Désirs d’arts et soifs de culture…

2 02 2009

haky00.jpgOeuvre d’art congolaise vendue sur le site ebay.

Depuis des années, notre pays, le Congo-Rive droite compte un département ministériel en charge de la « Culture & des Arts ». Vaste programme ! Si, dans les années 80, Jean-Baptiste Tati Loutard, inamovible haut commis de l’Etat en charge de ce département était assez connu, c’était d’abord et avant tout parce que lui-même est un homme de lettres de renommé. Sa légitimité ne souffrait aucune contestation. Quant à faire son bilan, franchement, avec la mort de l’UNEAC (Union des écrivains et artistes congolais) et tout ce qui s’en est suivi, c’est sûr que je ne lui mettrai pas une note supérieure ou égale à 05/10. Mais bon, Djoni Eyala va encore me dire que je suis trop négatif, laissons un peu ce vieux Tati-Loutard gérer les hydrocarbures, c’est assez dur comme cela. Je ne profiterai pas non plus de cette occasion pour accabler ces pauvres successeurs qui, trop souvent, avec des budgets riquiqui ont à peine de quoi taper dans la caisse pour s’acheter un minable pavillon en banlieue parisienne, quelques 4*4 et payer des études supérieures à leurs enfants en Occident. Aminata Dramane Traoré l’a bien expliqué dans son essai, Le viol de l’imaginaire (Fayard), le ministère de la Culture en Afrique est une coquille vide…

Je n’ai jamais compris pourquoi sous nos cieux les présidents ou les 1ers ministres ont toujours estimé que ce département devait impérativement être disjoint de celui de la Communication, et du Porte-Parolat du gouvernement. Que de sacrées économies ne ferions-nous pas ? Distribuer la manne au maximum d’amis et de copains ?

 

L’arbre qui cache la forêt

Aligner le nombre d’auteurs congolais, célèbres au-delà de nos frontières, est un exercice périlleux. Quand on voit la taille modeste de la population, c’est en soi un exploit de receler autant de talents. Le fleuve et la mer ? Je ne sais pas si ça suffit comme explications. Mais ne nous leurrons pas. On ne peut pas réduire la culture et les arts du pays de Marien au roman (en très grande quantité), aux essais (en nombre respectable) ou aux poèmes (là aussi, il y a du lourd). Quid de la peinture ? Quid du cinéma ? Quid de la sculpture ?

Certains se gargarisent de la célèbre Ecole des beaux arts de Poto-Poto (qui en réalité se trouve dans l’arrondissement 4 Moungali). Y ont-ils seulement déjà mis les pieds pour en parler avec une fierté égale à celle d’un coq dans une basse cour ? Le spectacle fait peine à voir. Pour commencer, en janvier 2009, il n’y a pas de site Internet propre à cette « institution ». Mawa ! Ensuite, quel est son budget ? Je n’ose même pas leur passer un coup de fil pour poser la question.

Si nombre de Congolais connaissent, ont déjà lu (à défaut d’acheter leurs livres), les écrivains et essayistes congolais. Ils ignorent trop souvent les œuvres des Laurentine Ngampika, Annie Mondzolo, Rhode-Bath Schéba-Makoumbou, Joseph Dimi… Pourtant, ces hommes et ces femmes se donnent un mal de dingue pour montrer le tout-Congo d’une manière ou d’une autre. La réponse bien souvent pour expliquer cette ignorance complète de la part des populations congolaises est « le prix. C’est trop cher pour nos pauvres bourses ! » Je ne peux contester cet aspect de la chose. Qui achète nos tableaux ? Qui achète nos sculptures ? Ce sont les expatriés, le plus souvent. Comme le Pr. Théophile Obenga nous avait posé la question : « Combien d’hommes politiques congolais avec tous leurs moyens ont un tableau de Ngoteni chez eux ? » Il savait pourquoi il nous posait la question. Je me souviens encore quand, gamin, je voyais nos artistes dorer sous le soleil ardent de M’foa, en train d’attendre les clients occidentaux devant la Grande poste du matin au coucher du soleil.

On peut aussi, pour expliquer cette « désaffection » du public pour son art et sa culture parler d’intérêt. Quel leitmotiv en effet peut pousser des Hommes à s’intéresser aux essayistes de chez eux, aux peintres, aux sculpteurs ou aux œuvres théâtrales ? Dans de jeunes pays comme les nôtres, avec ces histoires si dramatiques vécues par nos aînés, que nous vivons encore d’une certaine façon, les artistes ont un rôle très important à jouer. Sembène Ousmane, l’aîné des anciens l’avait bien compris. Il décida de laisser tomber le roman pour se consacrer au cinéma et au théâtre afin d’atteindre plus facilement ses compatriotes sénégalais puis africains pour les édifier sur la colonisation et les défis de la « post-colonie ». Au Congo, on a vu le trio Dongala-Labu Tansi-Kubu Touré rivaliser de manière fort brillante avec leurs troupes théâtrales des années 70 aux années 80. Il faut dire que ces pièces n’étaient pas chères et très grand public. Voilà des hommes qui n’avaient pas attendu que les pouvoirs publics viennent leur offrir le sel, le poivre, le piment, l’eau et le poisson pour faire le plat réclamé par le public.

Revoir les choses dès la base

Se plaindre est une chose. Mais ce qu’il faut le plus à nos décideurs, ce sont des avis, des propositions, du concret. S’ils ne suivent pas, ce n’est pas grave. Je ne pense pas que les idées que l’on croit justes puissent mourir comme par enchantement. Avec du temps, de la persévérance, le jour où une classe nouvelle sera aux affaires, il y aura la possibilité de placer ne serait-ce que 10 à 50% des idées novatrices. Des idées qui ont fait leurs preuves ailleurs.

Il n’est pas dit que tout le monde doive se sentir concerné par l’art rupestre, la sculpture ou encore la poésie. Moi-même, dans les arts, j’ai mes préférences.

Dès l’école primaire, il faut donner le maximum de chances aux enfants de découvrir le monde tel qu’il est, et non pas tel que nos dirigeants se l’imaginent. Le temps que nous avions passé au primaire à crier oyé ! oyé ! viva ! viva soutien ! on aurait pu le consacrer à de bien passionnantes activités culturelles. De la 6ème à a terminale, j’eus droit en tout et pour tout à une seule visite au parc zoologique de Mavula. Dame Nature merci, dans nos rues et ruelles, on croise pêle-mêle des chiens, des chats, des cabris, des moutons. Au bord de Madukutsékélé, je pouvais même voir des cochons jouer dans la vase. Scorpions, cafards, lézards élisaient souvent domicile dans nos habitations ou dans un voisinage très proche. Quant aux mouches et aux moustiques… C’est bien que les enfants au primaire aient des livres de calcul, mais un livre par classe, du CPI à la terminale, de lecture, qui leur parle de l’Afrique, écrit par un Africain, ce serait pas mal. On en a soupé des lectures des africanistes qui sont persuadés qu’ils connaissent mieux notre continent que nous-mêmes. Organiser des sorties à caractères culturels pour toutes ces classes au moins une fois par trimestre, ne serait pas de trop non plus. Nos enfants pourront aller voir une pièce de théâtre. Un film. Assister à une exposition de peinture. Ils pourraient aller passer une journée pour voir comment un sculpteur travaille son bois. Les marmots qui pensent que la boue ne sert qu’à se salir et à faire plaisir aux cochons pourront voir un potier  l’œuvre. C’est aussi comme cela que peuvent naître des vocations.

Et si, malgré le peu de moyens dont disposent les Congolais pour se payer des œuvres d’arts, il est impératif que chaque département du pays se dote d’un musée, géré évidemment le ministère de la Culture, des Arts et de la Communication dans le but de démocratiser réellement les arts. De les rendre accessibles au plus grand nombre. Arrêtons de penser que cela devrait être exclusivement réservé à de faux bourgeois qui en réalité ne sont que certains de nos compatriotes qui sont du bon côté où tombe la manne.

Si chaque arrondissement des grandes villes pouvait avoir une bibliothèque, ce ne serait pas non plus du luxe. Avec une salle de spectacle d’au moins 500 places ou plus, selon les moyens de cet arrondissement, c’est le peuple qui en serait gagnant. Les congolais devraient avoir honte que chaque rentrée littéraire ait systématiquement lieu dans les Centres culturels français. Même sur le plan des Arts et de la Culture, serions-nous encore colonisés ? Aujourd’hui, pour lire un livre sans le « payer », il faut aller dans les bibliothèques des églises catholiques, dans les Centres culturels des missions diplomatiques étrangères… Comment s’étonner alors que nous soyons toujours comme formatés par des moules fabriqués par d’autres, conçus par eux, pour des besoins que seuls eux maîtrisent ?

Ceci n’est pas un cri pour que tous les Congolais demain deviennent des Picasso ou des Hazoumé, mais nous pourrions avoir de surprises fort agréables si on tentait le coup.

Obambé GAKOSSO, Février 2009, ©

 


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2 réponses à “Désirs d’arts et soifs de culture…”

  1. 2 02 2009
    Junior (22:11:38) :

    Nous le constatons tous les jours au contact de nos écoliers, l’Etat ne fait pas son travail au Congo, parce qu’il faut dire que la promotion de la culture nationale, la promotion des oeuvres littéraires etc doit être en partie assurée par l’Etat ! Alors au lieu d’étudier le bourgeois gentilhonmme en classe de 5è par exemple, lisons Labou Tansi ou d’autres. Sachant aussi que le nombre de nos auteurs et de leurs oeuvres depuis le début du XXè siècle n’est pas aussi important qu’il l’est sous d’autres cieux, on voit qu’il sera facile de les étudier presque tous de l’école primaire à l’université ! Mais non, on préfère accorder priorité aux oeuvres étrangères.

    Je pense néanmoins qu’il est possible de changer certaines choses en constituant des collectifs de personnes qui vont se charger de promouvoir par divverses actions (financements de troupes de théâtre, prix littéraires à attribuer aux écrivains etc) c’est facile à dire, mais c’est ce qu’il faut faire. Nous n’avons pas la chance d’avoir des mécènes comme en Europe ou surtout aux USA qui financent des évènements culturels, pourtant ça serait très bien pour nos artistes divers.

    Donc en attendant qu’il vienne de bons politiciens pour changer les choses dans les hautes instances de l’Etat, nous autres qui n’aimont pas la politique-en tout cas moi- allons soutenir la culture Congolaise par l’achat d’oeuvres Congolaises, la participation aux spctacles etc.

    Maintenant pour ce qui est du fait que l’Etat ne fasse pas son travail pour l’éducation, on pourrait sortir mille raisons, les intellectuels dans ce pays sont un danger pour les fossoyeurs de la République, mais je pense que la principale raison est celle là qui nous a aussi coûté toutes les guerres et massacres que nous avons connu depuis les soleis des indépendances, à savoir l’égoisme, la paresse.

  2. 3 02 2009
    obambegakosso (13:43:40) :

    Cher Junior,

    Depuis des années – je le redirai ici avec force – je suis de ceux qui pensent qu’avec nos responsables politiques que nous avons, nous ne devons rien attendre d’eux. Les modestes propositions que je fais, c’est dans une optique lointaine ou si vraiment une classe de patriotes africains accédait un jour aux affaires. Avec eux, je pourrais aller frapper à toutes les portes possibles en martelant « discutons de ceci, essayons cela ».
    Cette conviction s’est insérée en moi dans les années 90 quand, étudiant au Maroc, j’échangeai avec des Frères camerounais qui eux avaient déjà enterré l’Etat dans leur esprit.

    Concernant les idées d’amener nos jeunes enfants, frères et sœurs vers la Culture et les Arts, en se passant royalement de notre Etat moribond et boiteux, je peux d’ores et déjà te dire (à moins que tu ne sois déjà au courant) qu’il existe à Ouénzé, arrondissement n°5 de Mavula une bibliothèque initiée par des Congolais de la diaspora et un autre local (un haut fonctionnaire répondant au nom de Valère Etéka). Ces gens ont été accompagnés dans leur projet par quelques Français. Je n’ai pas eu de nouvelles récentes les concernant, mais au démarrage, ça avait été une réussite avec des dons de livres de partout en France. Au moment où je t’écris, j’ai 2 sœurs congolaises résidant en France et 1 frère vivant en Angleterre qui tiennent de leur côté à mettre sur pieds ce genre de structures. Tu vois, la volonté est là, et je suis persuadé qu’à la différence de la génération de nos parents, même si parmi nous, des cancres, des voleurs, des brigands existent aussi – on les voit, on les connaît, ils sont au pays en train de marcher dans les pas de nos aînés – il y a la possibilité de faire quelque chose de différent. Je te promets. Joignons nos mains afin d’en faire sortir de belles choses pour ce pays qui nous a tant donné.

    Obambé.

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