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Mfoa, juillet-août 2009, état des lieux. Entre abrutissements et réalités,il y a une marge

13 08 2009

En ce jour très ensoleillé (en tout cas, en Haute Garonne),

Je vous fais la livraison d’un compte-rendu du voyage d’un Frère, en provenance du pays de Marien et du Chemin du passé. Durant son séjour, je l’ai eu 3 fois au téléphone et le tableau du pays qu’il me faisait était apocalyptique, au point que j’avais envie d’écrire dessus, de « témoigner »par personne interposée. Mais faute de temps…

Dame Nature merci, lest rentré et a porté sur un site Internet ami (http://congopage.com/forums/viewtopic.php?f=1&t=11404). Savourez-le, lisez-le, pensez à notre Congo comme il vous semblera (pour les Congolais), pensez à cette Afrique que nous voulons construire autrement (pour les Africains). Quant aux autres, appréciez simplement ce qui se passe dans cette ville, notre ville capitale. Ça fait froid. Et pas que dans le dos !

Salut la Famille,

Juste vous annoncer mon retour, après un voyage familial d’1 mois au Congo, du 8 juillet au 9 aout 2009. J’ai donc passé la journée du 12 juillet au pays des ancêtres, journée de la honte !

Pour la première fois, il me manque des mots pour décrire ce séjour.
En bref, au-delà de la chaleur humaine dont l’Afrique a le secret, le Congo est devenu la caractéristique la plus absolue d’une société en décadence.

Pays le plus sale de la planète, de Pointe-Noire à Brazzaville, c’est le même spectacle de la saleté où cohabitent détritus et aliments de base dans les marchés, et détritus et habitations dans les quartiers ; aucune canalisation n’existe ou ne fonctionne, le Congolais rumine, ravale ses propres détritus et ses immondices avec le lot de bactéries et autres virus qui l’assaillent sans la moindre possibilité des soins dignes de ce nom. Les habitants de Moungali du secteur se situant en contre-bas de l’Hôpital Général ont vu leurs habitations inondées par des eaux venant de la morgue municipale de Brazzaville. On dit que ce spectacle est de longue date, ce qui n’a jamais dérangé le sommeil des autorités de ce pays pétrolier. Dans le quartier Louandjili à Pointe-Noire, les habitants du quartier subissent le même calvaire avec la stagnation des eaux de la morgue de l’hôpital de Louandjili dont la puanteur est suffocante et sans doute toxique. Là aussi, on me signale que c’est de longue date sans que le sommeil d’une autorité de la ville pétrolière ne soit dérangé.

La Civilisation de la mort

Le bâtisseur dit infatigable, j’aurais mieux dit le destructeur infatigable s’attèle à bâtir une civilisation de la mort en lieu et place de la civilisation de la vie, car comment comprendre que le lieu dont la mission est d’éviter la mort sinon de la repousser, qu’est le CHU avec ce qui lui reste d’un dispensaire de campagne abandonné, est devenu le mouroir des congolais alors que la morgue ressemble a un hôtel ? Certes, il faut traiter les morts avec le plus grand soin, ne serait-il pas judicieux de commencer par défendre la vie c’est à dire sauver les malades ?

Durant ce séjour, j’ai été assisté à 4 places mortuaires des connaissances plus ou moins directes. L’industrie de la mort est très rentable dans le Congo de Sassou. Itatolo, le cimetière municipal est rempli, plus d’espace. Les cimetières privés sont devenus le marché des nouveaux opérateurs économiques congolais, vocable à la mode pour désigner les nouveaux riches qui se bousculent au portillon pour se partager au couteau le gâteau des chantiers attribués par le département des grands travaux. Sur-facturation et autres magouilles avec les ministres et le clan présidentiel, sont la marque de fabrique de ces sangsues des Congolais.

« mais papa ça fait danser cette voiture« 

Quant au réseau routier de Brazzaville ou de Pointe-Noire, les principales artères de ces villes sont soit remplies de nid-de-poule, soit carrément désasphaltées. La rue M’bochi qui relie Ouenzé-Poto-poto-Mounglai, est symbolique de cet état de choses, car elle n’a même plus d’asphalte. Plus aucun taxi à Brazzaville ne termine une grande artère de part en part sans emprunter une bretelle de fortune dans une rue de quartier. Pour faire rire les chauffeurs de taxie quand ma fille me dit : « mais papa ça fait danser cette voiture » ; je dis au chauffeur, le bâtisseur du pays étant infatigable, il convient de lui lister tous les nids-de-poule et autres disparitions d’asphaltes afin qu’il s’en occupe avec l’entrain qu’on lui connait. En général, le sourire du chauffeur « mopila », s’accompagne toujours : « c’est le plan de Dieu ». Dieu, dans toutes les bouches des congolais, vrai opium du peuple comme disait le vieux Marx.

La dépolitisation des congolais ou l’abrutissement collectif

La religion et son corollaire : sorcellerie, sont la véritable maladie des pauvres. A Pointe-noire comme à Brazzaville, s’érigent des véritables temples d’église de réveil grâce à la quête « mabonza » des fidèles pourtant très nécessiteux. Paradoxe pour paradoxe, les congolais sont incapables de s’organiser avec la même patience et la même dévotion pour mettre en place des coopératives économiques tant en agriculture ou en pêche afin de combattre la malnutrition et la famine qui les assaillent. Ils attendent le retour de Dieu qui pourtant leur a donné toutes fonctions des Êtres humains (cerveau, pieds, mains…) comme aux chinois, aux américains, afin de développer leur pays. Les bénéficiaires de cette psychologie collective de la misère de peuples arriérés sont d’abord les pasteurs, et les autorités politiques ensuite.

L’absence de la conscience politique chez les congolais est telle que le responsable de leurs déboires sociaux est le sorcier, véritable bouc-émissaire. Ainsi un masochisme bien congolais voudrait que les personnes âgées dans les familles, souvent très pauvres elles-mêmes, s’adonnent à la sorcellerie. Ce qui ferait d’elles, des personnes très riches dans la vie parallèle que personne n’a jamais vu d’ailleurs. Les pasteurs, devenus des vrais psychologues de ce monde de zombies, exploitent et abusent cet abrutissement collectif pour leur seul bonheur, et évidemment des dirigeants politiques.

Le summum de cette dépolitisation m’a été donné de constater lorsqu’un cousin est venu me rendre visite, habillé en tee-shirt du slogan « bâtisseur infatigable ». Il me dit qu’il cherche de l’eau pour apporter à son père hospitalisé. Donc, les malades n’ont pas d’eau et c’est à chaque parent d’apporter de l’eau. Je lui demande s’il n y avait pas une relation intellectuelle entre l’absence d’eau à l’hôpital et le slogan « bâtisseur infatigable » joliment arboré sur sa poitrine. Il me dit, toi, tu réfléchis trop. Ainsi va le Congo de Sassou.

Si l’hôpital manque d’eau, l’électricité aussi, est une denrée rare dans le pays du bâtisseur infatigable. Dans certains quartiers, on peut compter 5 jours d’absence d’eau et d’électricité. Un fonctionnaire du ministère du plan, si vous avez bien lu, le ministère qui planifie le Congo, m’explique que souvent, il leur manque électricité par conséquent le personnel s’arrête de travailler en attendant tranquillement l’heure du départ. Et cette situation dure depuis des années. C’est dire la sous-production économique, administrative et industrielle (pour ce qui fait office d’industrie), que subit le Congo de Sassou.

Pas de fatalité

Aucune fatalité. Cette description crue doit inciter tout congolais épris d’amour pour son pays à s’engager à mettre fin à ce suicide collectif le plus vite possible. La civilisation de la mort à laquelle nous sommes invités malgré nous à bâtir, peut s’arrêter si chaque congolais dramatise son existence tout en jouant collectif. Nous avons la clef de notre épanouissement en ayant une conscience victorieuse et non défaitiste.

Œuvrons tous ensemble pour la Civilisation de la Vie !

Panafricainement,
Hannibal

 

Obambé GAKOSSO, August 2009©, All Rigths Reserved


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5 réponses à “Mfoa, juillet-août 2009, état des lieux. Entre abrutissements et réalités,il y a une marge”

  1. 14 08 2009
    PNN (13:09:24) :

    Well,
    Belle chronique congolaise, malgré le caractère sinistre de ce qui y est décrit. je retiens de cet article le fait qu’i l relève la dépolitisation des congolais. cette dépolitisation marque l’abscence chez nous de la moindre parcelle d’esprit citoyen. Même les jeunes gens issus de lélite politico-économico milatire -puisque c’est le tryptique qui constitue l’armature décisionnelle du congo- sidèrent par leur manque de conscience politique. Ils sont éduqués, ont la tête à Brazza et le pied à Paris, mais ne sont quand même pas fichus d’échafauder la moindre réflexion sur les moyens d’assurer leurs situations de rentes.
    Réfléchir fais mal à la tête, analyser la société dans laquelle on évolue et dont on ambitionne également de se hisser aux meilleures places ne fait pas partie de leurs horizons de pensée, laquelle est anihilée par le poids sans doute trop lourd des portefeuilles. La préoccupation première est donc de consommer, consommer et consommer.

    Mawa!

  2. 15 08 2009
    Ngombulu LASCONY (12:35:00) :

    Salut frère Obambe,

    Je fais un exposé sur Marcus Garvey, ce samedi 16 août 2009 à 17 h à la Librairie Anibwe située au 52 rue Greneta 75002 Paris métro : Etienne Marcel ou Réaumur Sébastopol. La rue Greneta se trouve juste à côté de la rue Saint-Denis.

    ça me ferait plaisir de te compter parmi mes invités, compte tenu de tes idées progressives.

    Patriotiquement.

    Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY

  3. 15 08 2009
    Obambé GAKOSSO (13:00:47) :

    Salut Frère Lascony. Merci pour ta chaleureuse invitation,que j’avais d’ailleurs reçue par le biais du Grand Kassy de chez Anibwe. Hélas! Je suis dans le 31 en ce moment depuis quelques jours. Je pense avoir des échos de ta conf’ sous peu. Au plaisir et merci encore. Obambé

  4. 15 08 2009
    Letsaa la Kosso (21:30:07) :

    Re-salut
    Pourquoi Lascony ne met-il pas sur ce blog son texte sur les masques qui tombent paru sur un autre site congolais?

  5. 16 08 2009
    idem (21:46:36) :

    Bonjour Bambi,

    Je te livre ma réaction au compte-rendu de notre frère Hannibal :

    Comment pourrait-on ne pas comprendre le ressentiment qui t’envahit après ce passage au bled ?
    C’est le désarroi total.
    Quand je pense (et pas qu’un peu) aux frères et soeurs, parents et amis, qui vivent cela au quotidien, j’ai le coeur gros, très gros …

    Comment peut-on se servir au détriment des autres, s’enrichir et ne rien faire de constructif à la nation ?
    Comment peut-on s’aimer, se regarder dans la glace, si on ne fait preuve d’aucune forme d’humanité envers les autres ?
    Comment peut-on se proclamer vainqueur (de quoi au fait ? ) à un Pouvoir qui n’en porte que le nom, si on ne fait rien de bon pour sa population ?
    ça dépasse mon entendement …

    Et dire qu’au Congo Mfoa il y a tant de belles choses à accomplir, tant de belles choses à construire, à faire, au nom de l’Humanité tout court, et dans le sens de l’équité, sans besoin forcément d’y inclure « Dieu » ou « l’Eglise » , car croire en l’existence et l’accompagnement d’Êtres Supérieurs Invisibles, oui, mais travailler, entreprendre, se prendre en mains, c’est mieux …

    Quant à la véritable indépendance du pays, elle sera lorsque chaque Congolais, chaque Congolaise, aura de quoi vivre dans la dignité, à l’abri du besoin, parce que débarrassé du joug néo-colonial qui persiste et signe l’arrêt de mort du Continent-mère.
    La véritable indépendance, celle qui revient de droit au Congo comme à l’Afrique toute entière, sera lorsque la nouvelle génération, celle des combattants de la Liberté, vaincra.

    Panafricainement,

    idem

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