui cachait la forêt de la souffrance, des injustices, des réprimandes et de toutes les humiliations que subissaient les Nègres des USA dans ces années terribles. Pire encore avec l’arrivée d’un réactionnaire comme Dick Nixon aux affaires. Nina n’était pas de la race qui dit: J’ai réussi, je me fous des autres! Non, loin de là. Elle a apporté sa cause à l’édification de la concience black aux USA. Dans la ligne droite tracée par les pères fondateurs (Garvey, Nat Turner, W. DuBois…) elle avait compris qu’il fallait se battre, qu’il fallait apporter son caillou et sa salive dans l’édification non seulement de cette conscience noire, mais en plus l’égalité des droits. Nkrumah l’a dit il y a bien longtemps: il ne pouvait considérer le Ghana comme indépendant si d’autres pays d’Afrique ne l’étaient point. Mandela aussi, pour qui sa liberté était consubstantielle à celle de son peuple. Nina Simone faisait partie de cette race des gens qui avaient compris: sa célébrité, son bagout, son talent pouvaient être plus utiles encore à des dizaines de millions de ses compatriotes subissant toutes sortes de privations: interdictions d’unions avec les Leucodermes, interdictions d’accès à certains métiers, le KKK etc. Elle militera au sein d’un mouvement qui sera sans doute le plus emblématique des Nègres aux USA: le Black Power. Des gens qui avaient compris que la liberté s’arrachaient, et qu’elle ne devait tomber d’aucun ciel, fut-il celui du Démocratic Party. Des gens qui avaient compris qu’il ne suffisait pas de ne plus avoir des fers aux pieds pour dire que l’esclavage était fini.

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JE VAIS LAISSER LE SOIN à LLK, la 1e à nous avoir parlé de Nina Simone ici de nous en dire, sur sa « rencontre » pourquoi pas avec elle. Je terminerai par deux cadeaux pour vous tous. S’il y a un album que je vous recommanderai, c’est celui-ci: Tell it like it is. Un bijou d’une heure 51 minutes qui fait le plus grand bien, je vous assure, si vous voulez faire un bon voyage, dans un moment de blues ou de mélancolie. Ou même de joie, why not? Elle a fait tellement d’albums, la Dame, impossible de les listes ici. J’ai acheté un livre sur sa vie, intitulé sobrement: Nina Simone: une vie, par David Brun-Lambert. Je l’ai acheté mais pas encore lu.

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Obambé GAKOSSO, February 2010©

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*: La 1e est une grande école de NY qui accueille 800 élèves/an. La 2e est aussi un institut de musique situé par contre à Philadelphie.


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6 réponses à “Il y a 7 ans, s’en allait Nina Simone”

  1. 21 02 2010
    B.C. (18:22:31) :

    Bambi,

    Excellent choix. Je ne m’y connais pas trop en soul music, mais je peux te dire sue cette dame, cette mama, je l’ai dans la peau, avec Whitney Houston (tu vas te foutre de ma gueule, mais j’ai l’habitude…, lol); je vais acheter cet album que tu recommandes, tu touches des commissions dessus? Qu’en est-il de la rumeur selon laquelle elle serait morte dans les bras d’un jeune Africain qui a grandi à Ouenzè? Il tiendrait même un blog très politique?

    B.C.

  2. 21 02 2010
    Letsaa la Kosso (22:17:32) :

    Bambi,
    Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Nina Simone en vrai, sauf dans mon imagination! Mais je peux bien, en me basant sur l’imaginaire narrer comment j’ai rencontré la Grande Dame sur les Champs Elysées, un soir d’hiver.
    Bien le salut.

  3. 21 02 2010
    kinzy (22:25:12) :

    Hi obambé ,
    souvenirs , souvenirs
    http://www.youtube.com/watch?v=OzQkX-IZDbQ
    Nina est la meilleur interprète de cette chanson ,
    et que dire de l’orchestration : magistrale tout simplement
    J »adore !!!

  4. 22 02 2010
    Mougo (10:47:18) :

    Bambi,

    Je ne connaissais pas cette dame, et pour cause… j’évolue plutôt dans le monde du ndombolo et du coupé-décalé. Mais comme j’ai une très grande conscience, quand je lis certaines choses, je suis fasciné et content d’apprendre qu’elle a milité pour la cause des Noirs, que tu appelles Nègres.

    Bravo à elle et très bon anniversaire.

    Si je comprends bien, elle est morte célibataire, c’est ça? C’est triste, une femme doit avoir un homme dans sa vie, aussi vieille soit-elle.
    Mougo

  5. 22 02 2010
    Obambé GAKOSSO (13:10:16) :

    @ B.C.,

    Mais non, pourquoi me foutre de toi ? Whitney n’a certes pas, à mon goût, le talent de sa très glorieuse aînée, mais on peut en extraire du bon et même de la bonne (Cf. drogue, lol !) Sinon, comment il va ton beau-frère Bobby Brown ?
    « Qu’en est-il de la rumeur selon laquelle elle serait morte dans les bras d’un jeune Africain qui a grandi à Ouenzè? Il tiendrait même un blog très politique? » Non, qui m’a balancé, qui, mais qui ? Comment ils disent déjà les bruiteurs des temps modernes appelés chanteurs? … Ah! voilà: « Kipé ya yo! »

    @ LLK,

    « Mais je peux bien, en me basant sur l’imaginaire narrer comment j’ai rencontré la Grande Dame sur les Champs Elysées, un soir d’hiver. » La balle est dans ton camp, très chère !

    @ Kinzy,

    Oui, c’est l’une des plus interprétations que j’aie entendues. Merci pour cette vidéo.

    @ Mougo,

    Tu as fini de manger ta racine (lol !)
    A sa mort, en effet, je ne pense qu’elle fut mariée. Mais bon, tu sais, ce n’est pas un passage obligé. La Sœur Yengo Brigitte n’était pas mariée, que je sache. Elle n’en était pas malheureuse pour autant… Ni Mère Thérésa, ni Sœur Emmanuelle.

    @+, O.G.

  6. 23 02 2010
    idem (17:11:39) :

    Que ça fait du bien d’entendre cette chanson (la plus connue ?) que j’adore !!! Merci de l’avoir mise en complément de ce très bel hommage que tu as écrit pour cette grande dame que fut Nina Simone.
    Je ne savais pas qu’elle fut activiste ; son honneur n’en est que plus grandi encore.
    « Tell it like it is » ? Si je traduis à peu près, ça veut dire « dis-le comme c’est », un titre évocateur qui me fait penser tout simplement que dire les choses comme elles sont, ou comme on les ressent, c’est dire la vérité, c’est parler, échanger, véhiculer les choses et les états de faits, et ça a son importance si on veut que les choses évoluent.
    Et je pense que, hormis son immense talent d’artiste, elle a largement contribué en la matière, tout comme les grandes figures dont les noms me sont désormais familiers.

    Merci de nous en apprendre encore et encore, Bambi.

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